Avant de devenir l’un des visages les plus bankables d’Hollywood, Zendaya a pris un détour par un drôle d’objet télévisuel : The OA, série Netflix aussi mystique que casse-gueule, arrêtée bien trop tôt. Et c’est précisément là que ça devient intéressant, parce qu’on y voit déjà l’actrice sortir du cadre Disney avec une assurance qui annonçait la suite.

Créée par Brit Marling et Zal Batmanglij, The OA débarque en 2016 sur Netflix dans un moment où la plateforme aime encore jouer les apprentis sorciers : produire des séries originales, tester des formes, laisser filer des objets narratifs un peu tordus avant que l’algorithme ne reprenne les commandes. À l’époque, le service est déjà en pleine montée en puissance, mais il n’a pas encore totalement verrouillé sa stratégie autour des franchises, des gros noms et des machines à abonnement calibrées au millimètre. The OA, elle, arrive comme un ovni. Deux saisons, diffusées en 2016 puis 2019, un public réduit mais fervent, et une aura de série-cultissime née de la frustration plus que du consensus. Le genre de programme qui divise, qui intrigue, qui agace parfois, mais qui laisse une trace. Bref, pas un produit lisse : un caillou dans la chaussure du streaming.

Le point de départ tient du récit de disparition métaphysique. Prairie Johnson, interprétée par Brit Marling, réapparaît après sept ans d’absence, alors qu’elle était aveugle avant de revenir avec la vue. Elle exige qu’on l’appelle l’OA, pour “The Original Angel”, et le récit se met aussitôt à glisser vers le spirituel, le fantastique, le symbolique, sans jamais choisir une seule voie. On y croise des expériences de mort imminente, des entités, des visions, des passages entre dimensions, des enfants enrôlés dans une quête quasi liturgique. Ça pourrait partir en vrille très vite. Ça part d’ailleurs souvent en vrille. Mais c’est aussi ce qui fait sa singularité : The OA ne cherche pas à rassurer le spectateur, elle l’embarque dans une zone grise où la foi, la science et le récit d’initiation se télescopent. La série ne demande pas qu’on la comprenne, elle demande qu’on accepte de se perdre un peu.

Et au milieu de ce grand bazar métaphysique, Zendaya débarque en saison 2 avec un rôle bref mais décisif pour sa trajectoire : celui d’une jeune femme qui aide un détective privé à démêler l’un des fils du puzzle.

Un détour par la case “série bizarre”, et alors ?

Zendaya apparaît dans trois épisodes seulement, mais le détail compte. En 2016, elle a déjà une carrière de jeune star lancée par Disney, avec Shake It Up et quelques rôles de doublage ou de cinéma familial. Sauf que The OA lui offre autre chose : un espace dramatique sans filet, sans chanson, sans costume de super-héroïne, sans l’armure de la pop culture grand public. C’est son passage dans une zone plus adulte, plus ambiguë, plus risquée. Et franchement, ça lui va très bien.

On comprend mieux, avec le recul, pourquoi cette étape a compté. L’année suivante, elle entre dans la machine Marvel avec Spider-Man: Homecoming, puis elle s’impose dans Euphoria sur HBO, où elle trouve un rôle de premier plan autrement plus abrasif. La suite, on la connaît : Dune, Dune : Part Two, les grands budgets, les têtes d’affiche, les tapis rouges, la machine à fantasmes. Mais avant de grimper sur l’Olympe des blockbusters, elle a accepté de passer par une série qui ne cherchait ni la facilité ni le consensus. C’est souvent là que se fabrique une actrice : dans les marges, pas dans les vitrines.

Affiche de The OA
Affiche de The OA

La série qui parlait de portes, et qui en ouvrait une pour elle

Ce qui rend The OA si intéressante dans la filmographie de Zendaya, c’est qu’elle dialogue presque malgré elle avec son image future. La série parle de passage, de transformation, d’identité recomposée, de corps qui changent de fonction et de statut. Or c’est exactement ce que Zendaya a fait dans sa carrière : elle a quitté le statut de star adolescente pour devenir une présence dramatique majeure, puis une figure centrale du cinéma de studio contemporain. Le parallèle n’a rien de forcé. Il est presque trop propre pour être honnête.

Et puis il y a cette idée, très The OA, que les récits les plus bancals en apparence sont parfois ceux qui laissent le plus de place aux acteurs. Zendaya n’y est pas là pour faire de la décoration, ni pour rassurer le spectateur avec un contrepoint comique. Elle s’inscrit dans une mécanique de mystère, de déduction, de vertige. Pas de quoi faire exploser le box-office, certes, mais de quoi construire une crédibilité dramatique. Le prestige ne tombe pas du ciel ; il se bricole parfois dans une série que le grand public a regardée de travers.

Netflix, ses lubies, et la poule aux œufs d’or qu’on a trop vite rangée

À l’échelle de Netflix, The OA ressemble à une anomalie de l’époque héroïque du streaming. La plateforme pouvait encore se permettre des paris plus étranges, avant de resserrer son modèle autour de la rentabilité, de la rétention et des franchises à fort rendement. L’arrêt de la série a laissé un goût amer chez ses fans, et on les comprend : quand une œuvre construit un imaginaire aussi singulier, la frustration devient presque une partie de l’expérience. C’est moche, mais c’est comme ça.

Dans cette histoire, Zendaya n’est pas seulement une invitée de luxe. Elle est aussi le signe que The OA attirait déjà des talents capables de sentir qu’il se passait là quelque chose d’un peu à part. Pas forcément un tube, pas un mastodonte de l’audience, mais une machine à fantasmes pour spectateurs patients. Et ça, dans le paysage des séries de plateforme, c’est presque un acte de résistance. Une série culte, c’est souvent une série qui a eu le culot de ne pas vouloir plaire à tout le monde.

Alors oui, on peut revoir The OA aujourd’hui comme une curiosité de l’ère pré-obsessionnelle du streaming, une bizarrerie qui a mal fini. Mais on peut aussi y voir un jalon discret, presque secret, dans la construction d’une actrice qui a très vite compris comment passer du statut de promesse à celui de force centrale. Et ça, mine de rien, c’est autrement plus intéressant qu’un simple “avant/après”. Le vrai mystère, au fond, n’est pas la série : c’est la trajectoire qu’elle a aidé à dessiner.

Bande-annonce VF de The OA

Part.
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