La réponse courte : quelque part entre les deux, et c’est à la fois rassurant et légèrement frustrant. Mais pour comprendre pourquoi la question mérite d’être posée sérieusement, il faut d’abord se souvenir de ce que représente le premier volet, pas juste un film, un objet culturel qui a traversé deux décennies sans une ride.
That’s All : ce que le premier film a vraiment fait
Sortons le dossier. En 2006, David Frankel dirige ce qui s’annonce comme une comédie légère tirée du roman de Lauren Weisberger (vendu à 7 millions d’exemplaires), avec un budget de 35 millions de dollars et une garde-robe évaluée à 1 million de dollars, Patricia Field ayant convaincu les plus grandes maisons, à commencer par Prada elle-même, de participer. Le film termine avec 326,5 millions de dollars au box-office mondial, soit 9,3 fois son budget de production. Ce n’est pas un carton. C’est une anomalie statistique.
Ce qui fait le culte du film, ce n’est pas le synopsis, assistante dépassée survit à patronne tyrannique, l’habillement du titre l’emporte sur tout, c’est la tension entre deux lectures irréconciliables. D’un côté, le film de femme ambitieuse qui apprend à dire non au système. De l’autre, une ode inavouée à Miranda Priestly, monstre sacré absolu, dont chaque réplique assassine est devenue un mème durable (« That’s all », « Florals ? For spring ? Groundbreaking »). Meryl Streep y livre une performance construite sur le murmure et la menace, sur ce qu’elle ne dit pas, et Emily Blunt, la garde-robe d’Anne Hathaway dans sa deuxième moitié : tout ça fabrique quelque chose que les attachés de presse appellent « un classique intemporel » et que les Cahiers appelleraient probablement une critique du capitalisme esthétique qu’on avale avec le sourire parce que les robes sont belles. Le péché originel du film est aussi sa force : il te vend le système tout en prétendant t’en libérer.
Vingt ans après, cet objet vit toujours sur Disney+, se re-regarde en pyjama un dimanche pluvieux, et génère encore des débats sur Reddit pour savoir si Andy a eu tort de partir ou raison de rester. Ce n’est pas rien. C’est même beaucoup. Pour tout savoir sur la filmographie de Meryl Streep qui nourrit ce mythe, sa fiche complète est disponible sur NR Magazine. Et pour retrouver l’intégralité de la saga, la page dédiée est par là.
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Runway, The Sequel : ce que la suite promet (et tient)
Le projet a été annoncé en juillet 2024, et la chose intéressante c’est que tout le monde a failli ne pas se retrouver autour de la table. Meryl Streep et Anne Hathaway étaient initialement réticentes à l’idée d’une suite, ce qui, si on y pense, est la meilleure des nouvelles : ça signifie qu’elles ont fini par être convaincues par un scénario, pas par un chèque (enfin, probablement les deux, soyons honnêtes). David Frankel reprend la caméra, Aline Brosh McKenna la plume, le tournage s’est étalé de juin à octobre 2025 entre Manhattan et Milan. Le casting s’est enrichi de Kenneth Branagh en nouveau mari de Miranda, Simone Ashley en nouvelle assistante, Justin Theroux, Lucy Liu, Pauline Chalamet et B.J. Novak, soit une injection de sang neuf bien dosée.
L’intrigue, telle que Deadline et le Los Angeles Times la décrivent, situe l’action dix ans après le premier film. Miranda Priestly doit naviguer dans l’effondrement de la presse papier, fragilisée par des troubles de la mémoire et par une Emily Charlton devenue puissante dirigeante d’un groupe de luxe qui contrôle les financements de Runway. Le magazine face au déclin de l’industrie, c’est soit une métaphore brillante soit un sujet terriblement daté selon où on se place. Andy Sachs refait surface à un poste clé. Quelqu’un tente une prise de contrôle hostile. Scénario pas inédit, mais le dispositif tient la route sur le papier.
Les préachats en salles ont dépassé les 20 millions de dollars, les avant-premières du jeudi ont rapporté plus de 10 millions, et Variety comme Deadline tablent sur un démarrage domestique entre 73 et 80 millions de dollars pour le week-end d’ouverture américain, avec environ 100 millions attendus à l’international. En France, le film est sorti le 29 avril 2026 et a établi dès son premier jour le record d’entrées de l’année avec 150 061 spectateurs.
