Ryan Reynolds a ressorti le costume rouge pour rappeler une évidence que Marvel adore faire semblant d’oublier : Deadpool n’est pas une trilogie, c’est une rente avec des dents. Quand l’acteur dit qu’un nouveau film pourrait arriver « un jour », on entend surtout une stratégie très hollywoodienne : laisser la porte entrouverte, faire monter la pression et garder Wade Wilson dans le tiroir des actifs qui rapportent.
Depuis le premier Deadpool de Tim Miller en 2016, la saga a joué un drôle de numéro d’équilibriste entre insolence et gros business. Le premier opus, monté pour environ 58 millions de dollars, a raflé plus de 782 millions au box-office mondial ; le deuxième, réalisé par David Leitch en 2018, a dépassé les 785 millions. Puis Deadpool & Wolverine de Shawn Levy, sorti en 2024, a remis la machine en route avec plus d’1,3 milliard de dollars dans le monde, devenant le plus gros score de la franchise et l’un des plus gros cartons de l’ère post-pandémie. Autant dire que Disney et Marvel n’ont pas exactement enterré la poule aux œufs d’or dans le jardin. Quand un personnage rapporte autant, il ne disparaît jamais vraiment : il hiberne.
Le vrai sujet, derrière la petite phrase de Reynolds, c’est moins le retour de Deadpool que la manière dont Hollywood recycle ses anti-héros comme des franchises à durée illimitée.
Le mercenaire bavard n’a jamais fermé sa gueule, même hors champ
En apparence, Reynolds joue la carte du flou. Il ne promet rien, il ne vend pas une date, il ne balance pas de calendrier de tournage. Il dit juste qu’un autre film pourrait exister « éventuellement », et qu’il reste des « deep cuts » à explorer. Traduction : il y a encore de la matière, et surtout il y a encore du potentiel commercial à faire mousser. Chez Marvel, ce genre de déclaration n’est jamais innocent. On ne parle pas d’un projet parce qu’on a un scénario verrouillé ; on parle pour maintenir l’oxygène autour d’une marque.
Et Deadpool est une marque très particulière. Le personnage a été conçu comme une machine à casser le quatrième mur, à se moquer des codes du blockbuster et à dynamiter le sérieux des super-héros. Sauf qu’à force de devenir un succès massif, il a fini par se transformer en ce qu’il parodiait. Le système a tout absorbé, même l’insolence. Le cynisme de Wade Wilson est devenu un produit d’appel, et ça, c’est quand même un joli pied de nez à l’ironie de départ.
Disney, Marvel et la douce tentation du recyclage
Pour rappel, le rachat de la Fox par Disney en 2019 a remis les droits de Deadpool dans l’orbite Marvel, avec une question simple : comment intégrer un personnage classé R dans une machine longtemps calibrée pour le tout-public ? La réponse a été limpide : on ne le domestique pas complètement, on l’utilise comme soupape. Deadpool & Wolverine a servi de pont entre deux mondes, de vitrine pour le multivers et de rappel brutal qu’un film de super-héros peut encore faire salle comble quand il assume son sale caractère.

Le plus drôle, c’est que Reynolds parle de « morceaux profonds » manquants, comme s’il s’agissait d’un coffre à jouets encore plein. On imagine déjà les studios se frotter les mains : un spin-off ici, un caméo là, une suite, un faux reboot, une blague méta sur la fatigue des franchises, et hop, on repart pour un tour. Hollywood adore prétendre qu’il enterre ses héros, alors qu’il se contente souvent de les reconditionner.
Le problème, c’est le flambeau qui brûle trop bien
À ce stade, la vraie question n’est pas « y aura-t-il un nouveau Deadpool ? », mais « à quoi ressemblerait-il sans l’effet de surprise ? ». Le premier film tenait sur sa vulgarité joyeuse, son budget modeste et sa liberté de ton. Le deuxième capitalisait sur l’élargissement du casting et la montée en puissance du spectacle. Le troisième a joué la carte du choc des icônes, avec Hugh Jackman en Wolverine, et a prouvé que Marvel pouvait encore faire événement en branchant son univers sur la nostalgie des monstres sacrés. Mais plus on avance, plus le risque est clair : passer le flambeau à la mécanique, et la mécanique, elle, n’a pas d’âme.
Ryan Reynolds sait très bien où il met les pieds. Il n’est pas seulement l’interprète de Wade Wilson ; il est aussi le gardien de sa marque, son meilleur VRP et, disons-le, son premier scénariste officieux en matière de posture publique. Son talent, c’est d’avoir compris que Deadpool n’existe pas seulement dans les salles, mais dans la conversation permanente autour de lui. Tant que le personnage fait parler, il joue déjà son prochain film.
Un futur en pointillés, mais pas en point mort
Alors oui, on peut prendre Reynolds au mot : il y aura peut-être un autre Deadpool. Peut-être pas tout de suite. Peut-être sous une forme tordue, hybride, presque parasite. Peut-être comme un film de plus dans une franchise qui a déjà prouvé qu’elle savait se réinventer sans jamais vraiment se renier. Mais ce qui se dessine surtout, c’est la logique implacable d’un Hollywood qui n’abandonne jamais un personnage capable de faire sauter le box-office. On appelle ça de l’amour, dans les communiqués ; dans les bureaux de production, on appelle ça un actif stratégique.
Et puis soyons honnêtes : tant qu’il restera une vanne à faire sur les studios, un mutant à ressortir ou un cameo à dégainer, Deadpool aura toujours une bonne raison de revenir. Le jour où il se taira vraiment, là, on commencera à s’inquiéter. Ou à respirer. Selon l’humeur du moment.
Bande-annonce VF de Deadpool
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




