Dans X-Men ’97, Wolverine n’a pas droit à un simple épisode “focus personnage” : la série lui colle au dos un hommage frontal à Aliens et, au passage, lui rappelle qu’il est né d’un laboratoire, pas d’un mythe propre sur lui. On pourrait croire à un petit exercice de style pour fans de la première heure. En réalité, l’épisode 5 de la saison 2, intitulé Weapon X, Lies, and DVDs, se sert du bestiaire Marvel pour rejouer une mécanique de survival horrifique très précise, avec outpost isolé, créatures parasites, équipe piégée et évacuation à l’ancienne. Bref, du sale, du tendu, du très bien huilé.
Pour remettre les choses dans leur contexte, Wolverine n’a jamais été un personnage de demi-mesure. Créé par Len Wein, John Romita Sr. et Herb Trimpe, il devient dès les années 1980 la machine à fantasmes de Marvel, puis des X-Men animés, puis du cinéma, puis de la franchise tout entière. Dans X-Men ’97, série lancée en 2024 sur Disney+, l’équipe de Beau DeMayo et des studios Marvel Animation reprend le flambeau du dessin animé culte des années 1990 sans se contenter de la nostalgie molle. La saison 2, diffusée en 2026, continue de faire ce que la bonne pop culture sait faire quand elle a du cran : recycler ses icônes pour les mettre en danger, les salir, les fissurer. Ici, Logan est privé de son adamantium depuis la fin de la saison 1, et l’épisode exploite cette perte comme un vrai ressort dramatique, pas comme un gadget de merchandising. On ne regarde pas seulement Wolverine se battre : on regarde ce que devient un héros quand on lui retire sa carapace.
Le parallèle avec Aliens de James Cameron, sorti en 1986, n’a rien d’un clin d’œil décoratif. C’est le squelette du récit. Une base, des scientifiques qui jouent aux apprentis sorciers, des créatures qui prolifèrent, un groupe de combattants coincés dans un espace clos, et cette sensation très cameronienne que la survie passe par l’organisation, la panique et la destruction totale du décor. Le texte source rappelle d’ailleurs que Maverick lâche le fameux « Game over! » issu de Bill Paxton dans Aliens ; on est donc dans l’hommage assumé, presque insolent. Et comme chez Cameron, la solution finale tient en une formule très simple : tout faire sauter. La série ne cite pas Aliens pour faire joli ; elle s’en sert comme d’un mode d’emploi pour transformer Weapon X en piège à chair et à nerfs.
Le Brood, ces cousins mal élevés du xénomorphe
Les Brood débarquent dans les comics Marvel en 1982, dans X-Men #155, sous la plume de Chris Claremont et le dessin de Dave Cockrum. Dans la série, ils prennent une allure beaucoup plus proche du xénomorphe que de leur version papier, ce qui n’a rien d’un hasard : leur fonction dramatique est la même, parasiter des hôtes, contaminer une zone, faire monter la tension par le simple fait qu’ils sont là. Le texte source souligne aussi que la série les rend silencieux et voraces, là où les Brood des comics sont plus intelligents. C’est malin, parce que le silence, en animation comme en cinéma d’horreur, vaut parfois mieux qu’un monologue de méchant. Ça gratte plus, ça mord plus, ça respire moins.
Autre joli détour : l’épisode ne sort pas de nulle part, il prolonge Weapon X, Lies, and Videotape, un épisode de la série originale où Wolverine, Sabretooth, Maverick et Silver Fox démolissaient déjà une installation Weapon X pour comprendre ce qu’on leur avait fait. On est donc dans une logique de suite, de reprise, de mémoire trouée. Les souvenirs trafiqués, les identités bancales, les réminiscences fabriquées : tout ça fait de Logan un personnage dont le passé est une zone de post-production permanente. Et quand Abraham Cornelius, scientifique de Weapon X, laisse une trace vidéo sur DVD, la série ajoute une couche de commentaire méta assez savoureuse : la mémoire est un support fragile, le corps aussi, et le héros devient littéralement un fichier corrompu qu’on tente de réparer à coups de métal et de mensonges. Chez Wolverine, le trauma n’est pas un sous-texte : c’est le moteur, le carburant et le péché originel.

