Le reboot Harry Potter de HBO n’a même pas encore posé un pied à Poudlard qu’il traîne déjà derrière lui son lot de polémiques, de comparaisons cruelles et de castings qui font lever un sourcil. Cette fois, c’est Gilderoy Lockhart qui change de visage : Nicholas Hoult s’en va, Kit Harington arrive, et le petit manège médiatique repart pour un tour.

Pour situer le décor, HBO prépare depuis plusieurs années une nouvelle adaptation télévisée de la saga de J.K. Rowling, avec une ambition très simple sur le papier et franchement casse-gueule en pratique : consacrer une saison à chaque roman. Le chantier doit entrer en tournage à l’automne 2026 pour la saison 2, celle de Harry Potter et la Chambre des secrets, et la série doit débarquer le 25 décembre 2026 selon les éléments communiqués autour du projet. On parle donc d’un retour quinze ans après la fin de la franchise cinéma portée par Warner Bros., qui avait verrouillé l’imaginaire collectif avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Rupert Grint et une galerie de seconds rôles devenus intouchables. Et voilà qu’HBO tente de rejouer la partition, avec le même piège que tous les reboots à gros budget : passer après des fantômes qui ont déjà gagné la bataille de la mémoire.

Le cas Lockhart, lui, est presque trop parfait pour illustrer la mécanique. Dans le deuxième roman, ce professeur de Défense contre les forces du Mal est un imposteur de première catégorie, un beau parleur qui s’attribue le mérite des autres, manipule les souvenirs et vend du vent avec le sourire d’un demi-dieu de boutique. Autrement dit, il faut un acteur capable de jouer la séduction, la vanité et la petite pourriture sous le vernis.

Le bal des faux-semblants

Deadline a révélé que Nicholas Hoult quittait le rôle pour des raisons d’agenda, alors que plusieurs projets lui tombent dessus en même temps, dont Man of Tomorrow, le prochain film de James Gunn où il doit reprendre Lex Luthor. Rien de très exotique à Hollywood : quand les plannings s’entrechoquent, les studios font leur petite danse des chaises musicales et chacun sauve sa peau comme il peut. Mais ici, le remplacement ne tombe pas dans le vide. Kit Harington n’est pas un inconnu dans cet écosystème, et HBO sait très bien ce qu’il fait en allant chercher un visage associé à une certaine noblesse mélancolique depuis Game of Thrones.

Le hic, c’est précisément là que ça coince un peu. Lockhart n’a pas besoin d’un acteur qui inspire d’emblée la tragédie ou le stoïcisme. Il lui faut de la vanité, du clinquant, une forme de ridicule presque offensif. Hoult, lui, a déjà montré dans The Menu ou The Great qu’il sait injecter de la cruauté dans des personnages qui se croient irrésistibles. Harington, de son côté, a plutôt l’art de la tension rentrée, du mec qui serre les dents en attendant que le plafond lui tombe sur la tête. Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas exactement la même énergie.

Affiche de Harry Potter
Affiche de Harry Potter

Le fantôme de Jon Snow dans la salle des profs

On peut pourtant comprendre la logique du casting. Harington a déjà prêté sa voix à Lockhart dans les Harry Potter Full-Cast Audio Editions sorties en 2025, et il a déclaré avoir grandi avec les livres, comme tant d’autres de sa génération. La filiation existe donc, au moins sur le papier. Mais entre un enregistrement audio et une incarnation en prises de vues réelles, il y a un gouffre. Dans une série qui devra supporter la comparaison avec Kenneth Branagh, qui incarnait Lockhart dans Harry Potter et la Chambre des secrets en 2002, le moindre faux pas se verra comme une tache de potion sur une robe blanche.

Et puis il y a le contexte, impossible à évacuer. Le projet HBO traîne depuis son annonce une charge politique et symbolique qui le dépasse largement : J.K. Rowling, productrice exécutive, reste au centre des controverses liées à ses positions hostiles aux personnes trans, ce qui a déjà suscité des réactions vives chez une partie du public et chez plusieurs comédiens du casting. Paapa Essiedu, notamment, a essuyé des attaques racistes pour avoir rejoint la série. On nage donc dans une eau trouble, et chaque annonce de casting devient un test de résistance. À ce stade, la série ne vend pas seulement Poudlard : elle vend sa capacité à survivre à son propre héritage.

Un reboot qui marche sur des œufs

Le problème de fond, c’est que l’adaptation télévisée ne pourra jamais faire comme si la saga cinéma n’avait pas existé. Les films ont déjà imposé un imaginaire visuel, des voix, des silhouettes, une grammaire. Reprendre Harry Potter aujourd’hui, c’est accepter de marcher dans une cour où les traces de pas sont encore fraîches. Et quand on décide, en plus, de confier la série à une logique saison par saison, on s’expose à un effet de dilution : plus de temps à l’écran, certes, mais aussi plus d’espace pour les comparaisons, les débats et les procès d’intention. Bref, le terrain est miné, et pas qu’un peu.

Le casting de Harington dit quelque chose de cette stratégie HBO : miser sur des têtes connues, capitaliser sur des héritages de prestige, espérer que le public suive par réflexe. C’est une vieille recette, presque une machine à fantasmes industrielle. Reste à savoir si elle produira autre chose qu’un bruit de fond très rentable. Car dans cette histoire, le vrai sortilège n’est pas celui de Lockhart. C’est celui qui consiste à faire croire qu’un reboot peut s’affranchir de la comparaison alors qu’il en vit, précisément, comme un vampire de salon. On verra bien si Kit Harington peut transformer le vernis en poison. Pour l’instant, l’affaire sent surtout la belle idée de bureau.

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