À San Diego, Ryan Reynolds n’a pas seulement débarqué en Deadpool : il a surtout déclenché une petite hystérie de fans, entre costume en denim, blague de bon goût douteux et fantasme de film que Marvel traîne depuis des années comme un boulet en adamantium.

Le contexte, lui, est assez savoureux. Lors de la Comic-Con de San Diego 2026, Reynolds a surgi dans la présentation Marvel Studios en costume de Deadpool, mais pas dans la version rouge et noire qu’on connaît par cœur. Cette fois, le mercenaire bavard portait une déclinaison en denim, que l’acteur a lui-même présentée comme un clin d’œil au fameux “Canadian tuxedo”, ce combo veste en jean + pantalon en jean qui fait frémir les stylistes et rire les comptoirs. Sur les réseaux, Reynolds a aussi glissé un jeu de mots sur “Jean Grey” avant de remercier les fans pour leur fidélité, dix ans après le premier Deadpool et deux ans après Deadpool & Wolverine. Le décor est planté : Marvel adore les clins d’œil, les fans adorent surinterpréter, et tout le monde adore faire semblant de ne pas voir venir la prochaine machine à cash.

Il faut dire que la moindre apparition de Deadpool suffit à rallumer la mèche. Depuis que Disney a récupéré la Fox et remis les X-Men dans le périmètre du MCU, la question n’est plus de savoir si Wade Wilson reviendra, mais sous quelle forme, avec qui, et pour faire quoi. Et c’est précisément là que le faux costume en jean a fait dérailler la machine à fantasmes.

Le jean, le piège et le grand malentendu

En apparence, on avait juste un costume un peu débile, parfaitement dans l’esprit de Deadpool. Sauf que les premières photos, floues comme un souvenir de projection en multiplex à 22h30, ont laissé croire à pas mal de monde que Reynolds portait une version inspirée de Uncanny X-Force. Dans le comic de Rick Remender et Jerome Opeña, Deadpool arbore en effet un costume blanc, gris et noir, bien plus sec, bien plus martial, et surtout bien plus proche d’une vraie logique d’équipe que du carnaval habituel du personnage.

Le malentendu est intéressant parce qu’il dit quelque chose de l’état du MCU en 2026 : on en est à scruter la texture d’un pantalon pour deviner la prochaine stratégie narrative. C’est ridicule ? Oui. Mais c’est aussi la preuve qu’un personnage comme Deadpool fonctionne désormais comme un baromètre des attentes autour des mutants. Le jean n’était pas un indice, mais il a réveillé un désir bien réel : voir Marvel arrêter les blagues et livrer enfin un vrai film X-Force.

Quand Wade devient la conscience du groupe

Pour comprendre pourquoi Uncanny X-Force revient si souvent dans les conversations, il faut rappeler ce que le comic fait de différent. X-Force, à la base, c’est l’équipe sale boulot des mutants : une unité d’intervention, de l’ombre, de la violence, du pragmatisme. Dans la version Remender/Opeña, le casting aligne Wolverine, Psylocke, Fantomex, Archangel et Deadpool, et Wade y occupe un rôle presque paradoxal : celui de la conscience morale. Oui, Deadpool. Le type qui parle trop, tue beaucoup et semble avoir été écrit par un cerveau en roue libre devient, ici, celui qui freine les pulsions les plus sombres du groupe.

Affiche de Deadpool
Affiche de Deadpool

Le premier arc, Apocalypse Solution, pose d’ailleurs une idée assez brillante : l’équipe doit éliminer un Apocalypse réincarné en enfant amnésique. Le comic ne se contente pas de poser la question du “faut-il tuer le monstre avant qu’il ne le devienne ?”, il la retourne avec une vraie tendresse pour l’enfance et le libre arbitre. Deadpool refuse de faire le sale boulot, et ce refus le transforme en personnage plus touchant qu’à l’accoutumée. Le gag devient une position morale, et c’est là que le truc décolle.

De Deadpool 2 à la suite logique qu’on attend encore

Le parallèle avec Deadpool 2 est évident, et pas seulement parce que le film de 2018 mettait déjà Wade face à un jeune mutant à protéger, Russell Collins, joué par Julian Dennison. Là aussi, Cable, incarné par Josh Brolin, voulait régler le problème à la racine ; là aussi, Deadpool préférait tenter autre chose que la solution nucléaire. Le film de David Leitch, scénarisé notamment par Rhett Reese, Paul Wernick et Ryan Reynolds, avait déjà tâté de l’idée d’une X-Force, mais sur le mode du sketch sanglant. Tout le monde se souvient du parachutage catastrophique, de la blague qui tourne au massacre et de cette impression persistante : oui, il y a là un vrai film à faire, mais Marvel n’a pas encore appuyé sur le bon bouton.

Et c’est bien ce manque qui entretient la frustration. Deadpool & Wolverine, sorti deux ans avant cette SDCC 2026, a remis Wolverine au centre du jeu et prouvé que le personnage de Reynolds pouvait encore servir de passerelle entre l’irrévérence et le grand récit de franchise. Mais X-Force, elle, reste coincée dans une zone grise : trop sérieuse pour n’être qu’un gag, trop barrée pour devenir un blockbuster standard. Autrement dit, la poule aux œufs d’or est là, mais Marvel continue de la regarder comme si elle allait pondre toute seule.

Opeña, Remender et le goût du body horror mutant

Si les fans réclament Uncanny X-Force, ce n’est pas seulement pour Deadpool. Le comic de Remender et Opeña a une identité visuelle et tonale qui manque cruellement à beaucoup de productions super-héroïques récentes : dimensions parallèles, horreur cybernétique, monstres réinventés, palette de verts et de violets presque toxiques, et un sens du design qui donne aux Horsemen d’Apocalypse une allure franchement cauchemardesque. Opeña ne dessine pas des figurants de blockbuster ; il fabrique des silhouettes qui restent dans la tête, avec ce mélange de beauté et de dégénérescence qui fait tout le sel du comic.

On comprend alors pourquoi cette référence a surgi si vite dans la tête des fans à la Comic-Con. Le MCU, depuis quelques années, a parfois tendance à lisser ses bords, à polir ses angles, à préférer la continuité propre au vertige. Uncanny X-Force, au contraire, sent le sang, le métal et la mauvaise idée assumée. Si Marvel veut vraiment faire passer les mutants à l’âge adulte, il faudra bien plus qu’un clin d’œil en jean.

En attendant, Reynolds continue de jouer son rôle favori : celui du type qui fait croire à une blague alors qu’il nourrit, mine de rien, une attente très sérieuse. Et c’est peut-être ça, le vrai super-pouvoir de Deadpool : transformer un costume en denim en débat de fond sur la direction d’un univers partagé. Pas mal pour un mec qui, à la base, devait juste fermer sa gueule. Enfin, presque.

Bande-annonce VF de Deadpool

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