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    Nrmagazine » Deux valent mieux qu’un : les duos qui ont fait l’histoire du cinéma
    Blog Entertainment 14 mai 20267 Minutes de Lecture

    Deux valent mieux qu’un : les duos qui ont fait l’histoire du cinéma

    Le cinéma aurait pu se contenter des héros solitaires. Fort heureusement, il a vite compris que deux têtes, même quand elles se détestent, font un putain de spectacle. Retour sur les tandems qui ont construit, dynamité et réinventé le septième art.
    A couple sitting indoors at a movie theater, sharing a box of popcorn.
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    Le couple fondateur : Laurel contre Hardy (mais surtout avec)

    Tout commence là. Stan Laurel et Oliver Hardy, associés dès 1927 chez la Hal Roach Studios, inventent littéralement le langage du duo comique à l’écran : le petit anxieux contre le grand autoritaire, l’idiot sincère contre l’imbécile orgueilleux. Leur mécanique repose sur un paradoxe, Laurel semble suivre Hardy, mais c’est invariablement Hardy qui finit dans la boue, la crème ou le précipice. Le duo dysfonctionnel comme machine narrative, le chaos comme moteur dramatique : ils ont posé les bases de tout ce qui allait suivre.

    Ce qu’on retient, au-delà des gifles et des chapeaux melon : leur complicité n’était pas que scénaristique. Ils se connaissaient par cœur, anticipaient chaque réaction, finissaient les gags de l’autre. Une forme de télépathie comique que le cinéma n’a jamais vraiment su recréer à l’identique. Et croyez-moi, il a essayé.

    À lire aussi : Les meilleurs films de Terence Hill et Bud Spencer, les héritiers italiens du tandem à gifles

    Jules & Jim, ou quand le duo devient triangle (et implose)

    François Truffaut signe en 1962 avec Jules et Jim un cas à part dans la galerie des duos : deux hommes, une femme (Jeanne Moreau, absolument incendiaire), et une amitié qui survit à tout sauf à l’amour. L’angle de Truffaut n’est pas le bromance, c’est la triangulation, le pacte masculin mis à l’épreuve par le désir. Le film repose sur une place dans le canon de la Nouvelle Vague qui n’est pas près d’être remise en question. Truffaut filme le duo comme une chose vivante, organique, que la passion peut désintégrer de l’intérieur. Ce n’est pas un film sur l’amour, c’est un film sur ce que l’amour fait aux amitiés solides.

    Aujourd’hui encore, chaque fois qu’un réalisateur tente le trio amoureux, il se mesure à cette ombre-là. La plupart n’en reviennent pas.

    L’Arme Fatale, ou comment on a réinventé la bromance sous Reagan

    1987. Richard Donner prend Mel Gibson (suicidaire, déchiré, imprévisible) et Danny Glover (tranquille, préretraité, trop vieux pour ces conneries) et en fait la machine à sous la plus efficace de la décennie. L’Arme fatale récolte 120 millions de dollars au box-office mondial pour un budget de 15 millions, et engendre trois suites dont L’Arme fatale 2 (1989). Ce n’est pas juste un film d’action, c’est un cours magistral sur le principe de friction-complicité : plus les personnages sont différents, plus la mayonnaise prend.

    La formule Gibson-Glover fonctionne parce qu’elle dit quelque chose de vrai sur l’Amérique de Reagan : deux types que tout oppose, l’âge, la couleur, le rapport à la mort, obligés de se faire confiance pour survivre. Le sous-texte social, il est là, discret, sous les cascades et les punchlines. Nul doute que les studios de l’époque n’y ont pas pensé cinq secondes, mais le film, lui, le porte.

    À lire aussi : Le phénomène des duos comiques dans les comédies américaines

    Thelma & Louise, la route comme acte politique

    Ridley Scott, 1991. Susan Sarandon et Geena Davis prennent la voiture, prennent la route, et en chemin prennent la liberté, au sens le plus radical du terme. Thelma & Louise fracasse le moule du road movie en y injectant une perspective féministe qui, pour l’époque, avait tout d’une bombe. Le film repose sur un principe simple mais dévastateur : les deux femmes ne fuient pas un problème, elles fuient un système, celui dans lequel la violence masculine est tolérée, normalisée, impunie. Ce n’est pas un film de fuite. C’est un film sur ce qu’on choisit quand toutes les portes sont fermées.

    Un Oscar pour la scénariste Callie Khouri, et une fin qui continue de diviser, comme tout ce qui mérite d’être discuté après la séance. La Corvette dans le vide, c’est peut-être la chute la plus honnête de toute l’histoire du cinéma américain. Ou la plus amère. Les deux, probablement. Pour aller plus loin, NRmagazine propose même Thelma & Louise : un western féministe, documentaire de 2025 qui éclaire le film sous un angle politique assumé.

