LEGO continue de faire chauffer la machine à nostalgie avec Star Trek : après l’Enterprise-D, voilà le pont de l’U.S.S. Enterprise NCC-1701 et toute la bande de la série originelle. Oui, on parle bien d’un set à 199,99 dollars qui transforme le culte télévisuel en objet de collection bien rangé sur une étagère.
Le mouvement n’a rien d’anodin. Depuis plusieurs années, LEGO a compris qu’il y avait une poule aux œufs d’or à aller chercher du côté des franchises à mémoire longue, celles qui survivent aux générations, aux reboots et aux guerres de fandom. Star Trek fait évidemment partie du lot : née en 1966 sur NBC, la saga de Gene Roddenberry a traversé les décennies en changeant de forme sans perdre son ADN, entre utopie spatiale, diplomatie interstellaire et fascination pour le progrès technique. En 2026, alors que la marque danoise multiplie les licences premium, le passage de l’Enterprise-D de The Next Generation au pont de la série originale ressemble à une stratégie très claire : on ne vend pas juste des briques, on vend de la mémoire pop, du patrimoine geek, du fantasme de collectionneur. Et ça, franchement, ça imprime.
Cette fois, LEGO ne se contente pas de reproduire un vaisseau : la marque reconstruit un lieu de pouvoir, un théâtre de commandement, presque un petit musée de l’âge d’or télévisuel.
Le pont, le transporteur et le petit frisson de la reconstitution
Le set annoncé à San Diego Comic-Con met l’accent sur le pont de l’Enterprise tel qu’on l’a découvert dans Star Trek: The Original Series, avec son fameux fauteuil de capitaine, son organisation quasi liturgique et sa géométrie devenue iconique. LEGO ajoute aussi la salle du transporteur, détail savoureux parce qu’elle renvoie à un élément de production très concret de la série d’origine : un décor pensé pour donner l’illusion du déplacement instantané, alors qu’on bricolait déjà du miracle télévisuel avec des moyens bien plus modestes que ceux des mastodontes actuels. Le set joue aussi avec un mécanisme de téléportation des minifigurines et une fonction de siège qui bouge pour simuler turbulence ou combat. Bref, le jouet ne fait pas semblant d’être sage. Il veut du mouvement, du spectacle, du petit effet wahou. Et il le veut avec une belle dose de culte.
On retrouve aussi une poignée de tribbles, clin d’œil à l’épisode The Trouble with Tribbles, l’un des plus célèbres de la série. Là encore, LEGO ne choisit pas le hasard : les tribbles, c’est le gag parfait pour une licence de collection, à la fois mignon, absurde et immédiatement reconnaissable. Le set ne vise pas la reconstitution froide, il vise le souvenir précis, celui qui fait sourire avant même qu’on ait ouvert la boîte.

Le casting en briques, ou comment réunir un monstre sacré et ses seconds rôles
Le vrai coup de force, évidemment, tient au casting de minifigurines. James T. Kirk, Spock, Uhura, Sulu, McCoy, Chekov, Christine Chapel et Scotty sont tous de la partie, incarnés en version briques. On a là une distribution qui raconte à elle seule la puissance de Star Trek : pas seulement ses têtes d’affiche, mais aussi son ensemble, sa dynamique de groupe, sa manière de faire exister un équipage avant de faire briller un héros solitaire. C’est presque l’inverse de la logique blockbuster contemporaine, qui adore concentrer l’attention sur un demi-dieu unique. Ici, l’équipe compte autant que le capitaine.
Le choix est d’autant plus malin qu’il convoque des interprètes devenus, pour certains, des figures historiques de la télévision américaine. William Shatner, Leonard Nimoy, Nichelle Nichols, George Takei, DeForest Kelley, Walter Koenig, Majel Barrett et James Doohan : le set aligne des noms qui racontent une époque où la série télé pouvait encore fabriquer des mythologies durables sans dépendre d’un univers étendu à rallonge. LEGO vend donc autant des personnages que des archétypes, et c’est précisément pour ça que l’objet a de la gueule.
199,99 dollars, ou le prix du voyage dans le temps bien emballé
Disponible en précommande et annoncé pour le 1er septembre 2026, le set s’affiche à 199,99 dollars. On est loin du petit jouet d’impulsion, évidemment. On est dans le segment adulte, celui des boîtes qu’on achète autant pour les monter que pour les exposer, avec ce petit plaisir coupable de transformer son salon en annexe de convention. LEGO a parfaitement compris le marché : les fans de Star Trek ont grandi, les collectionneurs aussi, et la nostalgie se monnaye mieux quand elle arrive dans un packaging premium. Rien de neuf sous le soleil, mais le soleil, ici, est en orbite.
La vraie question, maintenant, c’est jusqu’où LEGO ira dans cette galaxie. Deep Space Nine, Voyager, Enterprise, Discovery ? Tout est ouvert, et la logique commerciale pousse évidemment à continuer. Après tout, si l’Enterprise peut devenir un set de 199,99 dollars, pourquoi pas le reste de la flotte ? Le final frontier, chez LEGO, ressemble surtout à une très longue file d’attente de précommandes.
Et quelque part, on ne va pas faire les difficiles : voir Star Trek revenir par la brique plutôt que par un énième discours marketing, c’est presque rassurant. Au moins, cette fois, on peut vraiment assembler l’avenir pièce par pièce. Ou le démonter. Ce qui, chez les fans, revient parfois au même.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