Morph, ou le vrai héros de l’ombre
Sauf que l’épisode ne se contente pas de faire de Wolverine le centre du cadre. Il le décentre. Morph, interprété par JP Karliak, devient le vrai point de vue, ce qui est une très bonne idée scénaristique. Dans le dessin animé original, Morph avait été pensé comme une victime expédiée vite fait bien fait, avant de revenir plus tard grâce à Mister Sinister. Ici, sa fidélité à Logan prend une autre couleur : il le suit, le couvre, le comprend, mais il le voit aussi tel qu’il est, c’est-à-dire un homme capable de mentir à ses amis pour récupérer ses griffes en adamantium. Voilà qui pique un peu, hein. Pas de grand discours héroïque, pas de pose de monstre sacré. Juste un type qui sait qu’il a besoin de son métal pour redevenir lui-même, quitte à manipuler ceux qui l’entourent.
Le texte source insiste sur ce point : Wolverine a recruté une petite équipe liée à Weapon X en leur faisant croire que le programme reprenait. Sabretooth, Lady Deathstrike, Maverick et Garrison Kane ont tous une raison de haïr cette machine-là. Autant dire qu’il ne fallait pas être devin pour comprendre qu’ils n’allaient pas applaudir en découvrant la supercherie. Mais c’est précisément là que l’épisode devient intéressant : il ne présente pas Logan comme un héros pur, ni comme un salaud complet. Il le montre coincé entre deux pôles, noble et brutal, protecteur et manipulateur, animal et soldat. Le plus beau coup de griffe de l’épisode, c’est peut-être de rappeler que Wolverine n’a jamais été un gentil avec des poils : c’est une arme qui essaie de se prendre pour un homme.
Les griffes, la faute et le retour du métal
À la fin, le programme Weapon X se referme comme un piège à l’ancienne : le Brood est expulsé grâce à la connaissance du processus de liaison à l’adamantium, puis Logan retrouve ses griffes brillantes. Mais ce retour n’a rien d’un simple “ouf, tout est réparé”. Il a le goût très amer d’une victoire obtenue au prix d’un mensonge et de deux morts. Le texte source note que Maverick et Kane y passent, ce qui donne à l’affaire une gravité qu’on ne peut pas balayer d’un revers de scénario. On est loin de la petite aventure de milieu de saison. On est dans une méditation sur l’identité fabriquée, sur la violence intériorisée, sur cette idée que Logan ne sait plus très bien s’il choisit d’être une arme ou s’il n’a jamais appris à être autre chose.
La dernière conversation avec Morph est donc capitale. Quand celui-ci lui demande s’il n’est qu’“un animal avec des griffes”, la réponse de Logan, sèche et presque résignée, ferme la porte sur toute illusion de rédemption facile. Ce n’est pas un aveu de faiblesse, c’est pire : une acceptation. Et c’est là que X-Men ’97 devient plus malin que la moyenne des adaptations de super-héros. Elle ne traite pas Wolverine comme une attraction, mais comme un symptôme. Un symptôme de la franchise elle-même, d’ailleurs, toujours tentée de faire de ses figures les plus populaires des machines à tout absorber. Logan retrouve son adamantium, oui. Mais la série, elle, lui arrache surtout le confort du mythe.
On peut toujours regarder cet épisode comme un hommage bien fichu à Cameron, un clin d’œil de connaisseurs ou un joli morceau d’animation nerveuse. Mais il y a mieux à prendre : une histoire qui comprend que les griffes font du bruit parce qu’elles cachent un vide. Et ce vide, dans X-Men ’97, résonne encore longtemps après le générique. Pas mal pour un dessin animé de mutants, non ?
Bande-annonce VF de Aliens, le retour
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




