Marvel adore les passerelles, mais X-Men ’97 a le bon goût de ne pas les transformer en parc d’attractions. Dans le post-générique de l’épisode 4 de la saison 2, Captain America et Black Widow viennent saluer Wolverine, et tout à coup le passé de Logan redevient un champ de mines.
À l’heure où les studios empilent les franchises comme des boîtes de conserve sur une étagère, la série animée diffusée sur Disney+ joue une partition plus fine. X-Men ’97, relancée en 2024 comme suite directe de X-Men: The Animated Series (1992-1997), a compris un truc tout bête : les caméos ne valent quelque chose que s’ils ne sentent pas la colle industrielle. Ici, pas de grand numéro de cirque pour annoncer un spin-off de plus, pas de démonstration de force façon machine à fantasmes en surchauffe. On parle d’un simple passage de relais, d’un dossier qu’on tend à Logan, et d’un passé qui revient cogner à la porte. Le clin d’œil est bref, mais il pèse plus lourd qu’un trailer de deux minutes et demie.
Le contexte, lui, est délicieux pour les obsédés de continuité. Dans l’épisode 4, Rise of Apocalypse Part II, l’intrigue principale remonte loin dans le temps pour raconter la naissance d’Apocalypse, pendant qu’en coulisses le présent continue de grincer. Après les événements de la saison 1, Wolverine a perdu son adamantium, Magneto lui ayant arraché le métal des os dans Tolerance Is Extinction. Depuis, Logan traîne ses griffes en os et sa mauvaise humeur légendaire, ce qui, soyons honnêtes, reste un état naturel assez rentable narrativement. Le post-générique le retrouve face à Steve Rogers et Natasha Romanoff, venus lui remettre des dossiers estampillés Weapon X. Le message est limpide : le passé de Wolverine n’a pas dit son dernier mot.
Et là, l’équipe de la rédaction ne peut pas s’empêcher de sourire devant la petite malice de la série. Captain America avait déjà fait une apparition remarquée dans la saison 1, et X-Men ’97 le réactive ici comme une pièce de musée encore chaude. Black Widow, elle, revient dans sa version animée déjà entendue dans What If…?, avec combinaison noire et coupe courte, histoire de rappeler le célèbre visuel de Jim Lee sur Uncanny X-Men #268. Rien n’est laissé au hasard, mais rien n’est écrasé non plus. La série ne brandit pas ses invités comme des trophées : elle les glisse dans le récit, et c’est autrement plus élégant.
Le caméo qui ne se prend pas pour un film événement
Dans le grand bazar Marvel, on a trop souvent vu des apparitions de personnages servir de béquille à des récits qui n’avaient pas grand-chose à raconter. X-Men ’97 prend le contrepied. Les Avengers ne débarquent pas pour voler la vedette aux mutants, encore moins pour annoncer une nouvelle guerre civile entre licences. Ils servent un axe précis : Wolverine, son identité fracturée, et ce foutu Weapon X qui continue de l’aimanter comme une mauvaise idée qu’on n’arrive jamais à enterrer. Le geste est modeste, mais il a du panache.

Il faut aussi dire que la série connaît ses classiques. Le titre du prochain épisode, Weapon X, Lies, and DVD, renvoie directement à l’ancien épisode Weapon X, Lies, and Video Tape de la série des années 1990. À l’époque, le passé de Logan restait un brouillard total ; aujourd’hui, les comics ont depuis longtemps levé une partie du voile, et la série peut jouer avec cette mémoire collective. On sent même poindre une lecture plus large, presque méta : Weapon X n’est pas seulement un programme secret, c’est le nom d’un récit sans cesse réécrit, comme si Wolverine lui-même était condamné à rejouer son propre mythe. Le personnage n’avance jamais en ligne droite ; il tourne en rond dans sa propre légende.
Des griffes, des fichiers et un vieux trauma bien rangé
Le plus malin, c’est que cette apparition ne sert pas juste à faire coucou. Steve et Natasha confient à Logan des fichiers liés à Weapon X, tout en tentant de le retenir d’y foncer seul. Logan répond qu’il a du renfort, ce qui, dans son cas, veut dire que la situation est déjà en train de partir en vrille. Les rumeurs de la saison 2, et même un trailer qui a circulé, laissent entendre que Morph pourrait l’accompagner, avec en prime des figures comme Lady Deathstrike et Sabretooth. Autrement dit, X-Men ’97 continue d’assembler les morceaux d’un passé qui n’a jamais cessé de saigner.
Ce qui fait la différence, c’est le dosage. La série sait que les caméos sont une épice, pas le plat principal. Morph a déjà servi de passeport à plusieurs incursions dans le panthéon Marvel, en prenant les traits de Hulk puis de Thor, sans que cela ne casse la dynamique. Doctor Doom, Baron Zemo, Spider-Man : tout ce petit monde passe, salue, et repart. C’est précisément ce qui évite à la série de sombrer dans la foire aux figurines. On reconnaît les visages, mais on ne perd jamais le fil émotionnel. Et ça, dans une franchise qui adore se contempler dans le miroir, c’est presque une forme de discipline monastique.
Au fond, cette séquence post-générique dit quelque chose de très simple sur l’état du Marvel animé : les grandes réunifications n’ont d’intérêt que si elles restent fugitives. Un vrai crossover Avengers-X-Men ferait sans doute grimper le box-office imaginaire de la nostalgie, mais il risquerait aussi de diluer ce que X-Men ’97 a de plus précieux, sa vitesse, sa nervosité, son sens du feuilleton qui mord. Alors on prend Captain America, on prend Black Widow, on les laisse frôler Wolverine, et on referme la porte avant que la mécanique ne s’enraye. Juste assez pour donner envie, pas assez pour transformer la série en salon de l’auto.
Et c’est peut-être là que X-Men ’97 reste la plus futée des productions Marvel actuelles : elle sait que le désir naît souvent de ce qu’on ne montre pas entièrement. Logan n’a pas besoin d’un grand discours pour redevenir intéressant ; il lui suffit d’un dossier, de deux Avengers et d’une vieille plaie qu’on gratte au bon endroit. Le reste, comme d’habitude chez lui, risque de finir en chaos. Ce qui, pour une série de mutants, est presque une promesse de bonne santé.
Bande-annonce VF de X-Men '97
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




