Gil Birmingham a beau être associé à Yellowstone, son passage chez Marvel dans X-Men ’97 raconte autre chose : celle d’un personnage enfin incarné avec la bonne voix, mais pas encore avec la place qu’il mérite. Forge, mutant bricoleur et génie techno, reste l’un de ces seconds rôles qui ont tout d’un premier plan en attente.

Pour comprendre pourquoi ce casting fait autant sens, il faut revenir à la trajectoire de Birmingham. L’acteur, d’ascendance comanche et mexicaine, s’est imposé dans un Hollywood longtemps peuplé de stéréotypes sur les peuples autochtones, puis a trouvé chez Taylor Sheridan un terrain de jeu plus nuancé. Dans Hell or High Water en 2016, il campait Alberto Parker, puis Wind River lui offrait un rôle plus grave, plus frontal, dans un film explicitement traversé par la question des femmes autochtones disparues et assassinées. Avec Yellowstone, il a fini par devenir Thomas Rainwater, chef de la tribu fictive de Broken Rock, personnage d’abord pensé comme adversaire avant de glisser vers une zone morale bien plus intéressante. Bref, Birmingham a ce profil rare : il sait donner de l’épaisseur à des figures que le cinéma et la télé aiment trop souvent réduire à une fonction. Et Forge, dans X-Men ’97, avait précisément besoin de ça.

Dans les comics Marvel, Forge apparaît au milieu des années 1980, créé par Chris Claremont et John Romita Jr., et devient vite un mutant à part : pas un simple technicien, mais un inventeur capable de comprendre les systèmes comme d’autres lisent un visage. Son histoire la plus célèbre reste liée à Storm, dans l’arc Lifedeath publié dans Uncanny X-Men au milieu des années 1980, où romance et culpabilité se télescopent. Le personnage a ensuite traîné sa silhouette dans plusieurs adaptations animées, souvent en mode figurant utile, parfois carrément sous-écrit. Dans la série des années 1990, il servait déjà de passerelle vers les voyages temporels ; dans Wolverine and the X-Men, il avait surtout l’air d’un technicien de service un peu maltraité par la mise en scène. Autrement dit, Forge a longtemps été un mutant de l’ombre dans une franchise qui adore pourtant les figures de l’ombre.

Forge, ou le mutant qu’on laisse trop souvent dans le garage

La saison 1 de X-Men ’97 a eu l’intelligence de remettre Forge au centre de l’arc Storm, tout en évitant de trahir les comics. La série a même canonisé son nom de naissance, Daniel Lone Eagle, détail qui n’a rien d’anodin quand on parle d’un personnage autochtone trop longtemps filtré par des choix d’adaptation discutables. Là où l’animation précédente l’avait parfois réduit à un faire-valoir, Marvel Studios Animation lui redonne une dignité de personnage, et surtout un acteur qui connaît le poids de ces représentations. On n’est pas dans le casting gadget, on est dans la réparation symbolique. Pas mal pour une franchise qui a longtemps confondu diversité et cases à cocher.

Sauf que X-Men ’97 a aussi son propre péché originel : une densité narrative tellement chargée qu’elle laisse forcément des personnages sur le bord de la route. La saison 2, avec ses neuf épisodes, a élargi l’ensemble, accéléré les enjeux et relégué Forge à un rôle de soutien, malgré son importance dans la reconstruction de l’équipe. Il participe, il relance, il aide Storm et Bishop, mais il n’a pas encore eu le luxe d’exister pleinement. On le voit à l’écran, on le sent utile, puis la série file ailleurs. Forge est là, mais pas encore assez là.

Affiche de X-Men '97
Affiche de X-Men '97

Le problème des grandes machines : trop de mutants, pas assez de temps

Ce n’est pas un reproche gratuit, plutôt la conséquence logique d’un format qui veut embrasser toute la mythologie des X-Men en un nombre d’épisodes serré. X-Men ’97 fonctionne comme une machine à fantasmes nostalgique et moderne à la fois : elle ressuscite une série culte, aligne les références, réactive les blessures, et tente de faire tenir une galerie de personnages dans un espace narratif qui n’a rien d’élastique. Résultat, certains visages brillent davantage que d’autres. Storm prend l’air, Bishop trace sa route, Magneto aimante tout ce qui passe, et Forge attend son tour derrière la porte du laboratoire.

Pourtant, le potentiel est évident. Dans les comics, Forge n’est pas seulement le mutant qui bidouille des machines impossibles ; il est aussi un personnage traversé par la responsabilité, l’invention, la perte, et cette manière très Marvel de faire d’un pouvoir une malédiction déguisée. À l’écran, Birmingham lui donne une gravité tranquille, sans forcer le trait. Et ça, franchement, ça change tout. On sent chez lui une autorité sans pose, un calme qui colle parfaitement à un personnage censé comprendre les rouages du monde mieux que les autres. Le genre de présence qui ne fait pas de bruit, mais qui tient la baraque.

Marvel, la bonne idée qui attend encore son vrai coup de volant

La suite dépendra évidemment de la capacité de la série à ne pas traiter Forge comme une option décorative. La fin de la saison 2 ouvre la porte à d’autres retours, et le lien possible avec Mystique pourrait aussi remettre le personnage dans la lumière. Mais on voit déjà où se situe l’enjeu : si Marvel veut faire de Forge autre chose qu’un ingénieur de passage, il faut lui donner un vrai arc, une vraie place, et pas seulement une poignée de scènes utiles. À ce jeu-là, Gil Birmingham a déjà gagné le match. Le reste appartient aux scénaristes, ces grands amateurs de promesses parfois un peu paresseuses.

Et puis, soyons honnêtes, il y a une question qui flotte au-dessus de tout ça : si Marvel finit par ouvrir la porte du live-action à Forge, qui d’autre serait plus légitime que Birmingham pour enfiler la combinaison ? On a vu bien pire, et de loin. Forge mérite mieux qu’un coin de cadre ; Birmingham mérite mieux qu’un rôle qui passe en coup de vent.

Bande-annonce VF de X-Men '97

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