Florence Pugh n’a pas seulement débarqué à l’écran, elle a pris la place en renversant la table. Et quand Rotten Tomatoes s’amuse à classer ses meilleurs films, on voit surtout une actrice capable de passer du drame victorien au blockbuster Marvel sans perdre une once de mordant.

À ce stade, la carrière de Florence Pugh ressemble à une leçon de stratégie hollywoodienne : choisir des projets très différents, mais toujours assez solides pour laisser une trace. L’actrice britannique, révélée au grand public avec Midsommar d’Ari Aster en 2019, avait déjà attiré l’attention dans The Falling et dans des productions télévisées comme Marsella ou l’adaptation de King Lear pour BBC Two en 2018. Depuis, elle a enchaîné les rôles où elle impose une présence presque insolente, cette capacité rare à faire croire qu’elle tient le film à elle seule, même quand elle partage l’affiche avec des monstres sacrés ou des mastodontes de franchise. Bref, Pugh n’a pas seulement du talent : elle a du coffre, du cran et une sacrée gueule de cinéma.

Le classement qui suit s’appuie sur les meilleurs scores critiques de Rotten Tomatoes, en excluant les séries comme Hawkeye ou The Little Drummer Girl, ainsi que Puss in Boots: The Last Wish, pourtant mieux noté que plusieurs titres ici, mais moins centré sur elle. Et c’est là que l’exercice devient intéressant : que raconte vraiment ce palmarès ? Pas seulement une suite de notes flatteuses. Il raconte une actrice qui sait se glisser dans des récits d’auteur, des relectures littéraires, des drames historiques et même un coin du MCU sans donner l’impression de faire du tourisme. On n’est pas face à une star qui collectionne les badges, mais à une interprète qui choisit ses terrains de jeu comme d’autres choisissent leurs batailles.

Du corset au chaos : quand Lady Macbeth fait exploser la vitrine

En 2016, Lady Macbeth de William Oldroyd, écrit par Alice Birch, sert de vrai coup d’éclat. Avec son 89 % sur Rotten Tomatoes, le film a tout d’un drame en apparence sage, mais il déploie vite une violence sourde, presque clinique, qui colle parfaitement à la performance de Pugh. Elle y incarne Katherine, jeune femme mariée à un homme froid, prisonnière d’un ordre social étouffant, et son jeu avance comme une lame sous la nappe : calme, précis, puis franchement inquiétant. Le film ne recycle pas Shakespeare, malgré son titre, il préfère ausculter la domination, le désir et la brutalité des rapports de classe dans l’Angleterre du XIXe siècle. C’est le genre de rôle qui ne demande pas de faire du bruit, mais de faire peur sans hausser la voix.

Ce qui frappe, c’est la manière dont Pugh refuse toute lecture simpliste de son personnage. Katherine n’est ni victime pure, ni prédatrice de cartoon. Elle devient un centre de gravité moralement trouble, et c’est précisément là que l’actrice commence à installer sa marque : jouer l’ambiguïté sans la lisser. On comprend vite que Hollywood tient là une interprète qui ne cherche pas à plaire gentiment. Elle préfère déranger, et c’est bien plus intéressant.

Le ring, la famille et le cœur : Fighting with My Family sort les gants

Avec Fighting with My Family en 2019, Stephen Merchant lui offre un terrain radicalement différent : une comédie dramatique inspirée d’une histoire vraie, centrée sur la famille Knight et l’ascension de Saraya vers la WWE. Le film affiche 93 % sur Rotten Tomatoes et, franchement, ce n’est pas volé. Pugh y joue une jeune femme qui doit se fabriquer une identité propre au milieu d’un clan où la lutte est presque une langue maternelle. Le récit, produit dans l’orbite du divertissement populaire, aurait pu se contenter d’enchaîner les clichés du sport movie. Il choisit au contraire la tendresse, l’absurde et la friction familiale. Et là, Pugh fait ce qu’elle sait faire de mieux : rendre un personnage immédiatement vivant, sans forcer le trait.

Le film doit aussi beaucoup à son équilibre entre humour britannique et émotion très directe. Lena Headey, Nick Frost et Jack Lowden forment une famille cabossée mais aimante, tandis que Vince Vaughn apporte sa rigidité de coach à l’américaine. Au milieu, Pugh donne à Saraya une énergie qui évite le piège du biopic inspirant à la chaîne. Elle ne joue pas une future championne comme une icône en devenir, mais comme une jeune femme qui se cherche, se cogne, se relève. C’est plus fin, plus drôle, plus humain. Et ça, ça change tout.

