Le plus drôle, dans cette histoire, c’est qu’il aura fallu une série mieux pensée pour redonner un peu de vie à l’un des plus gros ratés de Ryan Reynolds. Green Lantern, longtemps traité comme un gag de l’histoire des films de super-héros, revient dans les classements HBO Max grâce à Lanterns.
Pour rappel, le long métrage de Martin Campbell, sorti en 2011, avait tout d’un produit calibré pour la machine à fantasmes des studios : un budget annoncé à 200 millions de dollars, une ambition de lancement de franchise, des effets numériques à la pelle et une tête d’affiche déjà aimantée par le sarcasme de l’époque. Au box office mondial, le film a encaissé 237,2 millions de dollars, soit un résultat à peine plus confortable que son coût de production. Pas exactement le genre de trajectoire qui fait sauter les bouchons chez Warner Bros. Et du côté critique, la douche froide fut sévère : le film a longtemps traîné une réputation de catastrophe, au point d’être devenu une blague récurrente dans la pop culture super-héroïque. Le péché originel, ici, tient moins à l’idée de départ qu’à la manière dont Hollywood a voulu faire passer la pilule à coups de CGI et de formule industrielle.
Et voilà qu’en 2026, une série HBO Max vient rouvrir la plaie, ou plutôt le tiroir à curiosité.
Le retour du cadavre dans le placard
Selon le suivi de FlixPatrol, Green Lantern a réintégré les classements de la plateforme après le lancement de Lanterns, série diffusée à partir du 16 août 2026 et très bien accueillie par la critique, avec un score de 94 % et la mention « certified fresh » sur Rotten Tomatoes. On comprend vite le mécanisme : quand une nouvelle adaptation fonctionne, elle réactive tout l’imaginaire autour de son ancêtre bancal. Ici, la série portée par Kyle Chandler et Aaron Pierre, avec son enquête à hauteur d’homme dans le Nebraska, donne enfin à l’univers du Green Lantern Corps une forme de gravité que le film de 2011 n’avait jamais su trouver. En gros, Lanterns fait ce que Green Lantern n’a jamais réussi à faire : croire à son propre monde.
Le plus savoureux, c’est la manière dont le vieux film remonte sans prévenir. Le 21 août 2026, il pointe à la huitième place des films les plus vus sur HBO Max aux États-Unis, redescend ensuite, puis remonte à la septième position au 27 août. Mieux encore, il s’invite dans plusieurs pays, avec des passages remarqués au Royaume-Uni et en Suède, sans oublier l’Estonie, l’Islande ou l’Ukraine. On n’est pas face à un simple sursaut de nostalgie, mais à une vraie curiosité de plateforme. Les gens veulent voir si c’était si mauvais qu’on le raconte. Spoiler : oui, et c’est précisément pour ça qu’on clique. Le streaming adore les cadavres bien maquillés.

Ryan Reynolds, le masque et la grimace
Il y a aussi un petit jeu de miroirs pas piqué des hannetons entre Ryan Reynolds et son personnage. Avant de devenir le roi de l’autodérision avec Deadpool, l’acteur a longtemps traîné ce Green Lantern comme un caillou dans la chaussure. Il a lui-même expliqué que le film avait privilégié l’étalage d’effets spéciaux au détriment de l’histoire, ce qui, pour un blockbuster censé lancer une mythologie, ressemble quand même à une balle tirée dans le pied. Reynolds a depuis transformé sa carrière en machine à contrôle narratif : il choisit ses rôles, pilote son image, et recycle même ses échecs en carburant comique. L’échec de 2011 n’a donc pas seulement nourri une mauvaise réputation ; il a aussi contribué à forger la persona publique de l’acteur. Le flop, parfois, sert de matrice. Pas très glamour, mais redoutablement efficace.
Dans la plus pure tradition hollywoodienne, Green Lantern voulait ouvrir une franchise, poser des bases, installer un héros, bref faire le boulot de la poule aux œufs d’or. Sauf que le film a confondu vitesse et précipitation, surcharge et ampleur, univers étendu et brouillard numérique. À l’inverse, Lanterns opte pour une logique presque inverse : moins de grandiloquence, plus de tension, une enquête, deux figures centrales, un cadre terrestre, et cette petite idée simple que la science-fiction gagne parfois à se frotter au polar. On n’est pas loin d’une leçon de stratégie de studio, version sobre et intelligente. Comme quoi, pour sauver une licence, il suffit parfois d’arrêter de la maquiller en sapin de Noël.
Le vieux film, le nouveau jouet
Il ne faut pas se raconter d’histoires : ce regain ne va pas transformer Green Lantern en œuvre réhabilitée. Les classements de streaming ne font pas une critique, et l’algorithme n’a jamais eu le goût très sûr. Mais ce petit retour en grâce dit quelque chose de l’époque. Les plateformes ont changé la vie des échecs célèbres : un film conspué n’est plus condamné à la honte des rayons poussiéreux, il peut redevenir un objet de consommation rapide, presque ludique. On le regarde pour ce qu’il a raté, pour ce qu’il promettait, pour ce qu’il est devenu dans l’imaginaire collectif. Et ça, franchement, c’est un carburant plus solide qu’on ne le croit.
Dans le cas présent, la série de James Gunn à la tête de DC Studios remet aussi les pendules à l’heure côté adaptation. L’univers de Green Lantern n’était pas maudit ; il était mal traité. Nuance essentielle, et pas seulement pour les fans qui ont attendu des années qu’on cesse de bricoler leur mythologie à la va-vite. Le vrai miracle, ce n’est pas que Green Lantern remonte dans les charts. C’est qu’on ait enfin compris qu’un bon concept de comics mérite autre chose qu’un spray de pixels et une prière.
Alors oui, on peut toujours revoir le film de 2011 pour rire jaune, pour vérifier si la mémoire a exagéré le désastre, ou pour mesurer à quel point Lanterns lui sert de contrechamp idéal. Mais au fond, ce retour dit surtout une chose très simple : à Hollywood, un flop n’est jamais tout à fait mort. Il attend juste qu’une meilleure idée vienne le réveiller. Et parfois, ça tombe sur HBO Max, avec un petit air de revanche qui sent le popcorn froid et la rédemption tardive.
Bande-annonce VF de Green Lantern
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




