Paramount a calé Tomorrow, and Tomorrow, and Tomorrow pour novembre 2027, avec Daisy Edgar-Jones en tête d’affiche et Siân Heder à la réalisation. Autrement dit : le studio mise sur un drame littéraire premium au milieu d’un calendrier où chaque case se négocie comme un siège de première classe.
Le projet adapte le roman à succès de Gabrielle Zevin, paru en 2022 et devenu un petit phénomène de librairie, au point d’installer son titre dans la conversation culturelle bien au-delà du cercle des lecteurs de plage chic. L’histoire suit deux amis qui se croisent enfants puis à l’université, avant de bâtir ensemble une carrière dans le jeu vidéo sur plusieurs décennies. Le genre de matière qui permet aux studios de vendre à la fois du prestige, de l’émotion et une petite couche de modernité bien propre sur elle.
Dans le Hollywood actuel, ce type d’adaptation n’est pas un caprice de lecteur insomniaque mais une stratégie très calculée : on prend un best-seller identifié, on lui colle une cinéaste oscarisée ou validée par le système, on ajoute une actrice bankable, et on espère que la machine à fantasme fasse le reste. Paramount, qui cherche toujours à faire cohabiter les mastodontes et les paris plus élégants, tient là un long-métrage pensé pour exister en salles sans avoir besoin de hurler plus fort que le voisin.
Le vrai sujet, évidemment, n’est pas seulement la date de sortie : c’est la manière dont Paramount veut transformer un roman sur la création en objet de prestige calibré pour le box-office de fin d’année.
« Zevin, ze vin, ze va gagner »
Le roman de Gabrielle Zevin a tout ce qu’Hollywood adore quand il veut se donner des airs de profondeur sans renoncer au confort : de l’amitié, des blessures, du temps qui passe, et une industrie – ici le jeu vidéo – qui permet de parler de création, de compétition et de capitalisme sans avoir l’air de faire un cours de socio à 8h du matin. C’est du matériau idéal pour un studio qui veut faire croire qu’il pense le monde tout en surveillant son budget de production du coin de l’œil.
Si l’on regarde froidement la logique industrielle, le choix de novembre 2027 n’a rien d’anodin. Cette fenêtre de diffusion permet de viser la saison des récompenses, ce qui reste la grande consolation des films adultes quand le box-office ne joue pas les sauveurs. Paramount semble donc parier sur un double mouvement : l’attrait d’un récit générationnel et la respectabilité d’un projet littéraire bien habillé. Pas idiot. Pas révolutionnaire non plus.
Et puis il y a Daisy Edgar-Jones, qui continue de se tailler une trajectoire très propre entre cinéma d’auteur, prestige télévisuel et grosses machines hollywoodiennes. Elle a ce visage de l’époque – un mélange de fragilité, de précision et de distance – qui colle parfaitement à une héroïne prise entre mémoire intime et ambition créative. Le casting, sur le papier, a la politesse de ne pas faire de bruit. Ce qui, dans ce genre de production, est souvent bon signe.
Siân Heder, ou la méthode douce pour gros enjeux
Pour rappel, Siân Heder n’est pas arrivée là par hasard. Après CODA, elle a prouvé qu’elle savait faire exister des personnages dans un cadre très balisé, sans les noyer sous le vernis du « film important » (ce poison, oui encore). Son cinéma repose sur une ligne claire : l’émotion sans chantage, la tendresse sans mièvrerie, le drame sans grandiloquence. Exactement ce qu’il faut pour adapter un roman qui parle de liens humains autant que de création.
Le pari est d’autant plus intéressant que le livre de Zevin n’est pas un simple récit d’ascension. Il travaille le passage du temps, les bifurcations, les ratés, les reprises – bref, tout ce que le cinéma adore quand il veut parler de la vie comme d’une suite de niveaux à franchir. Le film aura donc à éviter le péché originel de tant d’adaptations : réduire une architecture romanesque à une belle bande-annonce de deux minutes trente. Sinon, c’est la balle dans le pied, direct.
On imagine déjà la négociation en coulisses : garder la densité du livre, tenir la durée, ne pas transformer le jeu vidéo en simple décor branché, et surtout ne pas faire de l’amitié un produit d’appel vaguement lacrymal. Ce sera l’équilibre à trouver. Le plus dur, comme souvent, n’est pas de lancer le projet. C’est de le faire tenir debout jusqu’au bout.
Paramount sort la carte du prestige, pas du bruit
Dans la plus pure tradition hollywoodienne, Paramount semble vouloir faire de Tomorrow, and Tomorrow, and Tomorrow un fer de lance discret plutôt qu’un blockbuster tapageur. Le studio ne communique pas ici sur des cascades, des explosions ou un budget marketing qui crache du feu ; il mise sur la valeur d’un titre déjà installé, sur une réalisatrice crédible et sur une actrice dont la carrière monte sans hystérie. C’est moins spectaculaire qu’un univers étendu, mais c’est souvent plus malin.
La question du box-office sera évidemment centrale, même si ce genre de film ne se juge pas seulement à ses recettes en salles. S’il trouve son public, il pourra prolonger sa vie par la critique, les prix et la circulation en streaming. S’il se plante, il rejoindra la grande famille des projets « prestigieux » qui n’ont pas su passer du bon goût à l’envie de billet. Et là, on commence à entendre grincer les dents des comptables.
Pour l’instant, le film n’a pas encore livré ses chiffres de budget de production ni de budget marketing, mais le simple fait que Paramount le positionne pour novembre 2027 dit déjà beaucoup : le studio ne le traite pas comme un simple remplissage de calendrier. Il le traite comme une carte à jouer. Une carte pas forcément flashy, mais potentiellement très rentable si le bouche-à-oreille suit. Et ça, à Hollywood, c’est presque de la sorcellerie.
En gros, Paramount ne vend pas un film : elle tente de fabriquer un rendez-vous, avec Daisy Edgar-Jones en tête d’affiche et Siân Heder pour éviter que tout ça ne sente la naphtaline chic.
Reste à voir si l’adaptation saura garder la complexité du roman sans se faire avaler par les réflexes du système. Parce qu’entre un grand récit sur la création et un produit calibré pour l’affichage, la frontière est mince. Très mince. Et parfois, elle tient à un simple plan de trop.
Affiche imaginaire : le jeu vidéo, l’amitié et les larmes, servis avec le petit glaçage prestige que Hollywood adore saupoudrer sur ses ambitions.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.




