Lanterns n’a pas seulement trouvé un second souffle grâce à son intrigue DC : la série tient aussi debout parce qu’elle sait castinger des visages qui ont déjà vécu mille vies à l’écran. Et Paul Ben-Victor, qui surgit en Antaan, fait partie de cette catégorie de seconds rôles qu’on croit connaître avant même qu’ils ouvrent la bouche. C’est tout l’intérêt du bon casting télé : pas besoin de faire le mariole avec une star-bank surdimensionnée, on prend un acteur qui a du métier, de la gueule, et un passé de télévision assez costaud pour faire croire à n’importe quel clan extraterrestre déguisé en humains. Pas mal pour un personnage encore brumeux, non ?
Pour situer un peu le terrain, Lanterns s’inscrit dans la nouvelle stratégie DC côté série, avec une ambition claire : faire exister un pan plus sombre et plus procédural de l’univers Green Lantern, loin du grand barnum numérique qui a longtemps plombé la franchise au cinéma. La série, portée notamment par Aaron Pierre en John Stewart, joue la carte de l’enquête, du mystère et de la menace diffuse. Et dans ce genre de dispositif, chaque apparition compte. Antaan, présenté dans l’épisode 2, arrive comme un chef de groupe qui en sait plus qu’il ne dit, avec une rancune qui sent la planète rasée et la vengeance qui mijote depuis trop longtemps. Bref, on n’est pas là pour un simple figurant à moustache cosmique.
Le vrai sujet, c’est donc moins “qui est Antaan ?” que “pourquoi Paul Ben-Victor est exactement le bon type pour rendre ce mystère crédible ?”
Un visage taillé pour les couloirs sombres
En apparence, Paul Ben-Victor n’a rien d’un nom qui fait lever les foules au Comic-Con. Et pourtant, c’est précisément ce genre d’acteur qui sauve une série quand elle risque de se noyer dans ses effets de manche. Sa carrière démarre au milieu des années 1980, avec des passages dans L.A. Law puis Cagney & Lacey, avant de s’installer durablement dans le paysage des séries policières et judiciaires américaines. Le bonhomme a traîné sa silhouette dans Monk, CSI, NYPD Blue et toute une ribambelle de fictions où il fallait avoir l’air de savoir quelque chose sans tout balancer dès la première scène. Un métier d’équilibriste, en somme.
Ce profil-là colle parfaitement à Lanterns, qui semble aimer les personnages à double fond. Ben-Victor n’a jamais eu besoin d’en faire des caisses pour exister : il suffit d’un regard, d’une diction un peu râpeuse, d’une présence qui dit “je ne suis pas là pour rigoler”. C’est précieux dans une série de super-héros qui tente de s’arracher au vernis trop propre. Antaan n’a pas besoin d’être spectaculaire tout de suite ; il doit surtout être inquiétant. Et ça, Ben-Victor sait faire les yeux fermés.

Des flics, des mafieux et des types qui savent tenir un cadre
Autre valeur sûre de sa filmographie : Paul Ben-Victor a passé une bonne partie de sa carrière à incarner des types qui gravitent autour du pouvoir, de la loi, du crime ou des deux à la fois. Dans The Wire, il campe Spiros “Vondas” Vondopoulos, l’un de ces personnages qui ne hurlent jamais mais font trembler toute la pièce. Dans Entourage, il joue Alan Gray, autre figure de l’entre-deux, plus mondaine mais tout aussi utile pour faire tourner la machine. Ce n’est pas un hasard si HBO l’a gardé dans son carnet d’adresses : le réseau aime les acteurs capables d’installer une tension sans transformer chaque scène en numéro d’acteur de conservatoire.
Et puis il y a ce détail qui n’en est pas un : Ben-Victor a aussi fait ses preuves dans le registre du polar télévisé le plus classique. C’est là qu’on comprend pourquoi Lanterns l’utilise si bien. La série ne cherche pas seulement à raconter une guerre cosmique ; elle veut aussi ressembler à un thriller de terrain, avec des alliances douteuses, des informations retenues, des rapports de force qui se déplacent d’une scène à l’autre. Paul Ben-Victor, c’est la colle entre le space opera et le procedural. Le genre de passeur discret qui évite au tout de partir en cacahuète.
Le petit luxe des seconds rôles qui font la différence
Dans une industrie obsédée par les têtes d’affiche et les franchises qui doivent rapporter gros dès le premier week-end, on oublie souvent que les séries tiennent surtout par leurs satellites. HBO l’a compris depuis longtemps, et Lanterns semble prolonger cette tradition : Aaron Pierre et les autres incarnent le centre de gravité, mais les figures comme Antaan donnent de la texture, du relief, du frottement. Sans elles, on a juste des héros qui parlent dans le vide. Avec elles, on commence à sentir la menace, la mémoire, la politique d’un monde qui ne se résume pas à un combat de lasers verts.
Ben-Victor n’est pas un “guest” décoratif ; il appartient à cette race d’acteurs qui donnent l’impression que le personnage a existé avant la scène et continuera après. C’est une qualité rare, presque une politesse envers la fiction. Et dans une série où certains fans spéculent déjà sur une possible connexion d’Antaan à Atrocitus, on voit bien le jeu : planter un mystère assez solide pour nourrir les théories, sans tout cramer à la première apparition. Le secret, c’est de laisser le public flairer le piège. Le reste, c’est de la mécanique bien huilée.
Au fond, Lanterns fait ce que les bonnes séries de genre savent faire quand elles ne se prennent pas pour le centre du monde : elle transforme un acteur de caractère en pièce maîtresse potentielle. Et si Antaan devient plus important qu’il n’en a l’air, on pourra toujours dire que la série avait déjà gagné son pari au moment où elle a choisi Paul Ben-Victor. Le type a ce petit quelque chose de fatigué, d’opaque, de parfaitement utile. Pas besoin d’en faire des tonnes : parfois, un regard de vieux routier suffit à faire tenir tout un pan de galaxie. Et ça, franchement, c’est du bon boulot.
Bande-annonce VF de Lanterns
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




