Avec son deuxième épisode, Lanterns ne se contente pas de faire avancer son enquête : la série glisse aussi un indice de taille sur John Stewart, comme si DC avait décidé de sortir le grand jeu sans encore tout montrer. Et franchement, quand un simple oiseau conjuré par un anneau devient un sujet de débat cosmique, on sait qu’on n’est plus dans la petite tambouille télévisuelle.
Développée par Chris Mundy, Tom King et Damon Lindelof, la série s’inscrit dans le nouveau DC Universe piloté par James Gunn et Peter Safran, avec cette idée assez maligne de prendre un mythe de super-héros et de le faire passer par le filtre du polar. Depuis le lancement de ce nouvel univers, DC cherche moins à empiler des effets spéciaux qu’à recoller ses morceaux autour d’une logique de personnages, de trauma et de pouvoir. Lanterns, elle, avance sur une ligne de crête : assez terrestre pour tenir la route comme thriller, assez spatiale pour rappeler qu’on parle quand même d’un corps d’élite intergalactique avec des anneaux magiques et des Gardiens pas franchement commodes. C’est là que la série devient intéressante : elle ne montre pas seulement ce que font les Lanterns, elle commence à suggérer ce qu’ils sont capables d’endurer, de fabriquer, de retenir.
Le point de bascule arrive avec John Stewart. Dans l’épisode 2, son anneau lui permet de créer un petit oiseau au moment où il tente de voler, et l’objet ne disparaît pas aussitôt l’anneau retiré. Plus tard, des extraterrestres expliquent que donner la vie à une créature, puis la maintenir sans l’anneau, relève d’un niveau de maîtrise presque irréel. On tient peut-être là un indice scénaristique très simple en apparence, mais qui ouvre une porte énorme : John Stewart ne serait pas seulement un Green Lantern compétent, il pourrait être l’un des plus redoutables de tout l’édifice. Et dans une franchise qui adore hiérarchiser ses demi-dieux, ce genre de détail, ça pèse plus lourd qu’un discours de conférence de presse.
Un anneau, un oiseau et beaucoup de sous-texte
Dans les comics, John Stewart a toujours eu ce petit supplément d’âme qui le distingue des autres porteurs de l’anneau. Marine, architecte, stratège visuel : le personnage pense l’espace, la structure, la solidité. Là où d’autres Lanterns projettent des formes spectaculaires, lui construit presque comme un ingénieur du fantasme. Ce n’est pas anodin si la série insiste sur la précision et la persistance de ses créations. On n’est pas seulement dans le gadget cool, on est dans une manière de dire que le pouvoir de John n’est pas seulement brutal, il est conceptuel. Il ne fabrique pas juste des armes : il dessine des solutions.

Ce qui amuse, au passage, c’est que la série semble déjà jouer avec une petite hiérarchie interne entre John Stewart et Hal Jordan, incarné ici par Kyle Chandler. Dans les comics, Hal reste souvent présenté comme le plus puissant des Green Lanterns, capable de refaire Coast City à l’identique, habitants compris, dans un de ces accès de mégalomanie cosmique qui font tout le sel des grandes mythologies de super-héros. Alors si Lanterns choisit de faire monter John plus haut que prévu, ce n’est pas forcément pour rabaisser Hal. C’est peut-être pour éviter le piège du classement scolaire, ce sport de nerds où l’on compare les pouvoirs comme d’autres les budgets de production. Le vrai enjeu, c’est moins de savoir qui a la plus grosse lumière que de comprendre comment chacun transforme la volonté en matière.
DC, le retour du sérieux qui ne se prend pas trop au sérieux
À ce stade, Lanterns confirme surtout une chose : DC a compris qu’un univers partagé ne tient pas seulement par les crossovers, mais par la densité des figures qu’il met en circulation. Après des années de zigzags, de reboots et de promesses plus ou moins tenues, le studio semble miser sur une formule plus sobre en apparence, mais plus maligne : faire de chaque héros une énigme morale avant d’en faire une machine à CGI. C’est d’autant plus pertinent pour Green Lantern, personnage longtemps coincé entre le grand spectacle cosmique et la difficulté de le rendre humain sans le vider de sa substance.
En laissant planer le doute sur l’ampleur réelle des pouvoirs de John Stewart, la série ne fait pas que ménager son suspense. Elle rappelle que la puissance, dans ce type de récit, n’est jamais qu’une affaire de contrôle, de discipline et de vision. Et ça, on le sait bien : les histoires de super-héros deviennent vraiment intéressantes quand elles cessent de compter les explosions pour commencer à mesurer ce qu’un personnage est prêt à porter. À ce jeu-là, John Stewart pourrait bien être le vrai monstre sacré de Lanterns.
Reste à voir si la série aura le cran de pousser cette idée jusqu’au bout, sans se contenter de faire miroiter une promesse de plus dans l’immense vitrine DC. Parce qu’entre un oiseau qui survit à l’anneau et un héros capable de remodeler le réel, il y a déjà de quoi faire trembler l’Olympe. Et ça, mine de rien, c’est plutôt bon signe.
Bande-annonce VF de Lanterns
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




