Sur Hulu, Furious recycle un vieux thriller en le passant au filtre des années 2020, avec une Catherine qui n’a plus tout à fait le même parfum de poison. Et si son visage vous trotte dans la tête, c’est normal : Lola Petticrew a déjà planté des éclats bien plus profonds que ce rôle de série.
À la base, Furious s’inspire librement de Black Widow (1987), où Theresa Russell incarnait Catharine, prédatrice glamour et meurtrière, face à Debra Winger. La nouvelle version, créée par Elizabeth Meriwether, connue pour New Girl et Dying for Sex, déplace le curseur : l’intrigue se branche sur les violences faites aux femmes, le trafic sexuel et la revanche comme réponse bancale à un monde qui laisse trop souvent les victimes seules avec leur rage. Emmy Rossum y campe l’agent du FBI Alice Black, pendant que Catherine devient une figure moins monolithique, plus trouble, plus contemporaine. Pas forcément plus “gentille”, hein, mais plus lisible dans une époque qui adore recycler ses monstres pour mieux les expliquer.
Et c’est là que Lola Petticrew entre en scène, avec ce visage qu’on croit connaître sans toujours savoir d’où il vient.
Un air de déjà-vu, mais pas du tout un effet de manche
Né en 1995 à Belfast et diplômé du Royal Welsh College of Music & Drama, Petticrew travaille depuis 2017 entre cinéma et télévision. Leur trajectoire n’a rien d’un coup de chance tombé du ciel hollywoodien : c’est celle d’un interprète qui choisit des rôles où l’histoire, la politique et l’intime se cognent frontalement. Dans Dating Amber (2020), iels jouent déjà avec l’identité et la pression sociale, dans une comédie irlandaise située dans les années 1990 où deux ados queer se fabriquent une fausse normalité pour survivre au regard des autres. Rien de décoratif là-dedans. On est dans le jeu de masque, le vrai, celui qui colle à la peau.
En 2023, Petticrew apparaît dans She Said, le film de Maria Schrader sur l’enquête du New York Times qui a mis à nu le système Weinstein. Là encore, le rôle est bref mais chargé : une version plus jeune de Laura Madden, survivante de violences sexuelles. La même année, iels donnent la réplique à Julia Louis-Dreyfus dans Tuesday, drame sur le deuil et la métamorphose. Trois projets, trois registres, et déjà une constante : Petticrew ne cherche pas la pose, mais la fracture. On n’est pas face à une star fabriquée au rouleau compresseur, plutôt à un acteur qui avance en biais et finit par vous rester dans le crâne.

Say Nothing, ou comment se faire une place sans lever la voix
Le vrai basculement arrive en 2024 avec Say Nothing, mini-série FX adaptée du livre de Patrick Radden Keefe sur les Troubles en Irlande du Nord. Petticrew y joue Dolours Price, militante de l’IRA radicalisée avec sa sœur Marian, dans une fresque qui refuse le folklore des grandes causes héroïques. La série montre la violence comme une mécanique de contamination, pas comme un poster de lutte. Dolours, chez Petticrew, n’est ni une sainte ni une statue : c’est une femme traversée par la colère, la loyauté, la désillusion. Bref, un personnage qui ne se laisse pas ranger dans une case propre et nette, ce qui est toujours bon signe.
Le succès critique de Say Nothing a installé Petticrew à l’international, même si les Emmy ont regardé ailleurs avec leur habituelle élégance de paquebot. Leur récompense aux Irish Film & Television Awards, elle, a confirmé ce que la série laissait déjà entendre : on tient là une présence capable de porter une mémoire collective sans la transformer en sermon. Et ça, dans un paysage saturé de biopics en carton-pâte, c’est précieux. Petticrew a ce don rare de faire passer l’Histoire par le corps, pas par le discours.
Des rôles qui parlent plus fort que les communiqués
Depuis, la filmographie continue de s’épaissir avec Trespasses en 2025, aux côtés de Gillian Anderson, puis avec l’annonce de leur participation à la série Assassin’s Creed chez Netflix et au film I See Buildings Fall Like Lightning en 2026, face à Anthony Boyle. On voit bien la logique : des projets où les conflits politiques, religieux ou moraux ne servent pas de simple décor, mais de matière vive. C’est cohérent, presque têtu. Et c’est exactement ce qui rend Catherine dans Furious intéressante : ce n’est pas seulement un rôle de plus, c’est une nouvelle variation sur la survie, la colère et la récupération d’un pouvoir que le monde a refusé de laisser en place.
Au fond, le visage de Petticrew nous paraît familier parce qu’il appartient déjà à une galerie de personnages qui portent la mémoire des dégâts. Catherine, Dolours, les adolescentes de Dating Amber, les survivantes de She Said : même combat, différentes cicatrices. Hulu a peut-être vendu Furious comme un thriller criminel de plus, mais le vrai moteur est ailleurs. Le filmage du trauma, chez Petticrew, ne cherche jamais à faire joli. Il serre la gorge, et puis il reste là.
Alors oui, Catherine vous rappelle quelqu’un. Pas une star de catalogue, pas un visage surexposé. Plutôt un acteur qui avance dans la pénombre avec une précision de scalpel. Et si Furious lui ouvre encore plus grand les portes, on ne va pas faire les surpris : dans cette industrie, les rôles passent, les plateformes changent, mais certaines présences, elles, s’installent. Sans demander la permission. Et c’est très bien comme ça.
Bande-annonce VF de Furious
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




