Une fuite prétend dévoiler le squelette d’Avengers: Secret Wars, et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’idée d’un grand recyclage multiversel n’a pas mis les fans en joie. Entre Battleworld, Doom en chef d’orchestre et une armée de variantes, Marvel semble rejouer sa partition la plus rentable… et la plus risquée.
Pour comprendre pourquoi ce supposé scénario fait grincer des dents, il faut rappeler où en est le MCU en 2026. Après l’explosion de Avengers: Endgame en 2019, qui a culminé à 2,79 milliards de dollars de recettes mondiales selon Box Office Mojo, Marvel Studios a passé des années à chercher le prochain grand point de fusion de sa machine à fantasmes. Sauf que la phase post-Endgame a souvent ressemblé à un chantier à ciel ouvert : séries Disney+, films qui se répondent mal, fatigue du multivers, et un box-office plus capricieux qu’à l’époque où chaque logo Marvel déclenchait des cris d’orfraie dans la salle. Dans ce contexte, Avengers: Doomsday, attendu pour le 18 décembre 2026, doit introduire Victor von Doom incarné par Robert Downey Jr., avant de servir de rampe de lancement à Secret Wars. Le problème ? Quand une saga se met à sentir le plan B avant même d’avoir sorti le plan A, on commence à tousser un peu.
Et c’est précisément là que la fuite supposée devient intéressante : elle ne raconte pas seulement un film, elle raconte la peur très contemporaine de voir Marvel transformer la nostalgie en stratégie industrielle.
Battleworld, ou la table rase qui recycle tout
Selon cette version relayée par un internaute déjà crédité par le passé pour certaines infos justes sur le MCU, Secret Wars se déroulerait un an après la victoire de Doom dans Doomsday. Le monde serait alors remodelé en Battleworld, une réalité médiévale et féodale où la plupart des habitants ignoreraient même que leur mémoire a été trafiquée. Dit comme ça, ça a la couleur d’un grand opéra de science-fiction. Dans les faits, ça ressemble surtout à un terrain de jeu idéal pour Marvel : un décor unique, des règles malléables, et la possibilité de faire cohabiter tout ce que la saga a empilé pendant quinze ans sans avoir à justifier chaque rencontre au cordeau. Pratique. Un peu trop, peut-être.
Le noyau de résistants annoncé a de quoi faire lever un sourcil, voire deux : les trois Spider-Men, Namor, Vision, She-Hulk, Deadpool, Wolverine, Reed Richards, Sentry, Jean Grey et divers Young Avengers. Autrement dit, un casting qui ressemble à une réunion de famille où tout le monde parle en même temps. L’idée de faire voyager ce groupe à travers le multivers pour dénicher une faille dans le dispositif de Doom évoque très fort la mécanique d’Endgame : équipe dispersée, mission impossible, course contre le temps, et promesse d’un grand rassemblement final. Le souci, c’est qu’à force de vouloir refaire le coup de l’événement total, Marvel risque de transformer le climax en exercice de répétition générale.
Le fantôme d’Endgame, ce vieux coloc relou
En réalité, la comparaison avec Avengers: Endgame n’est pas qu’un réflexe de fan fatigué. Elle touche au cœur du modèle Marvel. En 2019, le studio avait réussi un exploit rare : faire d’un film de franchise un aboutissement émotionnel, presque une cérémonie de passage de relais. Le film de Joe et Anthony Russo refermait une décennie de construction patiente, avec une vraie sensation de fin d’époque. Depuis, le MCU n’a cessé de courir après cette intensité-là, sans toujours comprendre qu’un sommet ne se reproduit pas à l’identique. On peut bien empiler les caméos, les variantes, les timelines et les clins d’œil, ça ne remplace pas une nécessité dramatique. Le multivers, à force d’être la solution à tout, devient parfois le symptôme de l’absence de solution.
La fuite évoque aussi un Steve Rogers conservant sa mémoire, histoire de pouvoir être nargué par Doom, ainsi qu’un Loki appelé à jouer un rôle central après la fin de sa série. Là encore, Marvel semble vouloir faire dialoguer ses propres fantômes. C’est malin sur le papier, presque trop. Car si l’on comprend bien l’intention, elle repose sur une logique de miroir : les héros de l’ère multiverselle croiseraient les figures de l’ancienne saga, et le film expliquerait au passage les étrangetés temporelles de Endgame. C’est du grand bricolage canonique, le genre de couture invisible qui fascine les complétistes et laisse le reste du monde un peu froid. Ou, plus brutalement : un gigantesque pansement narratif.
Le public, lui, n’a pas signé pour une redite en costume
Ce qui ressort des réactions, c’est moins un rejet de Doom que l’impression d’avoir déjà vu la manœuvre. Le public Marvel n’est pas allergique au fan service, loin de là. Il a même longtemps été nourri à cette sauce. Mais il y a une différence entre la jubilation du croisement et la sensation d’un studio qui tourne en rond autour de ses propres trophées. Quand une saga se met à recycler ses plus grosses cartouches en les habillant de nouveaux noms, le parfum de nouveauté se dissipe vite. Et quand le supposé grand final ressemble à une version augmentée de ce qui a déjà marché, la promesse d’un choc se transforme en simple rendez-vous de gestion.
Reste un détail essentiel : Marvel Studios reconfigure très souvent ses films en cours de route. Une fuite n’est pas un tournage, encore moins un montage final. Entre les versions de travail, les réécritures et les ajustements de post-production, il y a de la marge pour que le projet prenne une autre forme. Mais la nervosité actuelle dit quelque chose de plus profond que la validité d’un scoop. Elle dit que le studio n’a plus le droit à l’approximation sur son grand chantier final. Si Secret Wars veut éviter le piège du déjà-vu, il va falloir autre chose qu’un carnaval de variantes et un clin d’œil à la nostalgie.
Parce qu’à ce stade, le vrai suspense n’est même plus de savoir si Doom gagnera. C’est de savoir si Marvel osera, enfin, faire autre chose que gagner du temps avec ses propres légendes. Et ça, franchement, c’est une autre paire de manches.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




