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    Nrmagazine » Third Wheel : le thriller sud-africain qui veut faire parler l’Afrique post-coloniale à Fantasia
    Blog Entertainment 6 Minutes de Lecture

    Third Wheel : le thriller sud-africain qui veut faire parler l’Afrique post-coloniale à Fantasia

    Zoe Ramushu et Totem Zea misent sur un film de genre nerveux, avec le sous-texte qui gratte là où ça dérange
    Vincent Bazire22 juillet 2026
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    À Fantasia, certains projets viennent vendre du suspense. D’autres viennent vendre une idée du monde. Third Wheel, lui, tente les deux à la fois, et c’est précisément ce qui le rend intéressant.

    Le film porté par la société sud-africaine Totem Zea et le producteur néerlandais PRPL s’est invité au marché Frontières de Fantasia avec une promesse assez rare pour être prise au sérieux : un thriller psychologique à propulsion commerciale, mais traversé par une réflexion frontale sur les rapports de pouvoir dans l’Afrique post-coloniale. Rien de décoratif ici, pas de folklore de pacotille, pas de “contexte africain” plaqué à la truelle pour faire joli sur un dossier de vente. On parle d’un projet pensé pour le marché international, donc avec cette question très concrète qui hante tout cinéma de genre hors des grands centres industriels : comment faire du cinéma qui accroche sans se dissoudre dans le formatage ? Le pari est simple à formuler, beaucoup plus casse-gueule à tenir : faire du divertissement une arme critique.

    Le projet est d’autant plus notable qu’il s’inscrit dans une circulation de plus en plus visible des talents et des financements entre l’Afrique australe et l’Europe. Depuis quelques années, les marchés de coproduction comme Frontières servent de sas à des films qui n’auraient pas forcément accès aux circuits classiques de financement, ou qui devraient, pour exister, se plier à des compromis assez rances. Là, l’ambition affichée est autre : garder la nervosité du thriller tout en laissant le fond politique contaminer la forme. Et franchement, c’est là que ça devient intéressant, parce qu’un film de genre qui ose penser son sujet au lieu de le coller en sous-texte de communication, ça ne court pas les rues. Le genre comme cheval de Troie, oui, mais avec des dents.

    Un marché, des nerfs et un peu de poudre aux yeux ?

    Fantasia, pour rappel, n’est pas seulement une vitrine pour amateurs de bis, de fantastique et de séries B qui sentent la sueur et la bonne idée. Son marché Frontières a pris de l’ampleur en devenant un lieu stratégique pour les projets de genre en développement, ceux qui cherchent des partenaires, des vendeurs internationaux, parfois un peu de visibilité, souvent un peu de survie. Dans ce contexte, Third Wheel arrive avec un positionnement malin : assez accessible pour séduire des financiers, assez singulier pour ne pas se faire avaler par la soupe mondiale du thriller “premium” calibré pour plateforme. Et ça, mine de rien, c’est déjà un petit exploit.

    Le titre lui-même dit quelque chose de la mécanique à l’œuvre. Le “troisième roue du carrosse”, c’est l’intrus, le surplus, celui qu’on croit de trop. Dans un récit de pouvoir, cette place peut devenir un observatoire redoutable : qui regarde qui, qui profite de qui, qui croit tenir les rênes alors qu’il n’est qu’un pion dans une chaîne plus vaste ? Le cinéma adore ces figures de décalage, ces personnages qui semblent périphériques avant de révéler la structure entière du système. On pense à ces thrillers où le détail social devient le moteur dramatique, où la tension n’est pas seulement psychologique mais politique, presque géologique. Le titre annonce déjà une petite bombe à retardement.

    Zoe Ramushu, ou l’art de ne pas faire semblant

    Le film doit être réalisé par Zoe Ramushu, et ce nom mérite d’être retenu. La cinéaste s’est fait remarquer avec son court métrage It Takes…, ce qui suffit déjà à signaler une trajectoire attentive aux formes courtes, aux tensions resserrées, à la dramaturgie qui mord sans s’étaler. Passer du court au long métrage de genre n’est jamais un simple agrandissement au photocopieur : il faut tenir la pression, élargir l’espace, faire respirer les enjeux sans les diluer. Autrement dit, éviter le péché originel de tant de premiers longs qui confondent ampleur et boursouflure. Et là, on sent bien que le projet veut justement échapper à ce piège.

    Ce qui rend l’affaire prometteuse, c’est le croisement entre une signature d’autrice et une mécanique de thriller pensée pour accrocher. Le cinéma africain contemporain a souvent dû se battre contre une injonction absurde : être soit “important”, soit “vendable”. Comme si la forme populaire devait s’excuser d’exister, ou comme si la pensée politique devait forcément s’habiller en drame austère pour être légitime. Third Wheel semble refuser ce faux dilemme. Le film veut faire circuler l’adrénaline et l’analyse dans le même mouvement. Pas mal, non ? Quand le genre pense, il cesse d’être un simple emballage.

    Post-colonial, pas postiche

    Le cœur du projet tient donc dans cette articulation entre récit tendu et commentaire sur les dynamiques de pouvoir en Afrique après la colonisation. Le mot “post-colonial” est souvent utilisé comme un cache-misère de dossier de presse, un vernis intellectuel posé sur n’importe quoi pour donner l’air sérieux. Ici, au contraire, il semble constituer le moteur même du film. Et c’est là que la chose peut devenir vraiment mordante : si le thriller repose sur la manipulation, la dépendance, la hiérarchie et la menace diffuse, alors le sujet politique n’est pas un ajout, il est la charpente.

    On imagine déjà ce que le film pourrait tirer de cette tension : des rapports de domination qui se déplacent, des alliances douteuses, des personnages pris dans des logiques qui les dépassent, bref tout ce que le cinéma de genre sait faire de mieux quand il cesse de jouer au petit malin. Le meilleur thriller politique n’explique pas son monde comme un manuel, il le fait sentir dans les corps, les regards, les silences, les transactions. Et si Third Wheel tient cette ligne, il pourrait bien rejoindre cette catégorie rare des films qui divertissent sans endormir, qui secouent sans se prendre pour un séminaire universitaire. Le genre, ici, n’est pas une fuite : c’est une manière d’attaquer.

    Reste à voir si le projet trouvera les bons soutiens, le bon casting, le bon équilibre entre efficacité et nerf politique. Mais à ce stade, il a déjà gagné quelque chose de précieux : l’attention. Dans la jungle des titres qui passent au marché comme des promesses en carton, Third Wheel a au moins le mérite de ne pas sentir la naphtaline. Et ça, pour un film encore en orbite, c’est déjà beaucoup. La suite ? On la guettera de près, parce qu’un thriller qui promet de parler du monde sans s’y noyer, franchement, on a envie d’y croire. Même un peu. Surtout un peu.

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    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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