Avec Brothers Under Fire, Kiefer Sutherland rejoue la carte du soldat qui ne baisse jamais la garde, et Hulu tient là un petit aimant à nostalgie pour les survivants de 24. Le film, lancé en 2026 sur la plateforme, n’a pas besoin d’un concept alambiqué pour faire son effet : un officier de l’armée, un mariage au Mexique, un cartel qui débarque, et la mécanique du chaos qui s’emballe. On connaît la chanson, oui, mais quand elle est chantée par Jack Bauer en personne, forcément, on tend l’oreille.
Pour remettre les choses à leur place, Kiefer Sutherland n’est pas seulement une tête d’affiche qui traîne un nom prestigieux. Il porte avec lui une mythologie télévisuelle presque intacte : celle de 24, série Fox lancée en 2001, arrêtée en 2010, puis brièvement relancée avec 24: Live Another Day en 2014. Douze ans après la dernière vraie secousse de Jack Bauer, voir Sutherland dans un rôle d’action pur jus, même sur un terrain plus modeste, revient à rallumer une vieille machine à fantasmes. Et l’industrie adore ça, parce qu’un héros usé mais pas fini reste une belle poule aux œufs d’or, surtout quand le public a déjà l’affect prêt à dégainer.
Le vrai sujet, ici, ce n’est pas seulement un thriller de plus : c’est la manière dont le cinéma d’action recycle ses demi-dieux fatigués pour leur offrir une seconde jeunesse, ou au moins une dernière baston bien sentie.
Jack Bauer n’est jamais très loin du champ de tir
Dans Brothers Under Fire, Sutherland incarne le capitaine Jordan Wright, un officier qui fête une mission réussie avec son unité avant de se retrouver embarqué dans une descente aux enfers au Mexique. Le point de départ est presque insolent de simplicité : un mariage, un imprévu sanglant, puis la riposte d’un chef de cartel nommé Baker. Rien de révolutionnaire, et c’est précisément ce qui fonctionne. Le film s’inscrit dans cette tradition des récits d’action où l’efficacité prime sur la sophistication, où le scénario sert surtout à amener le héros au bord du gouffre, puis à le regarder en sortir couvert de poussière et de mauvaise foi.
Le plus amusant, c’est que le film semble avoir été pensé pour capitaliser sur une mémoire collective très précise. On ne vend pas seulement un long métrage, on vend une réactivation de réflexes : Sutherland, l’uniforme, l’urgence, la violence sèche, le sens du devoir qui finit toujours par se confondre avec la survie. Le spectateur n’achète pas une surprise, il achète un retour de flamme. Et ça, dans le marché du streaming, ça compte. Le film ne promet pas l’inédit, il promet le confort brutal du déjà-vu bien exécuté.

Le cartel, le mariage et la vieille école du chaos
Le scénario est signé Delbert Hancock et Ian Mackenzie Jeffers, ce dernier ayant déjà écrit The Grey en 2011 pour Joe Carnahan, l’un des meilleurs films de survie de Liam Neeson dans sa période “je cours dans la neige et je cogne des loups”. On comprend assez vite la logique : Jeffers sait écrire des hommes vieillissants qui n’ont plus la grâce des jeunes premiers mais gardent une capacité de nuisance et de résistance hors norme. Ici, la formule se déplace vers Sutherland, et l’effet est presque méta. Le héros n’est plus un sauveur hyperactif au sommet de sa forme ; il devient un vétéran, un corps en alerte, un survivant qui doit encore prouver qu’il peut tenir la ligne.
Justin Chadwick, à la réalisation, apporte un autre niveau de lecture. Le cinéaste britannique a signé Mandela: Long Walk to Freedom en 2013 avec Idris Elba, mais il vient aussi de la télévision anglaise, avec des épisodes de The Bill, EastEnders ou Byker Grove à son actif. Ce parcours dit quelque chose de très concret : Chadwick sait tenir une narration, gérer des ensembles, faire avancer des personnages dans un espace contraint. Pas besoin d’être un pyromane de la mise en scène pour faire fonctionner un film de fusillade, il faut surtout du rythme, du nerf, et un minimum de lisibilité. Bref, pas de chichis, pas de poudre aux yeux, juste le métier.
Hulu, la plateforme qui aime les vieux briscards
Si Brothers Under Fire s’est retrouvé en tête du classement des films les plus regardés sur Hulu, ce n’est pas un hasard cosmique. Les plateformes savent très bien ce qu’elles font quand elles mettent en avant un titre porté par une icône d’un autre âge doré. Le public de 24 n’a pas disparu dans la nature : il a vieilli, il s’est abonné, il zappe, mais il reste sensible à ce genre de proposition. Et quand le film aligne un pitch lisible, un acteur immédiatement identifiable et une promesse de violence sans détour, le clic vient tout seul. Le streaming adore les revenants, surtout quand ils savent encore tenir une arme avec panache.
On peut aussi y voir une forme de continuité très hollywoodienne : après avoir transformé Liam Neeson en sous-franchiseur de l’action tardive, l’industrie cherche sans cesse d’autres visages capables d’endosser le costume du vétéran increvable. Sutherland, avec son héritage 24, arrive presque naturellement dans cette case. Il ne joue pas contre son image, il la prolonge. Et c’est peut-être là que le film trouve sa petite vérité : moins dans son scénario de guerre urbaine que dans cette idée qu’un acteur peut transformer sa propre légende en moteur dramatique, même au sein d’un produit calibré pour la consommation rapide.
Reste la question qui chatouille : est-ce que Brothers Under Fire est un grand film d’action ou juste un bon prétexte pour revoir Kiefer Sutherland en mode survie permanente ? Franchement, on s’en fiche presque. Tant que ça explose, que ça court, que ça mord, et que Jack Bauer continue de hanter les couloirs du streaming, le contrat est rempli. Le reste, c’est du bruit de cartouche.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




