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    Nrmagazine » Pablo Larraín prépare Once pour Netflix
    Blog Entertainment 27 juin 20266 Minutes de Lecture

    Pablo Larraín prépare Once pour Netflix

    Un nouveau biopic en embuscade, avec casting de luxe et équipe de haut vol
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    Netflix continue de jouer la carte du prestige à coups de biopics et de cinéastes auteurs, et Pablo Larraín reste l’un de ses meilleurs chevaux de bataille. Avec Once, le réalisateur chilien s’apprête à remettre une pièce dans la machine à fantasmes hollywoodienne, celle où l’on transforme une figure réelle en objet de cinéma, puis en argument de catalogue.

    Depuis une bonne dizaine d’années, Larraín s’est taillé une place à part dans le cinéma contemporain. Le gars ne fait pas dans la reconstitution muséale ni dans le biopic en pilule facile : il découpe ses personnages, les observe de biais, les enferme dans des cadres qui disent autant leur solitude que leur légende. Jackie en 2016, Spencer en 2021, puis El Conde en 2023 ont confirmé cette manière très personnelle de faire du portrait historique un terrain de jeu mental, parfois glacé, souvent pervers, toujours plus intéressant que le petit théâtre du « grand homme » ou de la « grande femme » qu’on nous sert d’habitude. Et Netflix, qui adore les auteurs quand ils peuvent aussi nourrir sa vitrine mondiale, lui offre ici un nouveau terrain d’expérimentation. Autrement dit, on n’est pas face à un simple projet de plus, mais à une nouvelle pièce d’un puzzle où prestige, star-system et stratégie de plateforme avancent main dans la main.

    Le titre, Once, dit déjà quelque chose de l’ambition du projet : une fable sur le souvenir, la répétition, peut-être la mythologie, peut-être tout ça à la fois. La source disponible confirme surtout deux choses très concrètes : il s’agit d’un long métrage à venir chez Netflix, et le film a commencé à attirer du beau linge, devant comme derrière la caméra. Dans le cinéma de Larraín, le casting n’est jamais un simple alignement de têtes d’affiche ; c’est une matière dramatique, un outil de décalage, presque une provocation. Il aime confronter l’image publique d’un acteur à ce qu’un rôle peut en extraire, et c’est précisément là que ça devient intéressant. Chez lui, la star n’est jamais là pour rassurer : elle sert à fissurer le mythe.

    Le biopic, ce vieux moteur qu’on ne démonte jamais

    En apparence, le biopic est un genre balisé jusqu’à l’os. Une figure connue, une période bien identifiée, quelques scènes attendues, et hop, la machine à Oscars se met en branle. Sauf que Larraín a justement bâti sa réputation sur le sabotage élégant de cette formule. Il ne cherche pas à raconter « la vie de » au sens scolaire ; il préfère capter une vibration, un moment de bascule, une crise d’image. C’est ce qui faisait la force de Jackie, où Natalie Portman incarnait moins Jacqueline Kennedy qu’une femme en train de se fabriquer elle-même sous nos yeux, et de Spencer, où Kristen Stewart transformait Diana en fantôme coincé dans un château trop grand pour elle. Larraín filme moins des destins que des cages dorées.

    Dans ce contexte, Once s’annonce comme une nouvelle variation sur le même péché originel : prendre une icône, la dépouiller de son vernis, puis la regarder vaciller. Le fait que Netflix soit dans la boucle n’a rien d’anodin. La plateforme aime les films qui peuvent voyager vite, parler fort, et donner l’impression d’un événement même quand la sortie en salles reste limitée ou stratégique. Depuis quelques années, elle s’est offert plusieurs auteurs de premier plan pour muscler sa réputation de studio sans studio, avec ce mélange de liberté créative affichée et de contrôle industriel bien réel. Larraín, lui, a l’air de savoir comment utiliser cette mécanique sans se faire avaler par elle. Enfin, on l’espère. Parce qu’un auteur qui se laisse manger par l’algorithme, ça finit souvent en purée tiède.

    Le casting, ce marché aux vanités très bien habillé

    La source parle d’un casting et d’une équipe technique de haut niveau en cours de constitution. C’est déjà suffisant pour comprendre la logique du projet : on ne monte pas un film de Pablo Larraín comme on coche une case de planning. On convoque des interprètes capables d’absorber la mise en scène, de jouer les surfaces et les fissures, de tenir la distance dans un dispositif qui ne fait jamais de cadeaux. C’est là que le cinéaste chilien se distingue d’une bonne partie du cinéma prestige actuel, souvent trop content de sa belle photo et de ses costumes repassés. Chez lui, la direction d’acteurs n’a rien d’un spa. C’est plutôt une salle d’interrogatoire avec vue sur l’Olympe.

    Le recrutement d’une équipe solide derrière la caméra va dans le même sens. Un film de cette nature repose sur une alchimie précise entre image, montage, son et direction artistique, surtout quand il s’agit de construire un monde qui doit sembler à la fois reconnaissable et légèrement détraqué. Larraín a toujours aimé cet équilibre entre le réel et sa version hallucinée. On le voit dans sa manière de cadrer les visages, de laisser les décors respirer comme des pièges, ou de faire sentir que le hors-champ pèse autant que ce qu’on regarde. Si Once suit cette ligne, alors le film pourrait bien prolonger une filmographie qui n’a jamais eu peur de froisser les mythes au papier de verre.

    Netflix, la fabrique à prestige et le goût du contrôle

    Au fond, le vrai sujet n’est pas seulement Pablo Larraín. C’est aussi Netflix, qui continue d’acheter du cinéma d’auteur comme d’autres achètent des tableaux pour leur salon : pour la signature, pour le prestige, pour l’aura. La plateforme a compris depuis longtemps qu’un film de cinéaste peut servir de fer de lance à son image internationale, surtout quand il arrive avec un nom fort, un sujet identifiable et une promesse de qualité. Le problème, c’est que cette logique peut aussi lisser les angles. Or Larraín, lui, a besoin de friction. Il a besoin que ça grince un peu, que ça déborde, que ça refuse la jolie petite case du « contenu premium ». Sinon, à quoi bon faire appel à lui ?

    Pour l’instant, Once intrigue surtout par ce qu’il laisse deviner : une nouvelle collision entre un auteur à la vision très nette et une plateforme qui adore les récits calibrés pour circuler partout. Si le film tient ses promesses, il pourrait rejoindre la lignée des œuvres où Larraín utilise la célébrité comme un miroir brisé. Et si ça déraille ? Eh bien, on aura au moins la confirmation qu’il reste l’un des rares cinéastes capables de transformer un projet de prestige en objet un peu inquiétant. Ce qui, en 2026, relève déjà du petit miracle ou du bon gros coup de culot. Et ça, franchement, on prend.

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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