103 minutes, un héros cabossé, un sport de niche et Apple TV qui tient enfin sa petite poule aux œufs d’or : The Dink n’a rien d’un mastodonte, mais la comédie de Josh Greenbaum s’est installée tout en haut des charts de la plateforme comme si de rien n’était. Et franchement, ce n’est pas si étonnant : à l’heure où les algorithmes nous vendent souvent du bruit, un film qui vise le sourire plutôt que la crise de rire peut faire un joli carton. Le plus drôle, c’est peut-être que ce succès dit autant de Jake Johnson que de l’appétit du public pour les comédies modestes, bien tenues, sans surpromesse marketing qui sent la colle fraîche.
Pour rappel, The Dink est réalisé par Josh Greenbaum, déjà passé par la case délire pop avec Barb and Star Go to Vista Del Mar en 2021, et écrit par Sean Clements, co-créateur du podcast Hollywood Handbook. Le film a atterri sur Apple TV après acquisition, puis a pris la tête des visionnages de la plateforme dès sa mise en ligne en juillet 2026, selon FlixPatrol. On parle donc d’un long métrage de 103 minutes, pas d’un blockbuster à 200 millions de dollars ni d’une franchise qui s’échine à passer le flambeau : juste une comédie sportive qui connaît son terrain et joue proprement. Et parfois, c’est largement suffisant pour rafler la mise.
Le vrai coup de force de The Dink, c’est de transformer un film de sport en petite machine à tendresse, sans se prendre pour le sauveur du cinéma adulte.
Du tennis dans le mur, du pickleball dans la figure
En apparence, le point de départ sent la structure classique à plein nez : Dustin Boyd, ancien prodige du tennis surnommé « The Hammer », se blesse au poignet, rate sa carrière et se retrouve à enseigner dans le country club de son père, joué par Ed Harris. Le père voit ça comme un échec, le fils comme une humiliation, et on sait déjà que le film va jouer la carte du gamin qui veut enfin être aimé. Sauf que Sean Clements injecte assez de malice dans le scénario pour éviter le ronron. Quand Dustin se blesse à nouveau après un tournoi censé décider de l’avenir du pickleball au club, son médecin, incarné par Ben Stiller, lui conseille justement de s’essayer à ce sport. Voilà notre héros contraint d’embrasser ce qu’il méprisait. Le genre de petit renversement qui fait tenir une comédie entière.
Le film repose alors sur une idée très simple, presque old school : l’apprentissage, la honte, la réhabilitation. Rien de révolutionnaire, mais une mécanique qui fonctionne parce qu’elle est tenue avec précision. Josh Greenbaum ne cherche pas l’esbroufe visuelle à la Barb and Star Go to Vista Del Mar ; il préfère la lisibilité, le tempo, le petit détail qui fait mouche. On n’est pas dans la démonstration, on est dans le bon dosage. Et dans le paysage des comédies américaines récentes, ça devient presque un acte de résistance.
Jake Johnson, ou l’art de perdre sans se faire plaindre
Si The Dink marche, c’est aussi parce que Jake Johnson y trouve un rôle taillé pour lui. Depuis New Girl, l’acteur a souvent incarné des types un peu paumés, drôles malgré eux, jamais tout à fait sûrs de leur place. Ici, il recycle cette vulnérabilité en l’amenant vers quelque chose de plus frontal : Dustin veut réussir, plaire à son père, sauver sa peau sociale, et il s’y prend comme un manche. C’est précisément là que Johnson est le meilleur. Il ne joue pas la réussite, il joue la gêne, le doute, la petite panique sous le sourire. Bref, il joue l’humain, ce qui n’est pas si courant dans les comédies calibrées à la chaîne.

Face à lui, Mary Steenburgen apporte cette aisance presque insolente qu’on lui connaît depuis des décennies. Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Melvin and Howard en 1980, elle a cette manière de faire exister un personnage sans forcer le trait, sans appuyer la réplique, sans faire la maligne. Sa Candace, récemment divorcée, devient le contrepoids idéal au garçon en crise. Leur duo fonctionne parce qu’il ne cherche pas à faire de l’étincelle à tout prix ; il laisse venir la complicité. Et ça, mine de rien, c’est souvent ce qui manque aux comédies romantiques déguisées en films de sport.
Le casting, ce petit club des gens qu’on aime bien
Autre valeur sûre : le casting secondaire. Aaron Chen, Chloe Fineman, Patton Oswalt, Cleo King, Lennon Parham, Chris Parnell, Lynne Marie Stewart… la liste ressemble à un bingo de visages familiers, mais des visages qui savent exactement comment faire respirer une scène. Ce n’est pas un alignement de têtes d’affiche venu sauver le soldat scénario ; c’est plutôt une équipe de soutien qui comprend la règle du jeu. Chacun apporte une nuance, un timing, une petite secousse comique. Rien de tapageur, tout de précis.
Et puis il y a Ben Stiller, en médecin qui conseille le pickleball à son patient. Le gag pourrait être purement fonctionnel, il devient presque un clin d’œil à la logique même du film : prendre au sérieux un sport que beaucoup regardent encore de haut, et en faire le moteur d’une reconquête intime. Le pickleball, ce ping-pong humanoïde comme le résume gentiment la source, sert ici de prétexte à autre chose : accepter de ne pas être le champion qu’on rêvait d’être. Le film ne vend pas la victoire, il vend la reprise de souffle.
Apple TV, l’anti-bruit qui fait du chiffre
Le succès de The Dink chez Apple TV n’est pas anodin. La plateforme a longtemps cherché son identité entre prestige, séries premium et films originaux parfois trop sages pour créer l’événement. Là, elle tient un objet plus modeste, mais plus immédiatement partageable. Une comédie de 103 minutes, avec un acteur identifié du grand public, un ton accessible et un bouche-à-oreille qui semble avoir pris. D’après FlixPatrol, le film domine les classements de visionnage depuis son arrivée en juillet 2026. On ne parle pas d’un raz-de-marée à la Ted Lasso, mais d’un vrai signal : le public du streaming n’a pas seulement envie de dystopies, de thrillers à twist ou de franchises en pilotage automatique. Il veut aussi des films qui réconfortent sans le dire trop fort.
Dans un marché saturé de contenus qui hurlent pour exister, The Dink gagne en chuchotant. C’est presque élégant, ce qui est rare, et un peu agaçant pour tous ceux qui pensent encore qu’une comédie doit faire trembler les murs pour mériter son ticket. Comme quoi, le bon vieux feel-good n’a pas dit son dernier mot.
Et si le vrai tour de force de Josh Greenbaum était là : avoir fabriqué un film assez modeste pour ne pas intimider, assez bien écrit pour tenir la distance, et assez attachant pour donner envie d’y retourner sans même s’en rendre compte ? On n’est pas obligé d’aimer le pickleball pour comprendre le truc. Mais il faut bien reconnaître que, parfois, le cinéma adore ces petits coups de raquette qui finissent en joli point gagnant.
Bande-annonce VF de Les Fous du pickleball
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




