On a beau la connaître d’abord pour Euphoria, Zendaya a déjà bâti au cinéma une filmographie qui fait lever un sourcil aux plus blasés. Entre franchise géante, SF de prestige et apparition chez Nolan, elle coche des cases que d’autres mettent vingt ans à empiler.
À l’échelle d’Hollywood, la trajectoire est presque trop propre pour être honnête : née en 1996, révélée par Disney Channel avec Shake It Up et K.C. Undercover, Zendaya a ensuite bifurqué vers des projets qui lui ont permis de passer du statut de star ado à celui d’actrice bankable, sans se faire broyer par la machine. Son Emmy historique pour Euphoria a consolidé l’image, mais au cinéma, c’est surtout sa capacité à naviguer entre les grosses machines et les films plus ambitieux qui intrigue. Rotten Tomatoes, avec son score critique agrégé, sert ici de thermomètre imparfait mais révélateur : les films qui sortent du lot sont aussi ceux où elle n’est pas juste là pour faire joli dans le cadre. Autrement dit, Zendaya ne joue pas les figurantes de luxe : elle s’installe, elle pèse, elle imprime.
Le classement source met de côté ses séries et retient cinq longs métrages, avec une hiérarchie qui raconte aussi quelque chose du cinéma contemporain : l’ère des franchises Marvel, le retour du blockbuster de science-fiction à grand spectacle, et l’arrivée d’une actrice capable de traverser tout ça sans perdre son aura. Et franchement, on comprend pourquoi les studios se battent pour la garder dans leur poche.
Le vrai sujet, au fond, c’est moins “quels sont ses meilleurs films ?” que “comment Zendaya est devenue une valeur sûre dans des films qui ne lui appartiennent pas toujours entièrement”.
Le costume, le masque et le capital sympathie
Dans Spider-Man: Homecoming (2017, réalisé par Jon Watts), Zendaya apparaît encore en périphérie du récit, sous les traits de Michelle “MJ” Jones-Watson. Le film, porté par Tom Holland, réinvente Peter Parker dans le moule MCU avec un budget de production d’environ 175 millions de dollars, et il pose déjà un principe simple : Zendaya n’a pas besoin de monopoliser l’écran pour capter l’attention. Son personnage fonctionne comme une promesse, un petit caillou dans la chaussure du film, une présence qui dévie l’énergie du récit vers quelque chose de plus sec, de plus ironique, de plus contemporain. Elle n’est pas encore le centre du jeu, mais elle en change la température.
Deux ans plus tard, Spider-Man: Far From Home (2019) lui donne davantage de matière. Toujours chez Jon Watts, toujours dans la grande mécanique Marvel, le film passe par l’Europe, le deuil de Tony Stark et la romance adolescente sous haute tension. Zendaya y gagne en relief, et son MJ devient enfin un vrai point d’ancrage émotionnel. Le score critique de Rotten Tomatoes, autour de 91 %, dit bien que le film a trouvé son équilibre dans cette alchimie entre spectacle et intimité. Et puis il y a cette idée très MCU, très industrielle aussi : faire d’une relation amoureuse un moteur narratif tout en gardant la machine à effets spéciaux en marche. Pas très subtil ? Peut-être. Mais ça tourne, et plutôt bien.
Le sable, la foi et le regard qui tranche
Avec Dune: Part Two (2024), Denis Villeneuve lui offre enfin un espace à la hauteur de sa présence. Dans le premier Dune (2021), son apparition relevait presque du teasing de luxe ; dans la suite, Chani devient une force dramatique à part entière. Et là, on touche à quelque chose de plus intéressant que la simple question du temps de présence : Zendaya impose une densité, une retenue, une manière de faire exister la colère sans la surjouer. Face à Timothée Chalamet, elle n’est pas un faire-valoir romantique, elle est le contrechamp moral du film. Dans Dune: Part Two, elle ne “soutient” pas le récit : elle le contredit, et c’est beaucoup plus classe.
