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    Nrmagazine » [Critique] Colony (2026) : Yeon Sang-ho récidive dans son gratte-ciel
    Blog Entertainment 29 mai 20267 Minutes de Lecture

    [Critique] Colony (2026) : Yeon Sang-ho récidive dans son gratte-ciel

    Dix ans après avoir électrisé Cannes avec Dernier train pour Busan, le maître coréen du zombie revient avec Colony, même festival, même section Séances de Minuit, même promesse d'en coller plein la tronche. Le bilan est… plus nuancé qu'espéré.
    colony
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    Le retour du fils prodigue (qui a pris le même train)

    Pour rappel : en 2016, Yeon Sang-ho débarquait à Cannes avec un film de zombies dans un TGV coréen, et repartait avec la réputation d’avoir réinventé le genre à lui tout seul. Dernier train pour Busan avait tout : la tension de huis-clos, la métaphore de classe, les personnages qui vous brisent le cœur au moment où vous vous y attendez le moins. Plus de 11 millions d’entrées en Corée du Sud. Un putain de raz-de-marée.

    Depuis, le bonhomme a navigué en eaux troubles. Seoul Station (2016, le préquel animé), puis Peninsula (2020), suite directe passée de la claustrophobie intime au grand spectacle vaguement creux, ont installé l’idée que Yeon Sang-ho était peut-être en train de recycler sa propre formule. Colony, présenté en Séance de Minuit à la 79e édition du Festival de Cannes le 16 mai 2026, ne fait pas vraiment taire ce soupçon. Mais il le rend nettement plus supportable.

    Côté casting, la production a mis le paquet : Jun Ji-hyun (alias Gianna Jun, star absolue de My Love from the Star) qui revient au cinéma après onze ans d’absence, aux côtés de Koo Kyo-hwan, qu’on avait déjà croisé dans Peninsula, et de Ji Chang-wook. Un casting trois étoiles dans un gratte-ciel sous couvre-feu viral. Le rêve.

    À lire aussi : Cannes 2026 : nos coups de cœur, nos claques, et une Palme qui ne fait pas l’unanimité

    Le Gratte-Ciel Piégé de Nos Rêves (Version Virus)

    Le pitch est simple comme un bouton de panique : lors d’une conférence sur les biotechnologies dans un gratte-ciel du centre de Séoul, un chercheur viré, Seo Young-cheol, joué par Koo Kyo-hwan dans son registre de bombe humaine froide et magnétique, injecte un virus à évolution rapide dans l’organisme du PDG qui l’a licencié. L’immeuble est bouclé. Les infectés rampent d’abord comme des bêtes. Puis ils évoluent. Puis ils partagent une intelligence collective. Une colonie, vous dis-je.

    C’est là que le film devient vraiment intéressant sur le papier : les zombies de Yeon Sang-ho ne sont plus ces masses inconscientes de chair affamée. Ils apprennent. Chaque échec de la horde devient une donnée que le groupe assimile et corrige. Le South China Morning Post résume la mécanique avec une formule joliment cruelle : « It presents a sleek and acrobatic chaos drenched in blood and vomit. » (attention euphémisme). En gros : c’est très beau, très sanglant, et la question de fond, l’intelligence collective comme métaphore de l’IA et du conformisme, est posée. Juste… pas vraiment creusée.

    L’architecture verticale remplace ici le couloir horizontal du train. Les étages deviennent des frontières de classe, les accès contrôlés reproduisent des hiérarchies sociales qui craquent sous la pression avant même que le premier infecté franchisse une porte vitrée. C’est du Yeon Sang-ho classique : la métaphore sociale bien huilée, le genre comme prétexte à disséquer ce que les sociétés font aux individus quand les systèmes s’effondrent. Sauf que là où Dernier train pour Busan vous faisait sentir ces lignes de fracture dans le ventre, Colony vous les explique. Nuance considérable.

    Jun Ji-hyun ou l’Art du Grand Retour (Avec des Zombies dans la Tronche)

    Il faut quand même s’arrêter cinq secondes sur ce que représente la présence de Jun Ji-hyun ici. Onze ans sans long-métrage, onze ans, et elle choisit de revenir dans un huis-clos épuisant où elle passe les deux tiers du film à courir, tomber, se relever, et analyser des virus tout en regardant des gens se faire dévorer. Selon Star News Korea, elle a confié avoir voulu « montrer des réactions vivantes, pas un jeu calculé » dans ce rôle de professeure de biologie qui devient malgré elle la tête pensante d’une poignée de survivants.