Affiche de Thunderbolts
Affiche de Thunderbolts

Nolan, le silence et le vertige : Oppenheimer en mode présence fantôme

Dans Oppenheimer de Christopher Nolan, sorti en 2023, Florence Pugh a moins de temps d’écran que dans les autres titres du classement, mais sa présence pèse lourd. Le film, immense succès critique et commercial, lui confie Jean Tatlock, figure historique, psychiatre et militante communiste, liée à J. Robert Oppenheimer par une relation intime et politiquement chargée. Avec ses 95 % sur Rotten Tomatoes, le long métrage fonctionne comme une machine à tension historique, et Pugh y entre par une porte minuscule pour laisser une empreinte durable. Chez Nolan, même un rôle bref peut devenir une zone de trouble, et Pugh comprend parfaitement la règle du jeu.

Ce qui est fascinant ici, ce n’est pas seulement la densité du personnage, mais la façon dont l’actrice accepte d’être un fantôme narratif. Elle n’a pas besoin d’occuper le centre pour contaminer le récit. Son Jean Tatlock devient une présence mentale, affective, presque politique, qui hante Oppenheimer autant que le film lui-même. Voilà le genre de partition qui rappelle qu’une bonne actrice ne mesure pas sa puissance au nombre de scènes, mais à la manière dont elle continue de vibrer une fois sortie du cadre.

Le grand saut en avant : Little Women et l’art de sauver Amy March

Et puis il y a Little Women de Greta Gerwig, sorti en 2019, sommet du classement avec 95 % sur Rotten Tomatoes. Là, on touche au moment où Florence Pugh cesse d’être simplement une révélation pour devenir une évidence. Son Amy March est un petit miracle de réécriture : longtemps vue comme la sœur pénible, presque accessoire, elle devient ici une figure de lucidité, d’ambition et de contradiction. Gerwig lui donne l’espace pour exister dans les deux temporalités du film, et Pugh lui offre une intelligence émotionnelle qui renverse complètement la perception du personnage. On ne regarde plus Amy comme un obstacle, mais comme une femme qui a compris très tôt les règles du monde.

Le film, porté aussi par Saoirse Ronan, Timothée Chalamet, Emma Watson, Eliza Scanlen et Laura Dern, repose sur une mécanique d’ensemble très précise, mais c’est bien Pugh qui déclenche l’une des plus belles relectures du matériau de Louisa May Alcott. Sa scène de confrontation avec Laurie, notamment, a tout d’un moment de bascule : pas de grand effet, pas de démonstration, juste une parole qui remet les pendules à l’heure. C’est là qu’on voit la différence entre une bonne adaptation et une adaptation qui laisse des traces. Gerwig ne se contente pas de moderniser le texte ; elle redonne à Amy une épaisseur que le cinéma lui refusait souvent. Et Pugh, elle, fait le reste. Sans trembler. Sans minauder. Sans demander la permission.

Le bonus Marvel : Thunderbolts ou la preuve qu’elle peut aussi tenir la baraque en costume

En cinquième place, Thunderbolts ferme la marche avec 88 % sur Rotten Tomatoes. Le film de Marvel Studios, dernier opus de la phase 5 du MCU, n’a pas seulement fait parler de lui au box-office : il a aussi confirmé que Florence Pugh pouvait devenir un vrai fer de lance de la franchise sans se faire avaler par la machine. Son Yelena Belova, déjà aperçue dans Black Widow en 2021 et dans Hawkeye, prend ici davantage de place au sein d’une équipe de bras cassés menée contre Valentina Allegra de Fontaine. Le pitch sent la réunion de marginaux sous adrénaline, mais le film trouve un ton plus irrévérencieux que la moyenne du studio. Et Pugh, évidemment, y injecte ce mélange de gravité et de malice qui empêche le tout de tourner au simple produit dérivé.

Ce qui compte dans ce cas précis, ce n’est pas seulement la réussite critique, c’est la manière dont l’actrice s’insère dans un univers étendu sans perdre sa singularité. Le MCU adore les personnages interchangeables ; Pugh, elle, fabrique des aspérités. Même au milieu des armures, des cascades et des blagues calibrées, elle garde ce petit quelque chose de nerveux, presque insolent, qui rappelle qu’une star de cinéma n’est pas qu’un visage sur une affiche. C’est une énergie. Une signature. Une manière de tenir l’écran comme on tient une conversation un peu trop longue au comptoir. Et Florence Pugh, là-dessus, ne lâche jamais le verre.

Au fond, ce classement dit moins « quels sont ses meilleurs films ? » que « pourquoi elle compte déjà autant ? ». Parce qu’elle traverse les genres sans se dissoudre, parce qu’elle sait faire exister un second rôle comme un pivot dramatique, parce qu’elle donne à chaque projet une tension supplémentaire. Rotten Tomatoes peut bien aligner ses pourcentages, on comprend surtout une chose : Florence Pugh n’est pas en train de grimper l’échelle, elle est déjà en train de la redessiner. Et ça, pour une actrice encore au début de sa trajectoire, ce n’est pas rien. C’est même le genre de détail qui finit par changer la donne.

Bande-annonce VF de Thunderbolts

Part.
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