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    Nrmagazine » Paramount mise sur Freddy the 13th : Dan Trachtenberg recycle l’horreur en animation PG
    Blog Entertainment 22 juin 20266 Minutes de Lecture

    Paramount mise sur Freddy the 13th : Dan Trachtenberg recycle l’horreur en animation PG

    Le réalisateur de Predator: Badlands transforme un anti-héros maudit en pari familial, entre satire et gros coup de studio
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    Paramount a décidé de faire rimer malédiction et bon enfant : Dan Trachtenberg, fraîchement associé à Predator: Badlands, développe Freddy the 13th, un long-métrage d’animation adapté d’un roman graphique d’horreur autour de Freddy Vanwinkle, le fils né un 13 et condamné à tout rater. Le studio promet un film « wholesome » et classé PG – autrement dit, l’horreur en gants blancs, avec le sourire qui va bien et la morsure en option.

    Variety nous apprend que le projet s’appuie sur un matériau déjà estampillé horreur, mais qu’il vise une tonalité beaucoup plus légère que son point de départ. Le héros, Freddy Vanwinkle, est présenté comme un pauvre type qui enchaîne les catastrophes parce qu’il est, par essence, l’exact opposé du gars qui gagne au loto. Un anti-élan, une anti-destinée, un anti-tout. Et c’est précisément là que Paramount sent l’odeur du bon filon : prendre une figure maudite, la désamorcer, et tenter d’en faire une machine à sympathie familiale. Le studio n’invente rien, il optimise. C’est son sport national.

    Dans une industrie où les franchises cherchent sans cesse à élargir leur public sans perdre leur identité, l’idée n’a rien d’absurde sur le papier. Les studios ont compris depuis longtemps qu’un concept fort peut survivre à presque tout – au reboot, au spin-off, au changement de ton, à la trahison esthétique, au passage par l’animation. Le cinéma de genre est devenu un terrain de recyclage permanent, et l’animation, avec sa liberté de forme, sert souvent de sas pour faire passer des idées plus tordues sans effrayer les comptables. Ici, Paramount ne vend pas un film d’horreur : elle vend un accident industriel rendu attendrissant.

    Le 13 porte malheur, le studio porte l’addition

    Pour rappel, Dan Trachtenberg n’est pas n’importe quel nom à la barre. Le cinéaste a déjà montré avec 10 Cloverfield Lane puis Prey qu’il savait prendre un univers balisé pour le tordre dans le bon sens, sans le vider de sa substance. Sa force, c’est la relecture : il sait déplacer le centre de gravité d’une saga sans la faire exploser comme une casserole oubliée sur le feu. Avec Predator: Badlands, il continue d’installer sa réputation de réalisateur capable de faire du neuf avec du déjà-vu – ce qui, à Hollywood, tient presque du miracle administratif.

    Le choix de l’animation n’est pas anodin non plus. Depuis quelques années, les studios s’en servent comme d’un couteau suisse : on y glisse des projets trop chers, trop étranges ou trop risqués pour le live action, et on espère que le public avalera la pilule parce que c’est joli, coloré, et que ça fait moins peur aux parents. Sauf qu’ici, le pari est plus retors. Adapter une horreur graphique en film PG, c’est un peu comme transformer Massacre à la tronçonneuse en goûter d’anniversaire. Ça peut donner un objet malin. Ou un truc un peu tiède, qui a peur de son propre reflet.

    Le vrai sujet, ce n’est pas Freddy Vanwinkle : c’est la capacité de Paramount à transformer une idée de niche en produit transversal, sans se tirer une balle dans le pied.

    Trachtenberg, ce passeur qui aime les monstres

    Autre valeur : Trachtenberg appartient à cette génération de cinéastes qui comprennent que la franchise n’est plus seulement une suite de films, mais un écosystème. On ne fait plus un long-métrage pour raconter une histoire ; on le fait pour tester une température, prolonger une marque, préparer la suite, ou au moins garder la machine à fantasme en marche. Dans ce contexte, Freddy the 13th ressemble à une variation sur le thème du monstre sympathique, sauf qu’ici le monstre n’a même pas les moyens d’être monstrueux. Il rate tout. Il trébuche. Il subit. Il est né sous une mauvaise étoile et le studio veut en faire un héros de comédie. Le pauvre type a déjà sa destinée, pas besoin d’en rajouter.

    Il y a aussi un petit parfum de méta assez délicieux : faire un film sur un personnage condamné à l’échec, c’est presque dessiner le portrait d’un studio qui tente de relancer une propriété intellectuelle en espérant qu’elle trouve sa forme idéale au troisième ou quatrième essai. Hollywood adore les figures de perdants, à condition qu’elles rapportent. C’est sa grande tendresse. Son vice aussi.

    On n’a pas encore les données complètes de production, mais le cadre industriel est limpide : Paramount cherche un projet de genre capable de circuler vite, de coûter moins qu’un blockbuster en prises de vues réelles, et de s’inscrire dans une fenêtre de diffusion suffisamment souple pour exister en salles puis en streaming sans trop se froisser. Le calcul est classique, presque scolaire. La différence, c’est le vernis : de l’horreur transformée en comédie familiale, avec un réalisateur qui sait manier le contre-pied. Le studio veut un film qui fasse peur sans faire fuir. Bonne chance.

    Du roman graphique au grand écart

    En réalité, ce qui rend le projet plus intrigant que le simple pitch de bureau, c’est son point de départ : un roman graphique d’horreur. Le passage à l’animation peut préserver le trait, la stylisation, le décalage visuel – tout ce qui fait qu’un matériau dessiné peut survivre à une adaptation sans perdre sa sale petite personnalité. Là où un remake live action a tendance à aplatir les angles, l’animation peut au contraire les aiguiser. Encore faut-il accepter de ne pas tout lisser. Et ça, chez les studios, c’est souvent là que le bât blesse.

    Le titre lui-même, Freddy the 13th, joue déjà sur la confusion, le mauvais présage, le clin d’œil à la superstition. On entend presque la franchise d’horreur fantôme derrière le nom, alors que le projet semble vouloir prendre le contre-pied total de cette attente. C’est malin, oui. Mais c’est aussi le genre de malice qui peut se retourner contre son auteur si le film n’assume pas son côté bancal. Parce qu’un anti-héros malchanceux, c’est drôle une fois. Deux fois. Après, il faut du rythme, du style, du nerf. Sinon on se farcit juste un gag étiré sur 90 minutes.

    Reste la question qui fâche, celle que les studios adorent laisser flotter jusqu’au dernier moment : est-ce que ce film sera une vraie trouvaille ou un simple produit de plus dans la grande brocante des IP réchauffées ? La réponse, pour l’instant, tient dans un mot : Trachtenberg. Si quelqu’un peut faire passer une idée aussi biscornue du côté du cinéma qui a une gueule, c’est peut-être lui. Peut-être. Et si ça rate, au moins on aura eu un Freddy qui tombe de l’escalier avec élégance. Ce n’est déjà pas rien.

    Chez Paramount, le malheur se monétise très bien ; reste à voir si Freddy, lui, saura enfin gagner un match.

    Image mentale : un studio qui sourit pendant que le 13 lui fait les poches.

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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