Star Trek: Strange New Worlds n’a jamais eu peur du grand écart, mais sa saison 4 pousse le curseur un peu plus loin : les crédits d’ouverture ne se contentent plus de vendre l’aventure, ils vendent carrément un programme de déraison cosmique.
Depuis son lancement en 2022 sur Paramount+, la série portée par Anson Mount a trouvé une formule que la franchise n’avait pas toujours osé assumer à ce point : l’épisode de la semaine, le goût du pulp, la science-fiction qui ne s’excuse pas de vouloir être ludique. Et dans une galaxie télévisuelle saturée de récits à arcs interminables, ce choix a quelque chose de presque subversif. La saison 4, attendue en 2026, s’inscrit dans cette logique avec une ouverture qui aligne les visions comme un storyboard de fan très bien payé : un casino interstellaire aux néons agressifs, une planète noir et blanc qui sent le Fritz Lang sous stéroïdes, une station orbitale couverte de biomes, un détour par un western spatial avec chapeaux et chevaux. On est loin du simple décor de fond. On est dans la machine à fantasmes, version Enterprise. Et ça, franchement, ça a de la gueule.
Le vrai sujet, pourtant, n’est pas seulement ce que l’on voit, mais ce que cette ouverture raconte de la série : Strange New Worlds préfère promettre l’inattendu plutôt que le déjà-vu, quitte à laisser une partie du rêve hors champ.
Le générique comme carte au trésor, pas comme inventaire
Dans la plus pure tradition de Star Trek, le générique n’est pas là pour faire joli. Il sert à installer une promesse d’exploration, à rappeler que l’Enterprise n’est pas un bus de ligne mais un vaisseau de curiosité. Sauf qu’ici, la saison 4 joue plus finement que la simple accumulation de planètes exotiques. Le montage semble moins vouloir annoncer des lieux précis que fabriquer une sensation : celle d’un voyage où tout peut basculer d’un plan à l’autre, du clinquant de Las Vegas à l’austérité d’un monde expressionniste. Le clin d’œil à Metropolis de Fritz Lang n’est pas anodin. Il dit quelque chose de la série : son désir de faire cohabiter le patrimoine du cinéma de science-fiction et le feuilleton populaire, sans demander la permission à personne. L’Enterprise devient une machine à traverser les mythologies.
Et puis il y a ce détail délicieux : la présence d’un vaisseau Gorn, qui rappelle que la série n’a pas oublié ses bestioles préférées pour semer la panique. On peut y lire une forme de gourmandise très télévisuelle, presque enfantine, mais parfaitement assumée. Le générique ne vend pas une intrigue, il vend une palette. Une saison de Strange New Worlds, c’est un peu comme ouvrir une boîte de bonbons où certains sont acidulés, d’autres franchement toxiques, et quelques-uns ont été fabriqués dans un laboratoire douteux de l’espace profond. On signe où ?
Le goût du pulp, ou comment faire du vieux avec du neuf
Ce qui frappe, c’est la manière dont la série assume son côté feuilleton d’aventures sans complexe. Le premier épisode de la saison 4, d’après les éléments déjà visibles, envoie Pike, M’Benga et La’An sur un monde western, Stetsons sur la tête et chevaux sous la selle. Voilà qui rappelle que Star Trek a toujours eu un pied dans la série B, même quand ses héritiers les plus sérieux ont voulu lui coller une cravate conceptuelle. Ici, le western, le space opera, le cinéma muet de science-fiction et le serial d’antan se télescopent sans demander pardon. C’est précisément ce mélange qui fait tenir la série debout : elle ne cherche pas à être l’avenir du genre, elle veut en être le terrain de jeu. Et ce n’est pas du tout la même chose.
À l’échelle de la franchise, ce positionnement compte énormément. Là où d’autres productions Star Trek ont parfois misé sur la continuité, la gravité ou le feuilleton à rallonge, Strange New Worlds choisit la respiration. Dix épisodes, une structure plus souple, des variations de ton, des mondes qui changent de visage à chaque sortie de l’Enterprise : on retrouve une logique presque anthologique, mais tenue par des personnages récurrents. C’est malin, parce que cela permet au show de renouer avec une idée simple et précieuse : l’épisode peut être une petite aventure complète, pas seulement un morceau de puzzle géant. Bref, la série préfère l’élan à la mécanique, et ça lui va comme un gant de capitaine.
Le hors-champ, ce vieux complice
Autre valeur intéressante de cette saison 4 : le générique semble montrer davantage de mondes que ceux que la série nous fera visiter en détail. Et c’est là que le coup devient élégant. Au lieu de tout donner, Strange New Worlds entretient un hors-champ fertile, presque romanesque. On comprend que l’Enterprise a vécu des choses que l’on ne verra pas forcément, et c’est très bien comme ça. Le monde du streaming a parfois pris le pli inverse : tout montrer, tout expliquer, tout bétonner. Ici, on laisse de l’air. On laisse l’imagination faire le boulot. Notre chère rédaction applaudit des deux mains, ce qui n’arrive pas si souvent quand une série de franchise décide de ne pas prendre le spectateur pour un stagiaire.
Cette stratégie a aussi une vertu économique et narrative assez maligne. Dans un univers étendu où tout peut devenir produit dérivé, roman, bande dessinée ou épisode bonus, le générique agit comme une réserve de possibles. Il nourrit la machine sans l’épuiser. Et tant mieux si certaines de ces images restent à l’état de promesse : elles continuent de vivre dans la tête du public, là où les effets spéciaux ne coûtent rien et où le désir, lui, ne s’use pas. Le meilleur décor, parfois, c’est celui qu’on n’a pas encore visité.
La saison 5 étant annoncée comme la dernière, cette quatrième salve prend déjà des airs de compte à rebours habité. On sait qu’il reste encore des mondes à traverser, des genres à croiser, des folies à tenter. Alors oui, on peut toujours rêver d’une planète sous-marine, d’un manoir hanté ou d’un coin de galaxie où tout le monde parlerait avec l’accent canadien. Mais à ce stade, la vraie question est ailleurs : jusqu’où Strange New Worlds peut-elle pousser son amour du grand n’importe quoi maîtrisé sans perdre ce qui fait sa tenue ? Pour l’instant, l’Enterprise file droit, et le voyage a tout d’un très joli bordel organisé. Et quelque part, c’est précisément pour ça qu’on y retourne.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