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Streep Tease : la critique ne s’emballe pas, mais ne tombe pas non plus
Le score Metacritic à l’ouverture : 60. Pas glorieux, pas honteux. Time Out titre à 80 avec une formule qui résume tout : « Pensez à Top Gun : Maverick avec de meilleurs chapeaux. » Le Chicago Tribune monte à 88 et rappelle que Meryl Streep « prouve une fois de plus qu’elle est la meilleure du métier, en livrant plus avec une seule réplique murmurée que la plupart des acteurs en toute une scène ». À l’autre bout du spectre, The Wrap est brutal : le film « manque d’une thèse cohérente » et « ne parvient jamais à justifier sa propre existence de manière convaincante ». Slant Magazine sort la formule la plus cruelle : « la fausse douceur aspartame et le confort zéro-calorie de son prédécesseur, charmant sur le moment, mais on a faim à nouveau une demi-heure après ». Et The Guardian note sobrement que le film recycle les moments iconiques de l’original, le pull bleu d’Andy, la scène du vestiaire avec Nigel, la virée à Milan, la tentative de coup d’état interne, sans vraiment y ajouter de couche de sens supplémentaire. Ce serait donc une suite faite avec amour, mais sans nécessité.
Little White Lies propose peut-être l’évaluation la plus juste : « Si le premier film est Tom Ford et Calvin Klein, cette fois c’est Vivienne Westwood et Alexander McQueen, moins lisse, avec quelque chose de plus sombre en dessous. » Ce qui n’est pas un compliment déguisé en vacherie, mais une vraie distinction de statut. Le premier film assumait sa lisibilité. Celui-ci voudrait creuser, hésite, et se retrouve entre deux chaises, trop nostalgique pour être neuf, trop conscient de lui-même pour être juste une sucrerie.
« The Devil Wears Prada 2 feels like a sleek update on a classic, not a cheap knock-off that falls apart in the wash. » — NME, 80/100
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Le problème des nouvelles têtes (surtout Simone Ashley)
Là où Prada 2 tente clairement de renouveler son propos, c’est dans son casting de soutien. Simone Ashley en nouvelle assistante de Miranda, Kenneth Branagh en antagoniste corporatif amoureux de la patronne, Pauline Chalamet en on-ne-sait-pas-trop-encore (mais la présence d’un Chalamet dans n’importe quel projet en 2026 est un signal de positionnement évident). Le problème classique de la suite-hommage se pose ici frontalement : plus tu cites l’original, plus tu rappelles au spectateur pourquoi il préfère l’original. Le pull bleu qui refait surface, les références aux grandes scènes, chaque callback est un couteau à double tranchant. Fan service ou aveu d’impuissance ? Les critiques divisés à 52 % positif / 46 % mitigé sur Metacritic répondent indirectement à la question.
Reste que dans un paysage où les suites tardives se ramassent généralement une gifle cinglante (Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, on ne dit rien), Prada 2 semble avoir au moins évité le naufrage complet, ce qui, en 2026, mérite qu’on enlève son chapeau. Un chapeau Prada, évidemment.
The Bottom Line : Miranda ou la presse papier, qui mourra en premier ?
Le premier Diable s’habille en Prada était un film sur l’ambition féminine habillé en comédie de mode, et cette ambiguïté était sa force. Le second est un film sur la mort d’une industrie habillé en retrouvailles nostalgiques, et cette ambiguïté-là est peut-être sa limite. Raconter le déclin de la presse papier en 2026 par le prisme d’un magazine de mode fictif créé en 2006, c’est à la fois pertinent et légèrement trop confortable : on parle du problème sans vraiment prendre de risques, on frôle le sujet avec des gants en chevreau. Le premier ne prenait pas de gants. Il tranchait.
Cela dit, les chiffres parlent, et ils parlent fort : un week-end d’ouverture projeté entre 73 et 80 millions de dollars aux États-Unis, 150 061 entrées le premier jour en France, c’est le public qui vote avec ses pieds. Miranda Priestly aura toujours des spectateurs. La question, comme toujours avec les suites de cultes, n’est pas « est-ce que c’est bon ? » mais « est-ce que ça avait besoin d’exister ? ». Maverick avait répondu oui avec une clarté désarmante. Prada 2 répond… peut-être.
Et dans le monde de Miranda Priestly, le peut-être, c’est déjà un non.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.

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