Emmy Rossum revient là où on ne l’attendait pas forcément, et c’est tant mieux : avec Furious, Hulu lui offre un rôle taillé pour la colère, la fracture et le regard qui ne baisse jamais les yeux. La série, portée par Elizabeth Meriwether, recycle un vieux morceau d’IP oublié pour en faire autre chose qu’un simple thriller à énigme. On est plutôt du côté d’un récit nerveux sur les violences sexuelles, la corruption des institutions et cette petite musique dégueulasse qui dit aux victimes de patienter encore un peu (spoiler : elles attendent souvent pour rien).

Pour situer le terrain, Meriwether n’est pas une inconnue qui débarque en mode touriste. Créatrice de New Girl, elle a déjà bifurqué vers des zones bien plus sombres avec The Dropout et Dying for Sex, deux séries où l’écriture comique se frotte à des rapports de pouvoir bien plus sales qu’ils n’en ont l’air. Dans Furious, elle s’empare d’un vieux film pseudo-noir de 1987, Black Widow, pour en garder la charpente et dynamiter le reste. Le résultat s’inscrit dans une tradition télévisuelle très américaine, celle du procedural qui rassure en surface avant de vous mettre un coup de tournevis dans les côtes. Sauf qu’ici, le coup de tournevis vise surtout les structures qui protègent les prédateurs.

Et c’est là que la série cesse d’être un simple polar pour devenir une machine à disséquer la rage féminine, sans la rendre propre ni aimable.

Le chat, la souris et le système qui regarde ailleurs

Emmy Rossum incarne Alice Black, agente du FBI et ex-détective du NYPD, qui tente de fuir une relation abusive avec un policier. Très vite, elle se retrouve happée par une affaire de mort suspecte liée à un héritier milliardaire, puis par l’idée qu’un tueur en série se cache derrière l’affaire. Le piège narratif est classique, presque confortable, mais Meriwether le tord aussitôt. Le vrai sujet n’est pas de savoir qui a tué qui, mais pourquoi les institutions censées protéger les femmes ont si souvent l’air d’un club de gentlemen fatigués.

Face à Alice, Catherine, jouée par Lola Petticrew, change d’identité pour infiltrer la vie d’hommes riches et prédateurs avant de les tuer. Elle ne tue pas par cupidité, contrairement à la figure d’origine de Black Widow. Elle tue par vengeance, après avoir survécu à un réseau de trafic sexuel. On pourrait parler de série à double foyer, mais ce serait trop sage : Furious organise surtout un duel entre deux formes de survie, deux façons de reprendre du pouvoir quand le monde vous l’a confisqué. Le vrai suspense, ce n’est pas “qui va gagner”, c’est “qu’est-ce qu’on devient quand la justice a déjà perdu”.

Affiche de Furious
Affiche de Furious

Rossum sort les griffes, et ça fait du bien

Le grand plaisir, ici, c’est de voir Emmy Rossum retrouver une intensité qu’on n’avait pas vue avec une telle netteté depuis Fiona Gallagher dans Shameless. Son Alice n’est ni une sainte ni une héroïne de carton-pâte. Elle essaie de garder une colonne vertébrale morale tout en comprenant, à contrecœur, ce qui pousse Catherine à franchir la ligne. C’est plus intéressant qu’un simple face-à-face entre flic et tueuse : Rossum joue une femme qui sait que le monde lui demande d’être raisonnable alors qu’il ne l’a jamais été avec elle.

Autour d’elle, Nora, incarnée par Quincy Tyler Bernstine, sert de contrepoids brutalement lucide. Ce personnage a passé des années à voir les trafiquants s’en tirer pendant que les survivantes se décomposaient dans le silence. La série n’édulcore rien, et tant mieux. Dans une époque où les discours sur les violences sexuelles sont souvent lissés jusqu’à l’insulte, Furious préfère la frontalité. Ça pique, ça grince, mais au moins ça ne caresse pas le problème dans le sens du poil.

Du noir, du rire sec et une colère qui ne retombe pas

Ce qui évite à la série de sombrer dans le sermon, c’est l’humour noir de Meriwether. Pas un humour qui désamorce, plutôt un humour de fatigue, de nerfs à vif, de gens qui ont trop vu pour encore parler comme dans une brochure. Les répliques sèches et les respirations décalées empêchent le récit de s’écraser sous son propre poids. Et c’est précieux, parce que le sujet est lourd, très lourd même. La série ne cherche jamais à rendre la vengeance “belle” ou “pure”. Elle la montre comme une force corrosive, née d’années d’abus, de déni et de lâcheté institutionnelle.

Dans cette logique, Furious ne se contente pas de reprendre les codes du thriller criminel : elle les utilise comme un cheval de Troie. Les trois premiers épisodes sont déjà disponibles sur Hulu, avec un rythme de diffusion hebdomadaire ensuite. De quoi installer cette sensation très particulière, celle d’une série qui vous attrape par le mécanisme du polar avant de vous laisser avec une question bien plus sale : que vaut la justice quand elle arrive toujours après le carnage ? Pas grand-chose, et la série le sait parfaitement.

Au fond, le plus intéressant dans Furious, ce n’est pas qu’elle parle d’un tueur en série. C’est qu’elle regarde en face tout ce qui fabrique les tueurs, les victimes et les silences autour. Et ça, pour une série crime de 2026, c’est déjà beaucoup plus que le minimum syndical.

Bande-annonce VF de Furious

Part.
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