À Hollywood, il suffit parfois d’un rôle secondaire dans un mastodonte de Christopher Nolan pour transformer la course aux Oscars en partie de poker menteur. Et cette fois, The Odyssey arrive avec assez de poudre aux yeux pour faire trembler la catégorie du meilleur second rôle masculin.

La machine à pronostics s’est remise en route très tôt pour les Oscars 2027, avec une campagne qui s’étire déjà comme un générique de superproduction. Variety a actualisé ses prédictions le 13 août 2026, alors que la saison des awards n’a même pas encore vraiment pris son envol. On connaît le rituel : les listes bougent au gré du bruit, des projections, des rumeurs de festival et des stratégies de studio, parce qu’à ce jeu-là, le buzz pèse parfois autant qu’une performance. Le calendrier, lui, est déjà verrouillé : Governors Awards le 15 novembre 2026, shortlist dans 12 catégories du 7 au 11 décembre, nominations du 11 au 15 janvier 2027, puis révélation officielle le 21 janvier. La 99e cérémonie aura lieu le 14 mars 2027, au Dolby Theatre, avec Conan O’Brien à l’animation. Bref, on est encore loin de la statuette, mais la guerre des perceptions, elle, a déjà commencé. Et dans cette guerre-là, Nolan avance toujours avec un char d’assaut.

Le vrai sujet, ce n’est pas seulement qui sera nommé. C’est de savoir si The Odyssey va transformer la catégorie en annexe de son propre casting.

Un second rôle, trois projecteurs et un ego de studio

Robert Pattinson apparaît déjà dans les conversations pour son Antinous, ce qui n’a rien d’un détail anodin. Quand un film de Christopher Nolan débarque, il ne vient pas seulement vendre des billets : il aspire l’oxygène, les unes, les débats de cinéphiles et les fantasmes de campagne Oscar. Depuis Oppenheimer en 2023, on sait que Nolan n’est plus seulement le roi des blockbusters cérébraux ; il est devenu un fabricant de prestige industriel, capable d’aligner le box office et la respectabilité critique sans trop transpirer. Autrement dit, la poule aux œufs d’or a appris à porter un smoking.

Le cas Pattinson est d’autant plus piquant qu’il joue depuis des années sur deux tableaux. L’ex-idole de franchise devenue acteur de composition a construit une trajectoire qui adore les zones grises : Good Time, The Lighthouse, Mickey 17, et maintenant un rôle chez Nolan, c’est le parcours classique du mec qui a compris qu’on ne passe pas du statut de star à celui de monstre sacré sans accepter de se salir un peu les mains. Dans une catégorie de second rôle, ce genre de présence peut faire très mal, surtout si le film devient le grand événement de l’année. Le problème pour les autres, c’est qu’un film de Nolan ne joue jamais petit bras.

La bataille des noms, ou l’art de faire semblant d’avoir le choix

Variety ne fait pas semblant : ses pages de prédictions reflètent l’état du rapport de force, pas un caprice de rédaction. Et ce rapport de force, dans une saison aussi longue, dépend d’une alchimie assez sale entre visibilité, réception, récit de campagne et timing. Un acteur peut avoir une scène minuscule et finir en tête de liste si le film devient un phénomène. À l’inverse, un rôle plus ample peut se dissoudre dans le bruit si le long métrage n’imprime pas. C’est la vieille loi de l’Oscar : on récompense rarement un simple personnage, on récompense une histoire autour du personnage.

Affiche de L'Odyssée
Affiche de L'Odyssée

Dans le cas de The Odyssey, le nom de Pattinson suffit déjà à faire circuler l’idée d’un candidat sérieux. Pas besoin de connaître encore l’ampleur exacte du rôle pour comprendre le mécanisme : Nolan distribue rarement des silhouettes décoratives, et quand il convoque un acteur de cette stature, c’est pour lui offrir un espace de jeu qui dépasse le simple faire-valoir. Le casting devient alors une opération de hiérarchisation symbolique, presque un petit coup de force. Qui prend la lumière ? Qui hérite du prestige ? Qui se retrouve à la table des demi-dieux ? Voilà la vraie question, bien plus que la quantité de dialogues.

Et puis il y a le contexte général de la saison 2027, déjà traversée par d’autres prétendants. Guy Pearce en Rupert Murdoch dans Ink et Jack O’Connell dans le même film figurent aussi dans les radars, ce qui rappelle qu’une course Oscar adore les récits de transformation, les figures réelles, les compositions à moustache et les gueules qui sentent le travail d’orfèvre. Mais face à un film-aimant comme The Odyssey, tout le monde part avec un léger handicap. Quand Nolan débarque, la concurrence doit déjà courir avec un sac de sable.

Le calendrier fait la loi, le bruit fait le reste

À ce stade, les prédictions ressemblent moins à une science qu’à une météo politique. Les votes préliminaires, la shortlist, puis les nominations officielles vont redistribuer les cartes à mesure que les campagnes se mettent à hurler plus fort. Les studios savent très bien comment fabriquer de la traction : projections ciblées, récits de métamorphose, extraits choisis, interviews calibrées, et ce petit parfum d’inévitabilité qui fait tant de dégâts chez les votants. Une campagne Oscar, c’est du marketing de luxe avec des gants blancs et des coudes sortis.

Ce qui rend The Odyssey particulièrement redoutable, c’est sa capacité supposée à concentrer plusieurs atouts en un seul paquet : un auteur identifié, un casting bankable, une aura de grand spectacle et une promesse de prestige. Dans cette configuration, le second rôle masculin peut vite devenir un terrain de chasse pour les électeurs qui aiment cocher la case du « bon choix évident » sans trop se fatiguer. Et si Pattinson s’impose, ce ne sera pas seulement parce qu’il est populaire ; ce sera parce qu’il incarne parfaitement cette nouvelle génération d’acteurs capables d’entrer dans une machine hollywoodienne sans s’y dissoudre. Pas mal pour un ancien vampire adolescent, non ?

Alors oui, la route est encore longue jusqu’au 14 mars 2027. Mais la saison des Oscars adore ces moments où un film n’est pas encore sorti qu’il commence déjà à coloniser les conversations. Et The Odyssey semble bien parti pour faire de la catégorie du meilleur second rôle masculin un petit royaume à sa main. Le reste, comme toujours, dépendra de la façon dont Hollywood choisira de s’auto-congratuler cette année.

Bande-annonce VF de L'Odyssée

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