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    Nrmagazine » Rachel Zegler remet The Ballad of Songbirds and Snakes au centre du jeu sur Netflix
    Blog Entertainment 16 juillet 20266 Minutes de Lecture

    Rachel Zegler remet The Ballad of Songbirds and Snakes au centre du jeu sur Netflix

    Le prequel de Hunger Games revient en force, et Lucy Gray Baird n’a rien perdu de son mordant
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    Netflix adore recycler les monstres sacrés de la pop culture, mais parfois la machine tombe juste : The Hunger Games: The Ballad of Songbirds and Snakes s’offre un nouveau tour de piste, et Rachel Zegler y rappelle qu’un prequel peut avoir plus de nerf qu’une suite de trop.

    Sorti en 2023, réalisé par Francis Lawrence et adapté du roman de Suzanne Collins publié en 2020, ce long métrage de 157 minutes ne se contente pas de racoler les fans de la saga. Il remonte à la dixième édition des Hunger Games, bien avant Katniss Everdeen, pour observer la fabrique d’un tyran, Coriolanus Snow, incarné par Tom Blyth. En face, Rachel Zegler campe Lucy Gray Baird, tribu du District 12 et vraie force de gravité du film. Le budget de production, estimé autour de 100 millions de dollars, a confirmé que Lionsgate n’avait pas l’intention de traiter ce retour à Panem comme un petit produit de remplissage. Résultat : plus de 300 millions de dollars au box office mondial, une exploitation en salles solide, puis une seconde vie en streaming. Le genre de trajectoire que les studios adorent, évidemment, parce qu’elle fait tourner la poule aux œufs d’or sans trop poser de questions.

    Et si le film revient aujourd’hui dans le top Netflix, ce n’est pas seulement parce qu’il prépare le terrain pour Sunrise on the Reaping ; c’est surtout parce qu’il parle d’un monde où le spectacle, la propagande et la peur tiennent lieu de gouvernance.

    Panem, ou l’art de maquiller la matraque en show télévisé

    Dans l’économie de la saga Hunger Games, The Ballad of Songbirds and Snakes occupe une place un peu vicieuse, donc passionnante. Là où les films avec Jennifer Lawrence reposaient sur l’élan révolutionnaire de Katniss, ce prequel ausculte le moment où le système se durcit, se professionnalise et comprend qu’il peut transformer la violence en rituel national. On n’est plus dans la simple barbarie : on est dans la mise en scène de la barbarie. C’est là que le film devient plus qu’un produit de franchise. Il regarde la naissance d’un régime de l’image, un truc très contemporain, très sale, très efficace. Panem n’est pas un décor dystopique : c’est une mécanique de contrôle qui a compris l’intérêt du storytelling.

    Le retour du film sur Netflix fonctionne donc comme un petit test de résistance culturelle. On le regarde pour Rachel Zegler, pour la saga, pour réviser avant le prochain opus, certes. Mais on y revient aussi parce que l’histoire de Snow raconte l’ascension d’un pouvoir qui sait flairer les failles sociales, exploiter les humiliations et convertir la misère en spectacle rentable. Pas besoin de forcer le trait : Suzanne Collins a toujours écrit une dystopie qui regarde de travers les hiérarchies réelles, les classes sacrifiées, l’accès inégal aux ressources, la fabrication du consentement. Le film, lui, a l’intelligence de ne pas lisser ça. Il laisse la morsure intacte. Et ça, sur une plateforme, ça change des films qui sentent le produit d’appel à trois kilomètres.

    Rachel Zegler, la vraie secousse du Capitole

    Autre valeur sûre du film : Rachel Zegler. Depuis West Side Story de Steven Spielberg en 2021, elle traîne déjà une aura de révélation qui agace les grincheux et réjouit les autres, ce qui est souvent bon signe. Dans The Ballad of Songbirds and Snakes, elle ne joue pas seulement une chanteuse charismatique ; elle incarne une ligne de fuite. Lucy Gray Baird a cette ambiguïté délicieuse des personnages qui semblent danser au bord du gouffre tout en gardant le contrôle du tempo. Zegler y déploie une présence physique, vocale et émotionnelle qui donne au film son centre de gravité. Sans elle, on aurait un bon prequel. Avec elle, on a une figure qui aimante le récit et lui donne une pulsation presque folk, presque mythologique.

    Le film lui offre aussi un terrain idéal pour faire ce que les grandes stars savent faire quand le matériau suit : transformer une fonction narrative en présence mémorable. Lucy Gray n’est pas seulement la jeune femme qui trouble Snow ; elle rappelle que les récits de domination se fissurent toujours quand quelqu’un refuse de se laisser réduire à un rôle. C’est là que le film gagne en épaisseur. On ne regarde pas seulement la naissance d’un futur dictateur, on observe aussi l’émergence d’une survivante qui comprend les règles du jeu avant même qu’on les lui explique. Rachel Zegler ne “sauve” pas le film, elle lui donne son pouls. Nuance, et pas des moindres.

    Le retour du préquel qui a des dents

    Dans la plus pure tradition hollywoodienne, un prequel pourrait n’être qu’un tiroir de plus dans une franchise bien rangée. Ici, le pari est plus malin. The Ballad of Songbirds and Snakes ne cherche pas à singer les films initiaux ; il les contamine. Il montre comment un système de divertissement total peut glisser vers une forme de fascisme soft puis hard, avec la même fluidité qu’un studio qui change de stratégie marketing en cours de route. C’est précisément pour ça que le film tient si bien en streaming : il a cette capacité rare à se laisser revoir sans devenir tiède. On y repère des détails, des mécanismes, des glissements de pouvoir qui prennent aujourd’hui une résonance encore plus acide.

    Et puis il y a le plaisir très simple, presque coupable, de voir une saga populaire ne pas prendre ses spectateurs pour des buses. Le film sait qu’on comprend les enjeux, il sait qu’on a vu venir Snow, il sait qu’on connaît déjà la fin du personnage. Alors il déplace l’intérêt ailleurs : dans la fabrication de l’idéologie, dans la séduction du mal, dans la manière dont un système récompense ceux qui acceptent de jouer les petits chefs. C’est moins spectaculaire qu’un affrontement à l’arène, plus pervers aussi. Le vrai frisson, ici, n’est pas dans les flèches : il est dans la naissance d’un ordre.

    Au fond, si Netflix remet The Ballad of Songbirds and Snakes sous nos yeux au moment où Sunrise on the Reaping approche, c’est presque logique. La saga Hunger Games a toujours compris qu’une dystopie ne vaut que si elle gratte un peu le présent. Et quand une plateforme relance un film pareil, on ne regarde pas seulement un succès de catalogue : on regarde une machine à fantasmes qui sait encore mordre. Pas mal pour un prequel censé faire patienter, non ?

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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