Hollywood adore les retours de flamme, surtout quand ils sentent la comédie culte et la nostalgie rentable. Adam McKay vient justement de remettre Will Ferrell dans la conversation, en laissant entendre qu’un nouveau film commun n’a rien d’impossible.
Le sujet n’a rien d’anodin. McKay et Ferrell ont formé, pendant une bonne partie des années 2000, l’un des tandems les plus bankables de la comédie américaine : Anchorman en 2004, Talladega Nights: The Ballad of Ricky Bobby en 2006, Step Brothers en 2008. Trois succès, trois objets de culte, trois façons de transformer le mauvais goût en art de vivre. Puis la mécanique s’est grippée en 2019, avec la fin de leur collaboration créative et la dissolution de Gary Sanchez, leur société de production. Depuis, chacun trace sa route, McKay du côté des satires politiques et du grand spectacle de crise, Ferrell entre comédie d’auteur, projets plus dispersés et statut de demi-dieu du rire américain. Bref, on a assisté à une séparation qui ressemblait moins à une simple brouille qu’à un divorce de studio avec meubles partagés et rancœur polie.
Et voilà que McKay, en interview, souffle à nouveau sur les braises : un Talladega Nights 2 a bien existé dans les cartons, et l’idée de retravailler avec Ferrell ne lui ferme pas la porte au nez.
Ricky Bobby, ou le fantôme qui refuse de crever
Pour comprendre pourquoi cette histoire remue autant de monde, il faut se souvenir de ce qu’a été Talladega Nights dans le paysage comique des années 2000. Sorti en 2006, le film n’a pas seulement capitalisé sur le charisme absurde de Ferrell ; il a aussi cristallisé une manière très américaine de regarder le sport comme religion de la performance et du spectacle. McKay, qui n’était pas encore le chroniqueur du capitalisme en crise qu’on connaît depuis The Big Short ou Don’t Look Up, y installait déjà son goût pour la satire des mythologies nationales. La NASCAR, les drapeaux, la virilité en roue libre, la famille comme base arrière du délire : tout ça passait à la moulinette, sans jamais perdre le sens du gag. Le film a laissé derrière lui un personnage plus grand que le film lui-même, ce qui est souvent le signe qu’une franchise potentielle rôde dans l’ombre.

Le plus drôle, c’est que l’idée d’une suite n’a rien de farfelu sur le papier. Hollywood adore recycler ses poulains les plus dociles dès qu’un nom déclenche encore un réflexe pavlovien au box-office. Ferrell reste une marque, McKay une signature, et Ricky Bobby une machine à répliques que les fans citent encore comme si le temps n’avait pas de prise. Sauf que faire revenir un tel duo, ce n’est pas seulement ressortir une vieille combinaison de course du placard. Il faut retrouver l’équilibre entre l’improvisation féroce, l’écriture très cadrée et cette manière de pousser le ridicule jusqu’au bord du précipice sans tomber dedans. Pas simple. Et c’est précisément pour ça que ça donne envie.
La rupture de 2019, ce petit séisme qu’on a fait semblant d’oublier
La fin de leur partenariat en 2019 a laissé un goût bizarre, parce qu’elle a mis fin à une des alliances les plus fécondes de la comédie US contemporaine. Gary Sanchez n’était pas qu’un logo sur des génériques : c’était un atelier à fabriquer du chaos rentable. Quand la machine s’est arrêtée, chacun a récupéré son terrain de jeu. McKay a bifurqué vers une satire politique plus frontale, parfois brillante, parfois lourde comme un tank en fin de course. Ferrell, lui, a continué d’arpenter le territoire du clown tragique, avec cette capacité rare à rendre l’idiotie presque métaphysique. Leur séparation n’a pas tué leur héritage, mais elle a cassé un moteur que le cinéma comique américain n’a jamais vraiment remplacé.
Alors oui, McKay dit aujourd’hui qu’il est ouvert à une nouvelle collaboration. Et on veut bien le croire, parce que les grands duos de cinéma fonctionnent souvent comme des couples mal assortis : on les croit finis, puis un projet, une bonne idée ou un besoin de se prouver quelque chose les remet dans la même pièce. La vraie question, ce n’est même pas de savoir s’ils peuvent se reparler. C’est de savoir s’ils ont encore quelque chose à se dire qui ne sente pas le fan service ou la réunion d’anciens combattants. Un Talladega Nights 2 pourrait être une catastrophe de plus dans le cimetière des suites tardives. Ou alors le retour d’un duo qui sait encore transformer le ridicule en arme de précision. On croise les doigts, mais pas trop fort : à Hollywood, les retrouvailles finissent souvent en opération de maintenance.
En attendant, cette petite phrase de McKay suffit à relancer la machine à fantasmes. Et c’est déjà beaucoup, parce qu’entre deux franchises rincées et trois reboots sans âme, voir un vrai tandem comique redevenir un sujet, ça fait presque l’effet d’un plein d’essence dans une vieille bagnole de course. Pas sûr qu’elle gagne la prochaine épreuve. Mais au moins, elle redémarre.
Bande-annonce VF de Talladega Nights
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




