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    Nrmagazine » Paley Summit : Sony, Malone et le jeu vidéo
    Blog Entertainment 1 juillet 20266 Minutes de Lecture

    Paley Summit : Sony, Malone et le jeu vidéo

    Quand les grands patrons viennent parler pouvoir, médias et machines à cash à Manhattan
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    À Manhattan, le Paley Center remet son grand raout annuel sur la table, avec John Malone, Hiroki Totoki et Strauss Zelnick en têtes d’affiche. Autrement dit : moins de tapis rouge que de rapports de force, et c’est précisément là que ça devient intéressant.

    Le Paley Center for Media a programmé son International Council Summit du 19 au 21 octobre 2026 dans son siège de Midtown Manhattan, après une édition précédente délocalisée ailleurs. Sur le papier, l’affaire ressemble à un de ces rendez-vous feutrés où l’on serre des mains en parlant d’« innovation » entre deux cafés tièdes. En pratique, c’est un petit théâtre du pouvoir médiatique, où se croisent les patrons qui tiennent les catalogues, les plateformes, les studios, les consoles et, au bout de la chaîne, les habitudes de consommation de tout le monde. John Malone, Hiroki Totoki pour Sony et Strauss Zelnick pour Take-Two ne débarquent pas là pour faire de la figuration. Ils incarnent trois manières de contrôler la machine : l’empire des actifs, la stratégie de conglomérat et l’économie du jeu vidéo, ce cousin devenu trop gros pour rester dans l’ombre du cinéma. Le sommet parle médias, mais il raconte surtout qui tient le robinet.

    En apparence, on pourrait croire à une simple conférence de plus dans le calendrier new-yorkais. Sauf que ce genre de sommet dit souvent plus sur l’état réel de l’industrie que bien des communiqués polis. John Malone, longtemps surnommé le « câble cowboy », a bâti sa réputation sur l’art de structurer des empires de médias et de télécoms sans trop se salir les mains en public. Hiroki Totoki, lui, représente un Sony qui continue de jouer sur plusieurs tableaux : cinéma, musique, électronique, jeux vidéo, production internationale. Quant à Strauss Zelnick, patron de Take-Two, il arrive avec l’assurance de quelqu’un qui sait que le jeu vidéo n’est plus le petit frère turbulent du cinéma, mais un mastodonte qui pèse sur les arbitrages culturels et financiers. On n’est pas dans le festival du glamour, on est dans la cuisine du capitalisme de l’image.

    Le grand bal des décideurs, pas des rêveurs

    Le Paley Center a toujours aimé cette zone grise où la culture rencontre le business sans faire semblant de choisir son camp. Son International Council Summit réunit des dirigeants d’entreprise, des responsables politiques et des figures académiques, ce qui donne souvent des échanges très propres en surface, mais pas forcément inoffensifs. Car derrière les formules sur la créativité et la circulation des contenus, il y a des sujets brûlants : consolidation des groupes, pression sur les marges, guerre des plateformes, explosion des coûts de production, recomposition des fenêtres de diffusion. Depuis la pandémie, le secteur a appris à parler plus fort de « transformation » quand il voulait dire « on cherche encore le modèle qui ne nous fera pas sauter à la figure ». Le langage change, la lutte pour la rente, elle, ne bouge pas d’un iota.

    John Malone reste une figure quasi mythologique de cette histoire économique. Il n’est pas un cinéaste, ni un showrunner, ni un producteur au sens romantique du terme. C’est pire, ou mieux, selon l’angle : un architecte de structures, un homme qui pense en actifs, en synergies, en arbitrages. Dans l’imaginaire du secteur, il fait partie de ces demi-dieux de la finance qui ne signent pas les œuvres mais pèsent sur leur destin. Et c’est bien pour ça qu’on l’invite. Pas pour raconter des souvenirs de tournage, mais pour rappeler que l’industrie de l’image est aussi une industrie de la propriété. Le cinéma adore parler d’auteurs ; les conseils d’administration, eux, parlent de contrôle.

    Sony, ce caméléon qui ne lâche jamais le cadre

    Avec Hiroki Totoki, le sommet gagne une autre couche de lecture. Sony n’est pas seulement un studio ou un label, c’est un conglomérat qui a compris depuis longtemps qu’il fallait disperser ses paris pour survivre. Le cinéma y côtoie la musique, la technologie et le jeu vidéo, avec une logique de portefeuille qui fait passer la vieille idée du studio tout-puissant pour une nostalgie de cinéphile un peu trop attaché aux dorures de l’Olympe hollywoodien. Totoki incarne cette rationalité japonaise très peu romantique, mais redoutablement efficace : on ne fantasme pas l’industrie, on l’optimise. Et quand Sony parle de contenus, il faut entendre chaîne de valeur, circulation des IP, exploitation transmédiatique, pas seulement affiche et bande-annonce. Le studio n’est plus une fabrique de films, c’est une machine à organiser des flux.

    Ce n’est pas un détail si Sony se retrouve au même niveau de visibilité que des figures du câble ou du jeu vidéo. Cela dit quelque chose d’assez net sur l’époque : le cinéma n’est plus seul à dicter les imaginaires, il partage la scène avec des secteurs qui maîtrisent mieux la fidélisation, la donnée et la répétition des usages. Le jeu vidéo, en particulier, a cessé d’être un simple voisin bruyant. Avec Take-Two, on parle d’une entreprise dont les franchises pèsent lourd dans la culture populaire mondiale, et qui sait parfaitement ce qu’un public régulier vaut à long terme. Hollywood a longtemps cru être la poule aux œufs d’or. Le problème, c’est que d’autres élevages ont appris à pondre aussi. Et ça, dans les bureaux vitrés, ça fait grincer quelques dents.

    Manhattan, le salon des puissants et des nerfs

    Le retour du sommet au siège du Paley Center, à Midtown Manhattan, n’a rien d’anodin non plus. Le lieu compte presque autant que la liste des invités, parce qu’il inscrit l’événement dans une géographie du pouvoir très new-yorkaise : centralité, proximité des médias, circulation permanente des élites économiques et culturelles. On n’est pas à Cannes, où l’on vend du prestige en plein soleil. Ici, on négocie dans l’air conditionné, avec des badges et des agendas serrés. C’est moins sexy, mais souvent plus révélateur. Dans ce type de rendez-vous, les mots « avenir », « innovation » et « responsabilité » servent souvent de rideau de fumée à des discussions autrement plus concrètes sur les rachats, les alliances et les lignes de fracture entre entertainment, tech et finance. Le vrai spectacle, c’est la manière dont les puissants se racontent qu’ils n’en sont pas un.

    Alors oui, la présence de Malone, Totoki et Zelnick suffit à faire de cette édition 2026 un petit concentré de ce que l’industrie aime le plus : des hommes qui parlent d’avenir en essayant de verrouiller le présent. Rien de très neuf sous le soleil, pourrait-on dire. Mais à l’échelle du cinéma et des médias, c’est justement là que se joue la partie : dans ces salons où l’on décide qui aura le droit de raconter quoi, sur quel support, et à quel prix. Le reste, les discours sur la créativité et les passerelles entre arts et technologies, c’est la jolie nappe sur la table. Le repas, lui, se négocie ailleurs.

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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