À Hollywood, la poule aux œufs d’or finit toujours par se faire tordre le cou à force de vouloir la faire pondre plus vite. Avec Spider-Man: Brand New Day, Amy Pascal tente précisément d’éviter ce péché originel : refaire du héros de Tom Holland une attraction, pas une habitude.
Le sujet n’a rien d’anodin. Depuis la fermeture de la saga Infinity avec Avengers: Endgame en 2019, Marvel et ses satellites ont dû composer avec une fatigue super-héroïque de plus en plus audible, tandis que plusieurs grosses machines récentes ont mordu la poussière au box-office. Dans ce contexte, le retour de Spider-Man en solo, après No Way Home en 2021, ressemble moins à une simple suite qu’à un test de résistance pour Sony Pictures. Et quand on parle de Spider-Man, on parle d’un des derniers monstres sacrés encore capables de faire lever une salle entière sans qu’on lui colle dix caméos et trois multivers sur le dos.
La source de cette petite secousse vient d’un entretien d’Amy Pascal avec SFX Magazine, où la productrice explique que l’idée n’est plus de promettre une trilogie à l’avance, mais de travailler un film à la fois. Ce n’est pas qu’une formule de prudence, c’est une correction de trajectoire. Il y a quelques années encore, le discours officiel annonçait sans trembler un nouveau cycle de trois films avec Tom Holland. Aujourd’hui, le mot d’ordre est plus modeste, plus malin aussi : ne pas user le personnage jusqu’à la corde, ne pas le transformer en franchise automatique, bref ne pas tirer une balle dans le pied de la machine à fantasmes.
Le costume ne doit pas devenir un uniforme
Pascal insiste sur un point qui dit beaucoup de l’époque : il ne faut pas « exploiter » le même héros en boucle, sous peine de le rendre banal. Dit autrement, Spider-Man doit rester un événement, pas un rendez-vous mensuel avec la lassitude. On comprend l’idée. Le marché a changé, les spectateurs aussi, et le box-office mondial ne pardonne plus aussi facilement les suites fabriquées au kilomètre. Quand un studio possède un personnage aussi bankable, la tentation est grande de dérouler la franchise comme un tapis rouge sans fin. Sauf que le tapis finit par s’user, et le public le voit très bien.
Ce qui est intéressant, c’est que cette prudence n’empêche pas Sony de continuer à élargir le coin de toile. La stratégie passe aussi par d’autres branches de l’arbre arachnéen, avec la série Spider-Noir portée par Nicolas Cage et le très attendu Spider-Man: Beyond the Spider-Verse. Là encore, on sent la logique industrielle : diversifier sans saturer, multiplier les portes d’entrée sans transformer le héros en distributeur automatique de produits dérivés. Le vrai enjeu, ce n’est pas de faire plus de Spider-Man, c’est de faire en sorte que chaque apparition compte encore.

Une trilogie fantôme, et le fantôme du trop-plein
Le plus savoureux, dans cette petite musique de retenue, c’est qu’elle contredit frontalement le discours d’il y a cinq ans. À l’époque, la perspective d’une nouvelle trilogie semblait aller de soi, presque comme une loi naturelle du blockbuster moderne. Aujourd’hui, Amy Pascal préfère parler de vigilance, de sélection, de dosage. On ne va pas se mentir : c’est aussi la manière la plus élégante de dire que le marché n’a plus la même indulgence pour les plans quinquennaux déguisés en divertissement familial.
Et puis il y a Tom Holland, qui reste au centre du dispositif comme un funambule entre deux âges du personnage : l’adolescent Marvelisé à l’excès et le héros adulte qu’on commence à vouloir prendre au sérieux. C’est là que Brand New Day devient plus qu’un simple nouvel opus. Il doit prouver qu’un Spider-Man peut encore exister sans se noyer dans la surenchère, sans faire de l’univers étendu un prétexte à empiler les couches. Le film doit respirer, sinon il suffoque sous son propre masque.
La toile, oui, mais pas le filet
En réalité, cette nouvelle doctrine dit quelque chose de plus large sur l’industrie : les studios redécouvrent, à leurs dépens, qu’un personnage trop sollicité perd de sa magie. On l’a vu avec d’autres franchises, on le reverra sûrement encore, parce qu’Hollywood adore apprendre les leçons en retard. Amy Pascal, elle, choisit de temporiser. Pas par ascèse, évidemment, mais parce qu’un Spider-Man trop visible finit par devenir un bruit de fond. Et un bruit de fond, au cinéma, c’est la mort douce.
Spider-Man: Brand New Day sort en salles le 31 juillet 2026. D’ici là, Sony joue une partie serrée : garder le public affamé, ne pas le gaver, et surtout ne pas oublier qu’un bon blockbuster, parfois, c’est d’abord une question de retenue. Comme quoi, à Hollywood, le vrai super-pouvoir, ce n’est pas de tout montrer. C’est de savoir quand refermer le poing.
Bande-annonce VF de Spider-Man: Brand New Day
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