    Bonnie & Clyde, le péché originel du duo romantique-criminel

    Arthur Penn, 1967. Faye Dunaway et Warren Beatty. Le film qui a tout changé ou presque, et qui s’en est vanté le premier. Bonnie et Clyde arrive comme une claque dans la gueule d’un Hollywood encore coincé dans ses codes de studio : il introduit la violence graphique, la sexualité ambiguë, la mort sans rédemption, et emballe tout ça dans une romance à la beauté déchirante. Penn ne fait pas un film de gangsters, il fait un film sur le désir de brûler, et sur le prix qu’on paie pour le satisfaire.

    Ce qui rend le duo Bonnie-Clyde inoubliable, c’est son déséquilibre. Elle est plus grande que lui, plus lucide, plus romantique à la fois. Lui est plus fragile qu’il n’y paraît, plus incapable qu’elle de se regarder en face. Le tandem fonctionne parce qu’il est bancal. Les duos parfaits, ça s’ennuie vite.

    Bud Spencer & Terence Hill, le duo qui avait déjà la réponse avant la question

    Il fallait bien les mentionner, ces deux-là. Carlo Pedersoli et Mario Girotti, leurs vrais noms, pour les connaisseurs, ont bâti entre 1967 et 1994 une filmographie de quinze longs-métrages ensemble, dont On l’appelle Trinité (1970) et Et continua à s’appeler Trinité (1971), deux cartons monstres au box-office européen. Bud Spencer, le gros qui cogne. Terence Hill, le mince qui esquive. La recette semble simpliste. Elle est en réalité parfaitement calibrée : le premier incarne la force brute sans méchanceté, le second la malice sans cruauté, et ensemble ils construisent une morale du western-comédie italienne que personne n’a jamais su imiter sans paraître pathétique. On a d’ailleurs listé leurs meilleurs films sur NRmagazine, si vous voulez vous faire une soirée digne de ce nom. Quarante ans après, les gamins les découvrent encore. C’est ça, un duo culte : ça ne prend pas une ride parce que ça n’a jamais essayé d’être moderne.

    De Niro & Scorsese, la bromance derrière la caméra

    Le duo réalisateur-acteur mérite sa propre section, et il n’y a pas grand débat sur lequel prend le haut du podium. Martin Scorsese et Robert De Niro, c’est huit films entre 1973 et 1995 : de Mean Streets à Casino, en passant par Taxi Driver, Raging Bull et Les Affranchis. De Niro a été Scorsese avant même que Scorsese sache exactement ce qu’il cherchait, une présence physique absolue, un rapport au corps qui dit la violence, la honte, la grandeur et la chute sans jamais en faire trop. Ce n’est pas une collaboration, c’est une symbiose : l’un ne comprend le cinéma que parce que l’autre lui en a donné un visage.

    Puis DiCaprio est arrivé (oui, autre époque), et l’histoire a continué, différemment, mais pas moins brillamment. La preuve avec The Irishman (2019), où Scorsese convoque De Niro une dernière fois pour un requiem de trois heures et demi sur la loyauté et la trahison. Le tandem Scorsese-DiCaprio, c’est déjà six films à son actif. Scorsese collectionne les acteurs fétiches comme d’autres collectionnent les Oscars (lui, ça lui a pris un moment).

    Ernest & Célestine, parce qu’un duo culte peut aussi peser 54 grammes

     

    On aurait pu finir sur les gros noms. On finit sur un ours et une souris. Ernest et Célestine (2012, Stéphane Aubier, Vincent Patar, Benjamin Renner) n’a pas le budget d’un blockbuster américain, il n’en a pas besoin. Le duo qu’il construit est peut-être le plus touchant de toute cette liste : deux êtres que leur société condamne à ne jamais se rencontrer, et qui choisissent de s’en ficher. 98% sur Rotten Tomatoes (oui, devant Bonnie & Clyde, devant Thelma & Louise, c’est la vie). La subversion la plus radicale du cinéma est parfois celle qu’on fait passer pour un dessin animé pour enfants.

    Un ours et une souris qui refusent les frontières qu’on leur impose. La suite, Ernest et Célestine en hiver, est attendue en 2026, et si la bande-annonce ne vous donne pas envie, vérifiez que vous avez encore un cœur. On vous laisse tirer les parallèles vous-mêmes.

    À lire aussi : Francis Veber, l’artisan des duos impossibles du cinéma français

     

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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