    Le résultat est convaincant, sans être le tour de force qu’on espérait. Son personnage, Kwon Se-jeong, a la solidité fonctionnelle des héroïnes de genre bien écrites : elle est compétente, elle ne crie pas pour rien, elle prend des décisions. Mais le film ne lui offre pas vraiment d’arc émotionnel comparable à ce que Gong Yoo, le père de famille déchiré de Dernier train pour Busan, portait sur ses épaules en 2016. Elle survit. On est content pour elle. On n’en pleure pas.

    Quand les Zombies sont Plus Malins que le Scénario (Oui Encore)

    Le vrai problème de Colony, c’est son troisième acte. The Wrap a mis le doigt dessus sans ménagement : « It is intriguing in the beginning but ultimately ends with repetitive clichés », et « Colony fails to communicate its various elements cohesively enough to form a persuasive, complete product, despite individual merits. » Traduction libre et brutale : le film promet un zombie-film philosophique sur l’intelligence collective et la peur de l’IA, et finit par faire exactement ce que ferait n’importe quel zombie-film lambda de bonne facture, c’est-à-dire envoyer tout le monde vers le toit en courant.

    La mécanique des infectés-qui-apprennent, qui était la vraie idée neuve du film, se dilue dans les vingt dernières minutes sous une avalanche de séquences d’action spectaculaires mais interchangeables. Le South China Morning Post formule ça avec une élégance légèrement assassine : « Whenever it pauses to contemplate more intellectual themes than those of brain-eating, it somehow appears lifeless. » Autrement dit : quand ça réfléchit, ça s’endort. Quand ça massacre, ça se réveille. C’est un peu le problème de quelqu’un qui a l’instinct du genre mais pas la patience de la thèse.

    Sauf que, et c’est là où on est partiaux, assumons, le film délivre ce pour quoi on paie son billet en Séance de Minuit. La chorégraphie des infectés est impressionnante : corps convulsifs, mouvements quasi-arthropodes, cette façon qu’ils ont de former des masses compactes qui ressemblent à de vrais essaims. Screen Daily parle de « fun, forgettable zombie horror », c’est honnête. C’est fun. C’est oubliable. On est sortis de là à minuit passé avec le pouls à 130 et le cerveau un peu vide. Il y a pire comme programme.

    À lire aussi : Cannes 2026 : auteurs partout, Palme nulle part, le verdict est tombé

    Le Train avait la Chair, le Gratte-Ciel a les Os

    La comparaison avec Dernier train pour Busan est inévitable, injuste, et pourtant parfaitement légitime. Les deux films partagent le même réalisateur, la même section cannoise, la même architecture conceptuelle, huis-clos, virus, métaphore sociale, course vers un point de salut. Mais Colony accroche là où son aîné triomphait. Dernier train pour Busan vous brisait parce qu’il vous faisait aimer des gens ordinaires pris dans un engrenage plus grand qu’eux. Colony, lui, préfère ses zombies à ses personnages. Et ça se sent.

    La prémisse des infectés à intelligence collective, connectés par une sorte de mycélium viral que Chosun décrit comme une « AI collective intelligence », est la piste la plus stimulante du film. C’est une façon intelligente de parler de conformisme, de réseaux sociaux comme ruche mentale, de la peur que l’IA nous transforme en colonie avant même qu’un virus ne s’en charge. Yeon Sang-ho l’effleure. Il n’y plonge pas. Dommage, parce que là résidait son vrai péché originel cinématographique depuis 2016 : avoir posé une thèse, et préférer l’action à sa démonstration.

    Reste que le film s’est pris sept minutes d’ovation debout au Grand Théâtre Lumière, a été pré-vendu dans 124 pays, et sort en France le 27 mai 2026, interdit aux moins de 12 ans, 2h02, ARP Sélection à la distribution. Ce n’est pas rien. C’est même le signal que le public, lui, a tranché : on voulait du spectacle, on a eu du spectacle. La question de savoir si Yeon Sang-ho aurait pu nous donner quelque chose de plus grand, elle, reste ouverte. Et ce ne serait pas franchement étonnant s’il se la posait lui-même le soir de la première, face à son verre de soju vide.

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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