Le film, produit par Warner Bros., a confirmé l’appétit du public pour les grandes fresques SF quand elles ont une vraie vision derrière la pyrotechnie. Villeneuve y pousse encore plus loin son obsession du pouvoir, du messianisme et de la trahison intime. Zendaya, elle, donne à Chani une gravité qui évite au personnage de se dissoudre dans le sable et les prophéties. On est loin du simple rôle décoratif : elle devient l’un des points de friction du film, celle qui regarde Paul Atreides basculer et refuse de lui dérouler le tapis rouge. Et ça, dans un blockbuster de cette taille, ça vaut de l’or.
Le multivers, la romance et le coup de poignard
Avec Spider-Man: No Way Home (2021), Zendaya revient dans le cœur du dispositif. Le film de Jon Watts, énorme machine à nostalgie et à box office, capitalise sur le multivers comme sur une tirelire de studio bien secouée. Mais là où le projet aurait pu se contenter d’empiler les caméos et les clins d’œil, il trouve un vrai ressort émotionnel dans la relation entre Peter et MJ. Zendaya y joue un rôle bien plus actif, plus nerveux, plus dramatique aussi, et c’est précisément ce qui donne au film sa colonne vertébrale. Le score critique grimpe à 93 % sur Rotten Tomatoes, ce qui n’est pas rien pour un blockbuster qui aurait pu se vautrer dans son propre fan service.
Ce qui frappe, c’est la façon dont le film utilise Zendaya comme point d’ancrage humain au milieu du chaos cosmique. Quand tout part en vrille, quand les anciens Spider-Men débarquent, quand la mécanique du sortilège se dérègle, elle reste le centre affectif du récit. Et la fin, avec cette séparation mémorielle qui laisse Peter seul face à MJ, fonctionne parce que Zendaya ne force jamais le pathos. Elle laisse le vide faire le boulot. C’est là qu’on voit la différence entre une présence et une performance : elle vous plante le couteau sans hausser la voix.
Quand Nolan lui tend l’Olympe
Le sommet du classement source, c’est The Odyssey, le film de Christopher Nolan inspiré d’Homère, annoncé comme un blockbuster spectaculaire et crédité d’un score critique de 94 % sur Rotten Tomatoes. Zendaya y a peu de temps d’écran, mais l’article source insiste sur un point essentiel : chez Nolan, la rareté devient une arme. Elle incarne Athena, figure de conseil, de distance et de mémoire, dans une adaptation qui semble vouloir traiter les dieux comme des présences mentales autant que mythologiques. C’est du Nolan pur jus : le mythe, la guerre, la mémoire, la culpabilité, et cette manière de faire d’un détail une faille cosmique.
Ce qui est malin, c’est que Zendaya n’y joue pas seulement une déesse. Elle y devient un principe de regard, une conscience qui hante Odysseus. Et quand le film glisse vers une lecture plus ambiguë de sa présence, l’actrice profite de chaque seconde pour imposer quelque chose de presque spectral. On est loin du simple “caméo prestigieux” : elle donne au film une texture, une résonance, une petite secousse métaphysique. Chez Nolan, même une apparition minuscule peut devenir un caillou dans la chaussure du destin.
Au passage, cette hiérarchie dit aussi beaucoup du moment Zendaya : elle peut passer d’un rôle secondaire dans un reboot Marvel à une figure centrale chez Villeneuve, puis à une entité quasi mythologique chez Nolan, sans que sa crédibilité en prenne un coup. C’est rare, et franchement assez classe. La plupart des stars cherchent encore comment passer le flambeau ; elle, elle a déjà les mains sur l’allumette.
Alors oui, Rotten Tomatoes n’est pas un oracle gravé dans le marbre, et on peut toujours ergoter sur l’absence de Challengers dans ce top cinq. Mais la photographie reste parlante : Zendaya n’a pas seulement un joli palmarès, elle a déjà une ligne de force. Et dans une industrie qui adore recycler les mêmes têtes jusqu’à l’overdose, ça commence à ressembler à un vrai luxe.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




