Christopher Nolan a aligné les têtes d’affiche comme on empile des cartes de collection, mais les premières réactions racontent autre chose : dans The Odyssey, le vrai coup de projecteur pourrait bien tomber sur Himesh Patel. Pas sur Matt Damon, pas sur Tom Holland, pas même sur l’armada de demi-dieux et de monstres sacrés réunis pour l’occasion. Voilà qui a au moins le mérite de faire respirer un peu le mythe.
Pour remettre les choses à leur place, The Odyssey arrive en salles américaines le 17 juillet 2026, avec une distribution qui tient du concours de prestige : Matt Damon en Ulysse, Anne Hathaway en Pénélope, Tom Holland en Télémaque, Zendaya en Athéna, Robert Pattinson en Antinoos, Lupita Nyong’o en Hélène de Troie et Clytemnestre, Charlize Theron en Calypso, Benny Safdie en Agamemnon, Jon Bernthal en Ménélas. Le film s’attaque à l’un des récits les plus balisés de la culture occidentale, ce retour à Ithaque après la guerre de Troie, avec ses dieux, ses prétendants et ses bêtes mythologiques. Sauf que, dans cette machine à fantasmes, le second couteau semble avoir sorti le plus beau sabre.
Himesh Patel, lui, n’est pas un inconnu tombé du ciel. Passé par le feuilleton EastEnders entre 2007 et 2016, révélé au grand public par Yesterday de Danny Boyle, puis nommé aux Emmy Awards pour Station Eleven, il a déjà prouvé qu’il savait occuper l’espace sans faire le mariole. Nolan l’avait d’ailleurs employé dans Tenet en 2020, mais ici on change d’échelle : Euryloque, frère par alliance et bras droit d’Ulysse, devient selon plusieurs réactions le véritable axe dramatique du film. Le genre de rôle qui transforme un “bon second” en centre de gravité.
Le héros, le bras droit et le petit grain de sable
Dans les commentaires relayés après les projections, un motif revient sans arrêt : Patel aurait beaucoup plus de temps d’écran que ce que la promotion laissait entendre. Et ce n’est pas un détail cosmétique. Dans une adaptation de L’Odyssée, le choix de donner du poids à Euryloque change la dynamique entière du récit. On ne regarde plus seulement un roi rentrer chez lui ; on observe aussi la fatigue, le doute, la loyauté qui craque par endroits. Bref, on passe du bronze poli à la chair qui tremble. Et ça, Nolan adore : les grandes architectures qui se fissurent de l’intérieur.
Une spectatrice citée sur X a dit avoir été surprise par l’importance de Patel dans le film, au point de le trouver presque aussi central que les stars les plus exposées. D’autres réactions vont dans le même sens, parlant d’un rôle “quasi co-titre” ou d’une présence qui “structure” le film. On peut toujours se méfier des emballements de sortie de salle, évidemment, mais quand plusieurs voix convergent, il y a souvent un noyau solide sous la mousse. Ici, ce noyau s’appelle Euryloque, et il semble offrir à Patel ce que les gros budgets réservent parfois à leurs acteurs les plus malins : un espace pour exister sans se faire avaler par le décor.

Le pari Nolan, ou comment faire du second rôle un aimant
En réalité, ce type de casting dit beaucoup de la méthode Nolan. Le cinéaste aime les structures où chaque pièce, même la plus discrète, doit tenir la charpente. Dans Oppenheimer comme dans Dunkirk, les ensembles ne servent pas seulement à faire joli sur l’affiche ; ils organisent le point de vue. Ici, en confiant à Patel un rôle apparemment secondaire mais dramatiquement décisif, Nolan semble rejouer son obsession favorite : déplacer le centre de gravité sans prévenir. Le spectaculaire n’est pas toujours là où l’affiche le promet.
Et puis il y a le plaisir très hollywoodien de voir un acteur longtemps cantonné aux marges prendre soudain la lumière. Patel n’a pas le profil du monstre sacré qu’on vend en gros plan sur les panneaux publicitaires, justement. Il a mieux : une présence, une précision, une manière de faire passer la tension sans forcer le trait. Dans une fresque de cette ampleur, c’est souvent ce genre de jeu qui sauve tout du grand barnum. Pas besoin de hurler pour exister quand on a le bon tempo.
Le mythe a bon dos, mais pas les figurants
Le plus amusant, c’est que cette réception critique et publique raconte aussi quelque chose du marché actuel. Les studios vendent encore les films à coups de stars interchangeables, mais le bouche-à-oreille s’accroche souvent à un détail plus précis, plus humain, plus imprévisible. Ici, ce détail, c’est Patel. Et si The Odyssey démarre avec un score critique impressionnant de 98 % sur Rotten Tomatoes, ce n’est pas seulement parce que Nolan sait fabriquer des cathédrales. C’est aussi parce qu’un acteur, placé au bon endroit, peut faire basculer la perception d’un blockbuster entier. Comme quoi, la poule aux œufs d’or n’est pas toujours celle qu’on avait mise au premier plan.
On attendra évidemment de voir le film en salles pour mesurer si ce statut de “co-lead caché” tient vraiment sur la durée, mais la tendance est déjà savoureuse : dans une adaptation où tout le monde regarde Ulysse, c’est peut-être son bras droit qui capte la lumière. Et franchement, tant mieux. Les épopées ont besoin de rois, oui. Elles ont surtout besoin de gens capables de leur rappeler qu’un grand récit tient parfois à un visage qu’on n’avait pas assez regardé.
Le plus beau coup de Nolan, pour l’instant, ce n’est peut-être pas d’avoir réuni tout l’Olympe, mais d’avoir laissé un acteur de l’ombre lui piquer la scène.
Bande-annonce VF de L'Odyssée
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




