Christopher Nolan n’a pas encore sorti The Odyssey que le film s’est déjà taillé une réputation de mastodonte. Les premières réactions venues de la presse américaine convergent vers la même idée : un péplum mental, monumental, mais pas froid pour deux sous.
On connaît la chanson, ou plutôt le rituel bien huilé des avant-premières de prestige : quelques critiques triés sur le volet, un embargo qui saute, et la machine à fantasmes qui se remet à ronfler. Sauf qu’ici, le bruit n’a rien d’un simple embouteillage promotionnel. Le long métrage de Christopher Nolan, attendu en salles le 17 juillet 2026 chez Universal Pictures, s’annonce comme une relecture de l’épopée homérique avec cette obsession très nolanienne pour les hommes qui défient l’ordre du monde avant de prendre le retour de bâton en pleine figure. Le cinéaste britannique, qui avait déjà travaillé un temps sur Troy au début des années 2000 avant de laisser Wolfgang Petersen prendre la barre, revient donc à un terrain qu’il semble avoir gardé dans un coin de sa tête pendant plus de vingt ans. Et visiblement, il n’est pas venu pour faire de la décoration de musée.
Les premiers retours publiés par des journalistes et critiques américains insistent tous sur la même chose : l’ampleur du projet, oui, mais aussi sa tenue dramatique. Jeremy Mathai, pour /Film, parle d’un « Ten Commandments » signé Nolan, en soulignant que l’échelle du film ne mange jamais son intimité ; une formule qui dit assez bien le pari du bonhomme. Anthony Breznican, dans Esquire, évoque un film « magnificent » et promet qu’il gagnera encore à la relecture. Jazz Tangcay, pour Variety, parle d’un « astonishing achievement » et d’un « triumphant, spectacular epic ». Chez Collider, Perri Nemiroff insiste sur le fait qu’il est difficile d’imaginer un autre cinéaste capable de porter une telle matière avec autant de souffle et de cœur. Bref, on n’est pas dans le petit film d’auteur qui fait semblant de lever la tête. On est dans le Nolan qui veut faire trembler le plafond.
Le retour du roi du grand angle
Ce qui ressort de ces réactions, c’est moins le simple effet “waouh” que la façon dont Nolan semble avoir trouvé un équilibre rare entre gigantisme et émotion. Simon Thompson parle d’un film sans faille, Erik Davis le vend comme l’événement cinématographique de l’été, peut-être même de l’année, et plusieurs voix soulignent la qualité des interprétations de Tom Holland, Matt Damon, Anne Hathaway, John Leguizamo, Robert Pattinson et Lupita Nyong’o. Himesh Patel, lui, décroche même un petit label de MVP chez Jeremy Mathai. Pas mal pour un film qui, sur le papier, aurait pu n’être qu’un exercice de style à la sauce mythologique. Mais Nolan, quand il touche à l’idée de destin, de faute et de rédemption, sait très bien où il met les pieds. Il ne filme pas seulement des dieux et des monstres ; il filme surtout des hommes qui se prennent pour des dieux jusqu’à ce que le réel leur rappelle qui commande. C’est là que son cinéma devient plus qu’un spectacle : une punition élégante.

Autre point qui revient comme un refrain : le lien avec Oppenheimer. William Bibbiani, pour The Wrap, va jusqu’à parler d’une sorte de suite spirituelle indispensable au film oscarisé de 2023, en voyant dans The Odyssey la poursuite des thèmes du péché, de la damnation et de la croissance morale. David Ehrlich, chez IndieWire, est un peu plus mesuré mais va dans le même sens : il y voit un prolongement naturel, moins désespéré, d’un homme hanté par sa propre hubris. Et franchement, ça se tient. Depuis Oppenheimer, Nolan semble moins intéressé par le pur vertige de la structure que par les conséquences intimes d’un geste trop grand pour celui qui le commet. Ici, l’odyssée n’est pas seulement un voyage ; c’est une facture. Une belle, salée, et probablement réglée à coups de monstres, de tempêtes et de culpabilité cosmique.
Homère, Hollywood et la grosse artillerie
Adapter L’Odyssée, c’est s’attaquer à un texte qui n’a jamais cessé d’être recyclé, déformé, réinventé. Le mythe d’Ulysse a nourri le cinéma depuis ses débuts, des versions les plus littérales aux détours les plus malins. Mais Nolan arrive avec une arme que peu de cinéastes possèdent à ce niveau : le prestige industriel. Après Oppenheimer et ses 975 millions de dollars de box office mondial, il a plus que jamais le droit de demander du temps, de l’argent et du champ. Et quand un studio comme Universal lui ouvre la porte, on ne lui donne pas juste un budget de production ; on lui confie une poule aux œufs d’or avec la consigne implicite de ne pas la faire exploser en plein vol. Pour l’instant, les premiers retours disent plutôt qu’il a gardé la main ferme sur le gouvernail.
Ce qui intrigue aussi, c’est la promesse d’un film à la fois fidèle et revisité. Jeremy Mathai parle d’une approche ancrée dans le réel, mais traversée d’une petite étincelle révisionniste. Là encore, du Nolan pur jus : prendre une matière archi-connue, la débarrasser de sa poussière de vitrine, et la recharger en tension morale. Le résultat, si l’on en croit ces réactions, ne cherche pas à moderniser Homère à coups de gadgets, mais à faire sentir la violence très contemporaine de ses dilemmes. Le retour au foyer, la tentation du pouvoir, le prix de la survie, la guerre comme machine à dévorer les vivants : tout ça, on le connaît. Mais quand le film semble aussi bien tenir la route sur le plan visuel que sur le plan émotionnel, on comprend pourquoi l’équipe de la rédaction a déjà sorti le carnet de notes. Le vieux poète grec n’a pas pris une ride ; c’est juste Nolan qui lui a collé un IMAX dans les mains.
Reste la vraie question, celle qui fait saliver les cinéphiles et transpirer les autres : jusqu’où ira le film dans sa démesure ? Les réactions parlent d’un dernier acte particulièrement payant, d’un spectacle total, d’un objet qui pourrait bien s’installer durablement dans la hiérarchie des grands films du réalisateur. On attendra évidemment de voir l’œuvre en entier avant de distribuer les lauriers comme des dragées, mais le signal est clair : The Odyssey n’a pas l’air d’être un simple épisode de plus dans la filmographie de Nolan. Ça ressemble plutôt à une nouvelle montagne à gravir, avec, au sommet, la vieille question qui l’obsède depuis Memento : qu’est-ce qu’un homme fait de sa faute quand les dieux ont déjà commencé à compter les points ?
Bande-annonce VF de L'Odyssée
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




