On n’est pas face à un raz-de-marée, et c’est précisément ce qui rend l’affaire intéressante : Evil Dead Burn ne casse pas la baraque, mais il rappelle qu’une franchise d’horreur peut encore faire de l’argent sans vendre son âme au passage.
Sorti en salles en 2026, ce sixième chapitre de la saga née en 1981 chez Sam Raimi arrive avec un bagage que beaucoup de franchises aimeraient avoir à son âge : une identité immédiatement reconnaissable, un public fidèle et une capacité à survivre aux modes comme aux trous d’air industriels. D’après les chiffres relayés par Slashfilm dans un article signé Ryan Scott, le film de Sébastien Vanicek a ouvert à 13,7 millions de dollars aux États-Unis et 27 millions dans le monde après son premier week-end, pour un budget de production annoncé à 20 millions. À l’échelle d’Hollywood, ce n’est pas la fête du slip, mais c’est très loin d’être un accident industriel. Le vrai sujet, ici, ce n’est pas la taille du démarrage : c’est la manière dont Evil Dead continue de prouver qu’un bon vieux démon peut encore faire tourner la machine.
Le contexte compte énormément. Evil Dead Rise, sorti en 2023, avait profité d’une attente accumulée après dix ans sans long métrage de cinéma dans la franchise et avait signé un départ à 24,5 millions de dollars avant de grimper à 147 millions dans le monde. Rien d’étonnant, donc, à ce que Evil Dead Burn paraisse plus modeste à côté. Mais comparer les deux films comme si on pesait des tomates au marché serait un peu court : le nouvel opus arrive dans un climat différent, avec une proposition plus brutale, plus sèche, plus hostile, et un public moins large mais toujours bien présent. Autrement dit, on n’est pas sur la même courbe de désir, ni sur la même promesse commerciale. La franchise ne s’agrandit pas forcément, elle se resserre, et c’est souvent là qu’elle évite de se tirer une balle dans le pied.
Le démon ne fait pas de manières
Ce qui frappe dans cette trajectoire, c’est la discipline budgétaire. Warner Bros. n’a pas misé sur un mastodonte, mais sur un film d’horreur calibré, suffisamment cheap pour rester rentable même sans triomphe massif. Dans le Hollywood contemporain, où tant de sagas gonflent jusqu’à l’absurde, cette retenue a presque quelque chose de punk. On parle d’un long métrage classé R, ultra-gore, vendu à un public précis, avec une fenêtre d’exploitation qui ne repose pas uniquement sur la salle mais aussi sur la valeur en VOD et en streaming. Et ça, les studios le savent très bien : un film d’horreur bien tenu peut continuer à rapporter longtemps après la sortie, surtout quand il alimente la bibliothèque maison et les futures éditions physiques. Le monstre sacré, ici, ce n’est pas le budget : c’est le rendement.

Le film de Vanicek, déjà remarqué avec Infested, s’inscrit dans cette logique de franchise qui préfère la nervosité à la démesure. Le récit, centré sur Alice, incarnée par Souheila Yacoub, et sur une réunion familiale qui vire au carnage, reprend l’ADN de la série sans chercher à le polir. Et c’est là que Evil Dead reste malin : chaque opus peut changer de couleur tout en gardant la même odeur de soufre. Le public qui vient pour la possession, les Deadites et les éclaboussures n’attend pas une démonstration de prestige, il attend qu’on lui serve le menu avec conviction. Dans cette saga, la fidélité au chaos vaut mieux que la respectabilité.
Pas un carton, mais pas un enterrement
Évidemment, Evil Dead Burn ne rejoue pas le coup de Evil Dead Rise. Le démarrage est plus bas, le bouche-à-oreille semble moins euphorique, et le film n’a pas bénéficié du même effet de retour après une longue absence. Mais l’équipe de la rédaction aurait tort de confondre un départ plus sage avec une contre-performance. À 20 millions de dollars de budget, le film a déjà fait ce qu’on attendait de lui : rassurer le studio, justifier l’existence d’une suite potentielle et maintenir la franchise dans la zone des affaires viables. Ce n’est pas la poule aux œufs d’or version super-héros, c’est mieux que ça : une machine à fantasmes qui ne coûte pas trop cher à faire tourner.
Le plus intéressant, c’est ce que cela dit de l’état actuel des franchises d’horreur. Quand elles restent modestes, elles respirent. Quand elles gonflent, elles s’asphyxient. Warner Bros. semble l’avoir compris, et le fait que Evil Dead Wrath soit déjà annoncé pour 2028 montre bien que la logique n’est pas celle du one-shot opportuniste, mais d’un univers étendu à l’échelle du cauchemar artisanal. On parle même de scènes post-générique qui ouvriraient la porte à d’autres chapitres. Rien de révolutionnaire, certes, mais dans une franchise née il y a 45 ans, la simple persistance relève déjà de la petite victoire. Evil Dead n’a pas besoin d’être énorme pour rester vivante ; elle a juste besoin de rester vicieuse.
Et c’est sans doute là que le film de Sébastien Vanicek trouve sa place : pas comme un événement tonitruant, mais comme une preuve de continuité. Une saga qui a commencé comme un délire fauché de cinéma de genre et qui, quarante-cinq ans plus tard, continue d’exister parce qu’elle sait encore faire peur, saigner et rapporter un peu d’argent. Pas mal pour une vieille saloperie infernale, non ?
Bande-annonce VF de Evil Dead Burn
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




