Paramount a trouvé un capitaine pour son nouveau G.I. Joe : Danny McBride. Oui, le gars de Eastbound & Down et The Righteous Gemstones va prendre le commandement d’une franchise militaire qui a longtemps oscillé entre jouet géant et machine à souvenirs.
Sur le papier, l’idée a de quoi faire lever un sourcil. Dans les faits, elle raconte très bien l’état du Hollywood de 2026 : les studios ne cherchent plus seulement des marques, ils cherchent des voix. Depuis la fin des années 2010, la logique des IP a pris le dessus sur presque tout le reste, avec des budgets de production qui s’envolent et des budgets marketing qui transforment chaque sortie en opération de siège. G.I. Joe, propriété de Paramount, reste l’un de ces noms capables de réveiller la machine, même après des résultats en salles inégaux pour les précédents opus de la saga, de G.I. Joe: The Rise of Cobra à G.I. Joe: Retaliation, sans oublier le détour plus discret par Snake Eyes.
Le choix de McBride n’est donc pas juste une pirouette de casting derrière la caméra. C’est un pari industriel. Le studio veut relancer une franchise, pas simplement empiler des figurines en CGI. Et McBride, lui, arrive avec autre chose qu’un CV de yes-man : une vraie culture pop, un goût prononcé pour les personnages excessifs, et une solide expérience dans le dosage des tons. Bref, on n’a pas affaire à un farceur parachuté là par accident, mais à un type qui sait très bien où il met les pieds.
Le plus drôle, c’est que ce choix a presque l’air logique quand on regarde sa filmographie de près.
Du rire au tir, sans perdre la boussole
On réduit souvent Danny McBride à son registre comique, ce qui est un peu court. Oui, il a bâti sa légende avec des antihéros aussi vulgaires que pathétiques, de Kenny Powers à Jesse Gemstone, en passant par Fred Simmons. Mais derrière la gaudriole, il y a une vraie science du rythme, du clash de tonalités, du personnage qui se prend pour un demi-dieu alors qu’il est surtout en train de se tirer une balle dans le pied. C’est précisément ce genre d’énergie qui peut faire du bien à G.I. Joe, franchise souvent coincée entre sérieux militaire et fantasme adolescent.
McBride n’est d’ailleurs pas un inconnu du genre. Il a coécrit Your Highness, délire de swords-and-sorcery qui assumait son goût pour le grotesque, et il a aussi prouvé avec la trilogie Halloween produite par Blumhouse qu’il savait naviguer dans un matériau culte sans le traiter comme une relique de musée. Le bonhomme n’a pas seulement des blagues dans sa besace ; il a une culture du genre, de ses codes et de ses pièges. Et ça, pour une franchise qui a souvent confondu gravité et épaisseur, c’est pas du luxe.
Le soldat, le jouet et le studio qui veut sa poule aux œufs d’or
Pour Paramount, l’enjeu est limpide. Le studio a besoin de franchises robustes, de ces locomotives capables de porter une exploitation en salles puis de nourrir la fenêtre de diffusion suivante, sans que la marque ne s’effrite au passage. G.I. Joe coche encore pas mal de cases : un imaginaire immédiatement identifiable, des personnages à la pelle, une mythologie assez souple pour accueillir du reboot, du spin off ou du grand ménage narratif. Et dans un marché où chaque mastodonte cherche sa poule aux œufs d’or, le nom reste précieux.
McBride a d’ailleurs expliqué dans le podcast Happy Sad Confused, de John Horowitz, qu’il avait grandi avec les dessins animés et les comics G.I. Joe, au point de les préférer à Star Wars quand il était gosse. Il a aussi raconté avoir d’abord imaginé un film centré sur les Dreadnoks, avant que Paramount ne l’oriente vers un reboot plus large. L’anecdote est savoureuse, parce qu’elle dit tout du rapport entre l’auteur et le studio : d’un côté, une envie de niche et de sale gosse ; de l’autre, la machine à fantasmes qui réclame un produit plus large, plus frontal, plus rentable. Hollywood adore les visions singulières, à condition qu’elles rapportent comme un blockbuster.
Springfield, COBRA et le sérieux qui gratte
Le détail le plus intéressant, c’est peut-être le ton annoncé par McBride. Pas de comédie ouverte, pas de pastiche en roue libre, mais une approche plus ancrée, plus directe. Il a évoqué un récit situé dans Springfield, cette ville du comic secrètement infiltrée par COBRA. Rien que ça, et on sent déjà le potentiel : un décor de carte postale américaine contaminé de l’intérieur, une petite communauté rongée par l’ennemi, et un terrain idéal pour faire cohabiter action, paranoïa et satire sans transformer le tout en sketch déguisé.
Ce n’est pas anodin venant de lui. The Righteous Gemstones, qu’il a en partie réalisé, lui a servi de laboratoire pour les séquences d’action autant que pour la gestion des ruptures de ton. McBride sait faire tenir ensemble le grotesque et le spectaculaire, le rire gras et la tension pure. C’est peut-être là que se joue la vraie promesse de ce G.I. Joe : non pas un film qui se moque de son matériau, mais un film qui le prend au sérieux sans l’embaumer. Le genre de ligne de crête où beaucoup se plantent, et où McBride pourrait bien faire des merveilles.
Les têtes d’affiche, le retour du fantôme et la petite musique du casting
Paramount n’a pas encore tout révélé sur le casting, mais McBride a laissé entendre que plusieurs noms sont déjà dans le viseur. Forcément, la rédaction s’est mise à rêver de retrouvailles, de caméos, de têtes connues qui viendraient remettre un peu de chair sur cette machine de guerre. Walton Goggins, par exemple, aurait une allure délicieuse dans cet univers, tant son sens du venin et de l’excès colle à ce genre de terrain. Et puis il y a Channing Tatum, qui a déjà porté Duke sur grand écran : le genre de retour qui ferait immédiatement lever les yeux au ciel des cyniques et applaudir les nostalgiques. Les deux camps, en général, finissent par acheter leur billet.
Mais le vrai sujet, au fond, n’est pas de savoir qui viendra saluer la caméra. C’est de voir si McBride peut transformer une marque brinquebalante en film d’aventure nerveux, drôle sans être potache, sérieux sans être plombé. Dans une industrie qui recycle ses mythes à la chaîne, il y a quelque chose d’assez réjouissant à voir un auteur venu de la comédie prendre le volant d’un jouet géant et tenter d’en faire autre chose qu’un simple produit dérivé. S’il réussit, G.I. Joe ne sera pas juste de retour : il aura enfin trouvé sa vraie voix.
Et ça, pour une franchise née dans les rayons des magasins de jouets, ce serait déjà une sacrée revanche.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




