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    Nrmagazine » Landman et la malédiction des Emmy : Taylor Sheridan encore snobé
    Blog Entertainment 16 juillet 2026Mise à jour:16 juillet 20265 Minutes de Lecture

    Landman et la malédiction des Emmy : Taylor Sheridan encore snobé

    La série de Billy Bob Thornton avait tout pour casser la série noire. L’Académie a préféré regarder ailleurs, comme d’habitude.
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    On avait presque envie d’y croire : avec Landman, Taylor Sheridan semblait tenir sa meilleure cartouche pour faire enfin plier l’Académie des Emmy. Raté. La série portée par Billy Bob Thornton repart encore une fois avec les poches vides, et franchement, à ce stade, ce n’est plus une surprise, c’est une habitude.

    Depuis plusieurs années, Sheridan a bâti un empire télévisuel qui ferait pâlir plus d’un showrunner docile. Yellowstone, lancé en 2018, a transformé Paramount en machine à cash, au point de devenir un cas d’école de franchise télévisée à l’ancienne, avec ses préquelles 1883 et 1923, sans oublier Tulsa King et Lioness. Le bonhomme a beau être devenu l’un des auteurs les plus puissants de la télévision américaine, l’Académie continue de le regarder comme un cousin un peu trop bruyant au repas de famille. En 2026, même la campagne menée autour de Landman n’a rien changé : pas une nomination. Nada.

    Le paradoxe est délicieux, ou absurde, selon l’humeur. Sheridan n’a jamais été un écrivain de prestige au sens académique du terme, mais il a compris un truc que beaucoup de ses concurrents ont oublié : la télévision populaire n’est pas l’ennemie du grand drame. Chez lui, le mélodrame ne tue pas l’émotion, il la débride. Et c’est précisément ce mélange de soap opera, de naturalisme rugueux et de scènes à nu qui fait de Landman une série plus fine qu’elle n’en a l’air.

    Le pétrole, les larmes et le grand n’importe quoi

    Pour rappel, Landman suit Tommy Norris, homme de terrain dans l’industrie pétrolière du Texas occidental, incarné par un Billy Bob Thornton de 70 ans qui joue l’usure, la fatigue et le sarcasme comme d’autres enfilent un costume. Sur le papier, c’est une série sur l’or noir, les deals sales et la masculinité en surchauffe. En pratique, c’est aussi un festival de catastrophes : enlèvements par un cartel, arrangements avec un baron de la drogue, fils empêtré dans une affaire de meurtre, repas de famille qui dégénèrent en théâtre de guerre. Sheridan adore pousser ses personnages au bord du précipice, puis leur coller une scène de tendresse qui désamorce tout. C’est sa marque, son vice, son petit miracle.

    Et c’est là que l’Académie passe à côté du sujet. On a trop souvent résumé Sheridan à un fabricant de séries pour public conservateur, comme si son succès industriel suffisait à le disqualifier artistiquement. C’est un peu court. Oui, ses récits parlent à une Amérique des marges, des hommes cabossés, des territoires oubliés. Oui, son écriture aime les grands aplats, les conflits frontaux, les tirades qui sentent la poussière et l’essence. Mais dans le même mouvement, il sait écrire une scène de voiture entre un père et un fils avec une précision émotionnelle qui ferait fondre un bloc de granit. Le gars n’écrit pas seulement des embrouilles : il sait aussi faire monter les larmes sans forcer le trait.

    Affiche de Landman
    Affiche de Landman

    Emmy, mon amour, ou pas

    La mécanique des récompenses télévisées adore les œuvres qui affichent leurs intentions avec des gants blancs. Sheridan, lui, arrive avec des bottes pleines de boue. Depuis Yellowstone, son palmarès aux Emmy reste famélique : une seule nomination pour la série mère, en direction artistique, et quelques reconnaissances techniques pour 1883, 1923, Tulsa King ou Lioness. Autrement dit, l’Académie admet volontiers que ses équipes savent faire le boulot, mais refuse obstinément de considérer que l’écriture elle-même mérite le moindre ruban. C’est d’une élégance toute relative.

    Le cas Landman est d’autant plus piquant que la série semblait, cette année, réunir tous les critères du “bon candidat” : un acteur central déjà salué aux Golden Globes et aux Critics Choice, une saison qui a consolidé sa réputation, une campagne de visibilité bien huilée, et surtout une scène comme celle de Tommy et Cooper Norris, dans l’épisode Sins of the Father, où Sheridan suspend le cirque pour laisser parler la honte, l’amour et le ratage paternel. Billy Bob Thornton a raconté avoir versé de vraies larmes au tournage. On veut bien le croire. Quand Sheridan arrête de faire le malin, il sait encore toucher juste.

    Le grand malentendu Sheridan

    En réalité, le vrai problème est peut-être là : Sheridan est devenu trop gros pour être chic, trop rentable pour être pris au sérieux, trop populaire pour rentrer dans les cases de la respectabilité télévisuelle. Son empire est une poule aux œufs d’or pour Paramount, mais aussi une machine à fantasmes qui agace ceux qui confondent prestige et consensus. L’Académie adore se raconter qu’elle récompense la qualité ; dans les faits, elle récompense souvent ce qui ressemble déjà à ce qu’elle a l’habitude d’aimer. Sheridan, lui, continue de faire son cinéma à la télévision, avec ses excès, ses fulgurances, ses grosses ficelles et ses éclats de vérité. C’est parfois too much, oui. Mais c’est rarement vide.

    Alors non, Landman n’a pas brisé la malédiction. Et Sheridan n’a probablement pas perdu le sommeil pour ça, ce qui est presque la meilleure réponse possible. Il a déjà son public, ses chiffres, son territoire, son Olympe personnel. Les Emmy peuvent bien continuer à faire la fine bouche : on sait déjà qui a gagné la partie du côté des écrans, des abonnements et des discussions de fin de soirée. L’Académie a gardé ses statuettes, Sheridan garde le reste.

    Bande-annonce VF de Landman

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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