Après deux saisons à faire monter la sauce comme un cuisinier trop content de lui, The Rings of Power s’apprête enfin à lâcher son gros morceau : la forge de l’Anneau unique. Oui, le vrai, le seul, celui qui aimante toute la mythologie de Tolkien comme un trou noir en pleine crise de pouvoir.
Depuis son lancement sur Prime Video en 2022, la série produite par Amazon a joué la carte du grand écart temporel, en compressant des siècles de légendes pour faire tenir l’ascension de Sauron dans un format télévisuel digeste. Un choix qui a parfois froissé les puristes, forcément, mais qui a aussi donné à la série un moteur dramatique très clair : retarder l’inévitable pour mieux le faire exploser au bon moment. D’après la révélation exclusive relayée par Empire, la saison 3, attendue plus tard en 2026, franchira enfin ce seuil. Patrick McKay, co-showrunner, l’a formulé sans détour dans les colonnes du magazine : « This is the season where Sauron makes the One Ring in the volcano. » Et là, on n’est plus dans le simple teasing. On entre dans le péché originel de toute la saga.
Autrement dit : la série quitte le terrain de l’installation pour entrer dans celui du mythe en train de se fabriquer sous nos yeux.
Le grand bain de lave
Ce qui est malin, dans cette bascule, c’est qu’elle donne enfin un visage concret à une menace longtemps diluée dans les masques, les identités empruntées et les faux-semblants. Sauron, incarné par Charlie Vickers, a passé deux saisons à se démultiplier en figures trompeuses, d’Annatar à Halbrand, comme si la série voulait d’abord tester notre patience avant de nous servir le plat principal. Là, fini les détours. Le personnage devient un vrai fer de lance dramatique, un monstre sacré en construction, et la série assume de le placer au centre du dispositif. Ce n’est pas rien : dans l’imaginaire de Tolkien, l’Anneau unique n’est pas un simple accessoire de fantasy, c’est la machine à fantasmes et à corruption qui reconfigure tout le reste.
Le plus intéressant, c’est que cette forge ne surgit pas dans un vide. La saison 1 avait déjà installé Mordor comme territoire de bascule, la saison 2 avait fait circuler son nom comme une menace diffuse à l’échelle de la Terre du Milieu. La saison 3, elle, semble vouloir refermer la boucle en montrant le cœur du réacteur. On passe du hors-champ à l’acte fondateur. Et ça, pour une série qui a souvent été accusée de trop différer ses enjeux, c’est presque une déclaration d’intention : on arrête de tourner autour du pot, on plonge la main dans la lave.
Barad-dûr, ou le chic du mal absolu
Les images dévoilées par Empire montrent Sauron installé sur un trône au sein de Barad-dûr, la forteresse noire qui deviendra l’un des lieux les plus iconiques du cinéma de fantasy grâce à Peter Jackson. Le détail n’est pas anodin : la série ne se contente pas de raconter une origine, elle travaille aussi sa propre filiation avec la trilogie The Lord of the Rings. On sait où tout cela mène. On connaît la silhouette de la tour, la géographie de la terre brûlée, la logique du pouvoir qui s’y cristallise. Du coup, la tension ne repose plus sur la surprise, mais sur la manière dont la série va faire coïncider sa version des événements avec l’imaginaire déjà gravé dans nos têtes.
Patrick McKay promet une saison « plus sombre » et « plus dangereuse », avec une formule qui a le mérite d’être claire : personne ne sera à l’abri. C’est aussi le moment où la série semble accepter ce qu’elle a longtemps retenu, à savoir qu’un récit sur Sauron doit cesser d’être un récit de préparation pour devenir un récit de domination. Dans le langage des studios, on appellerait ça une montée en puissance. Dans le langage de la Terre du Milieu, c’est juste le début des emmerdes à grande échelle.
Le budget du destin, version volcan
Depuis ses débuts, The Rings of Power joue dans la catégorie des mastodontes : Amazon a mis sur la table un budget gigantesque pour installer une franchise télévisuelle capable de rivaliser avec les plus grosses machines de l’histoire du streaming. Cette saison 3 s’inscrit donc dans une logique très hollywoodienne, presque brutale : il faut que chaque saison justifie son coût par un événement qui marque les esprits. La forge de l’Anneau unique coche toutes les cases. C’est un moment attendu, un pivot narratif, un symbole pop immédiatement lisible, et un cadeau empoisonné pour tous les personnages qui gravitent autour.
Le fait que McKay décrive une séquence comme la plus ambitieuse et la plus complexe techniquement jamais tournée par l’équipe en dit long sur la direction prise. On n’est pas seulement dans le prestige visuel, on est dans la démonstration de force. La série veut prouver qu’elle peut encore élargir son terrain de jeu sans perdre son cap. Reste à voir si cette débauche de moyens servira la tragédie ou si elle se contentera de faire du bruit. Mais sur le papier, le programme a de la gueule, et pas qu’un peu. Quand on fait entrer l’Anneau unique dans la danse, il faut que tout le reste tremble.
Le retour du roi des problèmes
Il y a aussi un petit plaisir méta à voir The Rings of Power s’attaquer à ce moment précis. Parce que l’Anneau, au fond, c’est l’objet qui résume toute la logique de la saga : pouvoir, obsession, transmission du mal, fascination pour ce qui détruit. En le montrant enfin en train d’être forgé, la série ne fait pas seulement avancer son intrigue, elle touche à la colonne vertébrale de l’œuvre de Tolkien. Et elle le fait à l’ère du streaming, dans un contexte où les grandes plateformes cherchent encore leur grand récit fédérateur, leur poule aux œufs d’or capable de durer plus de deux saisons sans s’essouffler.
La vraie question, désormais, n’est pas de savoir si l’événement aura lieu. On le sait déjà. La vraie question, c’est ce que la série fera de ce moment une fois la lave refroidie. Parce qu’entre l’icône et la scène, entre le mythe et sa fabrication, il y a souvent un gouffre. Et dans ce genre de gouffre, même les elfes marchent sur des œufs. Sauron a enfin son jouet préféré ; à la série de prouver qu’elle sait encore quoi en faire.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




