On croyait peut-être la série un peu essoufflée, mais Insidious: Out of the Further rappelle à Hollywood une vérité toute bête : quand une franchise rapporte, on lui pardonne à peu près tout, y compris d’être accueillie avec un petit haussement d’épaules critique.

Depuis 2011, Insidious a fait ce que peu de sagas d’horreur parviennent à accomplir sans se renier : transformer un concept de maison hantée en véritable poule aux œufs d’or. Le premier film de James Wan, produit avec un budget minuscule d’environ 1,5 million de dollars, avait déjà frôlé les 100 millions au box-office mondial. Derrière, la mécanique s’est installée : des suites, des variations, des changements de cinéastes, et toujours cette capacité à faire revenir le public en salles. Selon les chiffres relayés par Slashfilm, le nouvel opus réalisé par Jacob Chase a ouvert à 25,3 millions de dollars aux États-Unis et 35 millions à l’international, soit 60,3 millions de dollars dans le monde pour un budget annoncé de 18 millions. Pas besoin d’un diplôme en comptabilité hollywoodienne pour comprendre que ça sent le jackpot.

La franchise a déjà dépassé les 800 millions de dollars de recettes mondiales pour environ 60 millions de budgets cumulés. À ce niveau-là, on ne parle plus d’un succès, on parle d’une petite machine de guerre. Et quand une saga d’horreur affiche un tel rendement, le studio ne voit pas une œuvre : il voit une ligne de bilan qui sourit.

Le démon du rendement, pas celui du goût

Le cas Insidious est presque un manuel de stratégie pour producteur anxieux. Sony Pictures et Blumhouse tiennent là un actif d’une stabilité rare, surtout dans un marché où tant de nouvelles licences peinent à décoller. Le précédent volet, Insidious: The Red Door (2023), avait déjà établi un record interne avec 186 millions de dollars dans le monde après un démarrage à 33 millions sur le sol américain. Out of the Further ne devrait pas atteindre ce niveau, mais franchement, est-ce que cela change quoi que ce soit à la logique industrielle ? Pas vraiment. Le film a déjà fait l’essentiel : prouver qu’il existe encore un public fidèle pour cette mythologie du passage vers The Further, ce purgatoire de fantômes et de revenants qui sert de terrain de jeu à la saga.

Le plus amusant, c’est que cette robustesse commerciale survit à un accueil critique mitigé. Le film a reçu un C+ au CinemaScore, et les retours de la presse ont été partagés. Slashfilm résume le long métrage comme un récit simple avec des frayeurs efficaces ; voilà qui est presque le compliment idéal pour ce type de production. On n’est pas dans la grande cuisine démoniaque à la The Exorcist, on est dans l’efficacité calibrée, le frisson bien placé, le jump scare qui fait son petit office. Dans l’horreur industrielle, la peur est un produit, et Insidious sait encore très bien la mettre en rayon.

Affiche de Insidious : L'Invasion du Lointain
Affiche de Insidious : L'Invasion du Lointain

Blumhouse, Sony et la douce tyrannie du chiffre

Ce qui se joue ici dépasse largement le sort d’un seul film. Blumhouse a connu quelques difficultés à lancer de nouvelles franchises ces dernières années, et Sony n’a pas exactement une armée de licences maison pour faire le malin face aux mastodontes du marché. Résultat : on revient à ce qui marche. Encore. Toujours. C’est moins romantique qu’un grand geste d’auteur, mais c’est d’une logique implacable. Le studio a besoin de franchises, Blumhouse a besoin de victoires, et Insidious coche les deux cases sans broncher.

Le texte source évoque déjà l’hypothèse d’un spin-off porté par Mandy Moore et Kumail Nanjiani, ainsi qu’un probable Insidious 7. Là encore, on n’est pas dans le fantasme de fan isolé : on est dans la continuité quasi mécanique d’un univers étendu qui refuse de mourir. Tant qu’un film ne se plante pas frontalement, la cadence devrait rester la même, avec un nouvel épisode tous les deux ou trois ans. Hollywood adore parler de prise de risque ; dans les faits, il préfère largement la répétition rentable.

James Wan a lancé la bête, les autres l’alimentent

Il y a aussi, dans cette saga, une petite histoire de transmission. James Wan a posé les fondations en 2011 après avoir déjà imposé sa griffe avec Saw. Depuis, d’autres réalisateurs ont pris le relais, chacun venant déposer sa patte sur une architecture déjà bien huilée. Jacob Chase, avec Out of the Further, s’inscrit dans cette logique de passeur plus que de révolutionnaire. Et c’est peut-être ça, la vraie force de Insidious : la franchise accepte de changer de main sans perdre son identité commerciale.

Le rôle de Lin Shaye, de retour en Elise Rainier, participe évidemment à cette continuité. Comme souvent dans les sagas d’horreur, la mémoire du public se fixe sur quelques figures récurrentes, des visages qui deviennent des repères au milieu du chaos spectral. Le film ne cherche pas à réinventer la roue, il veut surtout maintenir le moteur en marche. Et pour l’instant, ça tourne. Pas glorieux, pas révolutionnaire, mais redoutablement efficace.

Alors oui, on peut toujours ergoter sur la tiédeur de l’accueil ou sur la mécanique un peu prévisible de la série. Mais à Hollywood, la conversation s’arrête souvent là où commence le box-office. Et tant que Insidious continue de faire entrer des billets par paquets, la suite n’est pas une possibilité : c’est une formalité. On parie qu’ils ont déjà le prochain couloir hanté sous le coude ?

Bande-annonce VF de Insidious : L'Invasion du Lointain

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