On croyait avoir fait le tour de Resident Evil au cinéma, et puis Zach Cregger débarque avec un trailer qui préfère le malaise à la photocopie. Le cinéaste de Barbarian et Weapons ne recycle pas le jeu : il le hante.

Pour rappel, la franchise Resident Evil a déjà connu plusieurs vies sur grand écran, avec Milla Jovovich en fer de lance d’une saga qui a longtemps fonctionné comme une machine à survie commerciale plus que comme une adaptation docile. Depuis le premier film de Paul W. S. Anderson en 2002, l’univers a brassé des zombies, des laboratoires, des corporations louches et un box office mondial qui a dépassé les 1,2 milliard de dollars sur l’ensemble de la série. Pas mal pour une licence née dans le jeu vidéo, devenue au passage une poule aux œufs d’or à Hollywood. Sauf que le cinéma, quand il tourne en rond, finit toujours par se chercher un nouveau passeur de flambeau. Cregger, lui, arrive avec ses propres nerfs, son goût du déraillement et une idée simple : faire un film qui respire l’expérience du jeu sans se contenter d’en recopier les cinématiques. Et ça, mine de rien, change tout.

Le vrai sujet, ici, ce n’est pas “encore un Resident Evil”, c’est comment refaire vivre une licence usée sans la réduire à un musée de références.

Pas de copier-coller, merci bien

Dans le trailer dévoilé par Sony/Columbia Pictures, on comprend assez vite que Cregger ne cherche pas à cocher les cases du fan-service comme un stagiaire sous caféine. Austin Abrams incarne Bryan, un coursier médical qui se retrouve projeté dans une situation cauchemardesque, et le film semble le suivre comme un avatar perdu dans un niveau qui tourne mal. L’idée est maligne : au lieu de rejouer un héros déjà connu, le récit adopte un point de vue presque ludique, celui d’un type ordinaire qui avance à tâtons dans un environnement hostile. C’est plus sec, plus nerveux, plus cinématographique aussi. On n’est pas dans la reconstitution, on est dans la contamination.

Et franchement, tant mieux. Le cinéma tiré du jeu vidéo a passé des années à se débattre entre deux pièges : l’adaptation trop sage, qui sent l’emballage marketing, et la trahison totale, qui finit en produit générique avec deux clins d’œil pour faire semblant. Cregger semble choisir une troisième voie, celle du film qui comprend la grammaire du jeu sans se soumettre à sa surface. Le nom de Raccoon City surgit bien à la fin, histoire de rassurer les fidèles, mais le cœur du projet est ailleurs : dans la sensation de progression, de danger, de panique contrôlée. C’est exactement le genre de détail qui fait la différence entre un simple produit dérivé et un long métrage qui a une vraie idée de mise en scène.

Le petit malin de l’horreur joue sa carte

Après Barbarian en 2022 puis Weapons en 2025, Zach Cregger s’est taillé une réputation de faiseur de frissons qui aime tordre les attentes. Son cinéma travaille le décalage : un début presque banal, puis le sol s’ouvre sous les pieds des personnages. Ici, le trailer promet quelque chose de plus ample, mais la mécanique reste la même. Il y a du drôle, du sordide, du suspense, et cette façon de faire monter l’angoisse sans se prendre pour un demi-dieu du genre. Cregger n’a pas l’air de vouloir “respecter” Resident Evil au sens muséal du terme ; il veut en extraire une sensation, une tension, un plaisir de spectateur qui avance à l’aveugle. Autrement dit : il ne filme pas la licence, il filme le vertige.

Affiche de Resident Evil
Affiche de Resident Evil

Le casting va dans ce sens. Austin Abrams, aperçu dans Weapons, prend ici le devant de la scène, entouré de Zach Cherry, Kali Reis et Paul Walter Hauser. Pas de têtes d’affiche écrasantes pour transformer le film en vitrine de stars ; plutôt un ensemble qui laisse la mise en scène respirer. C’est cohérent avec l’approche de Cregger, qui préfère souvent l’inconfort à la démonstration. Et puis, soyons honnêtes, un Resident Evil qui ne cherche pas à singer l’opulence des gros blockbusters d’action, ça fait du bien. On a déjà donné dans les couloirs blindés de CGI et les poses de couverture de magazine. Là, on sent plutôt la sueur, la fuite, le mauvais plan qui tourne au carnage. Ça, c’est du cinéma qui a encore des crocs.

Le fan-service, ce vieux piège à souris

La question qui va évidemment agiter les fans, c’est celle de la fidélité. Faut-il adapter un jeu à la lettre, au risque de faire une version appauvrie de ce que le joueur a déjà vécu lui-même ? Ou faut-il s’en éloigner, au risque de braquer ceux qui veulent retrouver leurs repères comme on retrouve un vieux doudou ? Cregger tranche sans trembler. Il ne promet pas une transposition plan-plan, il propose une nouvelle histoire dans le monde de Resident Evil. C’est plus risqué, oui. Mais c’est aussi plus honnête. Une adaptation n’a pas à se comporter comme un perroquet sous perfusion de nostalgie. Sinon, autant relancer la console et laisser le film tranquille.

Ce qui rend ce projet intéressant, c’est précisément qu’il assume la distance. Le cinéma a toujours mieux fonctionné quand il s’approprie une matière au lieu de la vénérer à genoux. Les meilleures adaptations ne sont pas celles qui reproduisent chaque détail, mais celles qui captent une humeur, un rythme, une peur primitive. Ici, le trailer laisse entrevoir un film qui comprend le plaisir très particulier des jeux Resident Evil : avancer dans un espace fermé, sentir la menace hors champ, improviser avec les moyens du bord. Si le long métrage tient cette promesse, on pourrait bien tenir l’un des rares films de franchise qui ne confond pas fidélité et servilité. Et ça, dans le grand cirque des licences, c’est presque un miracle.

Resident Evil sortira en salles le 18 septembre 2026 : assez tôt pour réveiller les morts, assez tard pour laisser les grincheux râler.

En attendant, on peut au moins saluer une chose : le film a déjà compris qu’un bon trailer ne vend pas seulement des monstres, il vend une manière de regarder le chaos. Et ça, chez NRmagazine, on prend. Avec un sourire en coin, évidemment.

Bande-annonce VF de Resident Evil

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