On croyait la momie bonne pour le musée des franchises rincées ; Lee Cronin, lui, l’a ressortie du sarcophage avec des nerfs, du sang et une vraie sale humeur. Et voilà que son The Mummy s’impose sur HBO Max après un box office très solide.
Pour rappel, le nom The Mummy traîne derrière lui une histoire à tiroirs. Il y a le classique horrifique de 1932 signé Karl Freund, avec Boris Karloff, puis le grand virage pop de Stephen Sommers en 1999, plus proche du roller coaster que du cauchemar, et enfin le faux départ de 2017, censé lancer le fameux Dark Universe de Universal avant de se prendre le mur en pleine figure. Dans cette galerie de revenants, le film de Lee Cronin arrive avec une promesse simple : remettre de l’horreur dans l’équation, sans faire semblant de vendre une balade familiale dans les dunes. Produit par James Wan et Jason Blum, porté par un budget de 22 millions de dollars, le long métrage a rapporté plus de quatre fois sa mise en salles. Pas mal pour un projet qui n’avait rien d’un mastodonte calibré pour la poule aux œufs d’or.
Et maintenant, le film prend une deuxième vie en streaming, où il grimpe tout en haut du classement HBO Max, selon FlixPatrol. En 2026, ce genre de trajectoire dit quelque chose de très précis : le public ne cherche pas seulement des franchises connues, il veut aussi des objets bancals, nerveux, un peu tordus, qui ont du jus. Le vrai tour de force de Cronin, c’est d’avoir transformé une marque usée jusqu’à la corde en machine à fantasmes horrifique.
Une momie, deux fantômes et trois crises existentielles
Avec Lee Cronin’s The Mummy, on n’est pas dans le remake paresseux ni dans le reboot de service. Cronin, déjà repéré avec The Hole in the Ground puis Evil Dead Rise, injecte ici ce qu’il sait faire de mieux : du body horror, une tension physique presque cruelle, et ce petit rire noir qui empêche le film de sombrer dans le grand guignol. Jack Reynor et Laia Costa incarnent un couple dont la fille a été enlevée à Cairo, avant de revenir huit ans plus tard dans un état psychique et corporel franchement inquiétant. Le décor est posé, mais Cronin ne s’intéresse pas seulement à la possession : il filme la contamination intime, la famille qui se fissure, la douleur qui déborde du cadre. Le monstre n’est pas seulement dans le sable, il est dans la maison.
On sent très vite l’ombre de Evil Dead Rise, ce qui n’a rien d’un hasard : Cronin y avait déjà prouvé qu’il savait conjuguer fun, horreur et gore avec une vraie précision de mise en scène. Ici, il pousse le curseur vers quelque chose de plus funèbre, plus lourd, presque englué dans son propre deuil. Le texte source le dit sans détour : le film a été nourri par la mort de sa mère, et cette donnée change la lecture du projet. Ce n’est pas juste un exercice de style, c’est un film traversé par une peine réelle, même si le scénario peine parfois à trouver sa colonne vertébrale. Quand la douleur personnelle rencontre une grosse machine de studio, ça peut faire des étincelles ou un drôle de cadavre exquis.

Le piège du nom sur l’affiche
Le titre même, Lee Cronin’s The Mummy, raconte déjà toute l’embrouille. D’un côté, il protège le film de la confusion avec le blockbuster de 1999. De l’autre, il met le réalisateur en avant comme un label d’auteur, presque comme si on vendait une signature avant de vendre un film. C’est malin, mais aussi révélateur d’une industrie qui adore les marques tout en prétendant célébrer les cinéastes. Cronin, encore peu connu du grand public, se retrouve propulsé en fer de lance d’un projet qui devait rassurer les fans d’horreur et les financiers. Le résultat, sur le papier, a de la gueule. À l’écran, le film dure 133 minutes, et cette générosité tourne parfois à la surcharge. On n’est pas loin du péché originel du film de studio moderne : croire qu’ajouter du temps, c’est ajouter de la profondeur.
Mais il y a quand même une vraie personnalité là-dedans, et c’est ce qui sauve l’affaire de la routine. Cronin ne filme pas une momie comme un simple prétexte à jump scares ; il s’intéresse à la métamorphose, à la chair qui se dérègle, à la foi qui se tord, à la famille qui ne sait plus comment tenir debout. C’est là que le film touche à quelque chose de plus intéressant que son statut de hit d’horreur. Il ne recycle pas seulement The Mummy : il essaye de lui rendre sa morsure.
Le streaming, ce cimetière très vivant
Le succès sur HBO Max n’a rien d’anecdotique. En 2026, la fenêtre de diffusion en streaming peut transformer un film déjà rentable en petit phénomène de rattrapage, surtout quand le bouche-à-oreille de genre s’en mêle. Les amateurs d’horreur aiment précisément ce type d’objet : imparfait, excessif, parfois maladroit, mais habité. Et là, Cronin coche plusieurs cases à la fois. Il convoque l’énergie de Evil Dead, l’angoisse de The Exorcist, et une sensibilité plus intime qui le distingue des artisans interchangeables. Le film ne fait pas semblant d’être lisse. Il déborde. Il bave. Il insiste. Bref, il a du tempérament.
Reste cette impression un peu frustrante, celle d’un long métrage qui aurait pu être plus tranchant s’il avait accepté de couper dans sa matière. Mais même dans ses excès, il dit quelque chose du cinéma d’horreur contemporain : les spectateurs ne veulent pas seulement des produits bien emballés, ils veulent sentir la main du cinéaste, ses obsessions, ses cicatrices, ses tics. Et Cronin, lui, laisse des traces. Une momie qui saigne encore après l’enterrement, franchement, on ne va pas faire les difficiles.
Alors oui, ce n’est pas le grand retour triomphal d’une franchise au sens classique. C’est mieux que ça, ou plus bancal, selon l’humeur : un film qui se plante parfois dans ses propres bandages mais qui continue d’avancer, les yeux ouverts, comme s’il refusait obstinément de mourir. Et dans un paysage saturé de produits sans nerf, ce genre de revenant-là, on aurait presque envie de lui laisser encore un peu de place dans le salon.
Bande-annonce VF de La Momie
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




