Le monstre momifié de Lee Cronin change de cercueil : après les salles, le voilà qui s’invite sur HBO Max dès le 3 juillet. Une trajectoire bien dans l’air du temps pour un film d’horreur qui sait déjà que sa vraie vie commence souvent après le box-office.
Sorti en salles le 17 avril sous bannière New Line Cinema, The Mummy version Lee Cronin suit la logique désormais bien huilée des sorties contemporaines : un passage par l’exploitation en salles, puis une arrivée rapide sur une plateforme de streaming pour prolonger la circulation du titre. Rien de très mystérieux là-dedans, sinon la manière dont l’industrie recycle ses créatures gothiques en produits de fenêtre de diffusion. Le film, écrit et réalisé par Cronin, réunit Jack Reynor, Laia Costa, May Calamawy, Natalie Grace et Verónica Falcón. Pas exactement la galerie de monstres sacrés qu’on associe au mythe universel de la momie, mais justement : le projet semble miser moins sur le prestige patrimonial que sur l’efficacité d’un cinéma d’épouvante taillé pour l’ère des algorithmes.
Depuis quelques années, l’horreur est devenue la poule aux œufs d’or la plus fiable d’Hollywood. Budget souvent contenu, rendement élevé, fidélité d’un public qui ne demande pas qu’on lui tienne la main : le genre coche toutes les cases. Et quand un studio comme New Line Cinema, fer de lance historique du frisson rentable, s’empare d’une figure aussi balisée que la momie, on comprend vite l’équation. On ne vend pas seulement un monstre, on vend un retour de flamme patrimonial, un nom qui parle à tout le monde sans exiger un diplôme en égyptologie de série B. Le vrai sujet, ici, ce n’est pas la momie : c’est la manière dont Hollywood continue de la faire marcher, même en état de décomposition avancée.
Une sortie salle, puis le grand bain numérique
Le calendrier dit beaucoup de choses. Entre le 17 avril et le 3 juillet, il s’écoule moins de trois mois : assez pour tenter une vie en salles, pas assez pour laisser le film s’installer comme un long métrage de catalogue. Ce rythme, devenu presque standard pour une partie du cinéma de genre, traduit une réalité économique simple : l’exploitation en salles reste vitale pour l’image, mais le streaming récupère vite la mise, surtout quand le titre peut attirer à la fois les curieux, les amateurs de frisson et les chasseurs de nouveautés du samedi soir. On n’est plus dans l’époque où une créature pouvait hanter les écrans pendant des mois ; aujourd’hui, elle passe du grand écran au canapé avec une efficacité de comptable. Et franchement, ça a quelque chose de tristement comique.
Dans ce contexte, la présence de Lee Cronin n’est pas anodine. Le cinéaste irlandais s’est fait remarquer avec un goût certain pour l’angoisse organique et les espaces qui se referment sur leurs personnages. Le voir signer un film intitulé The Mummy, c’est presque un geste méta en soi : reprendre une icône du cinéma de studio pour la faire entrer dans un circuit industriel où l’ancien mythe doit désormais prouver sa capacité à générer du clic, du visionnage et, si possible, une petite suite derrière. La momie n’est plus seulement un revenant : c’est un test de rentabilité.

Jack Reynor et les autres, ou le casting contre le sable
Le casting aligne Jack Reynor, Laia Costa, May Calamawy, Natalie Grace et Verónica Falcón. Ce n’est pas un alignement de stars au sens classique du terme, et c’est précisément ce qui intrigue. Dans le cinéma de genre contemporain, les têtes d’affiche ne sont plus toujours les demi-dieux chargés de porter l’affiche à elles seules ; on préfère souvent des visages moins usés, plus perméables à la peur, plus disponibles pour l’identification. C’est une stratégie vieille comme le monde, mais remise au goût du jour par les plateformes : moins de culte, plus d’immersion.
Jack Reynor, qu’on a souvent vu dans des rôles où le corps encaisse avant la psychologie, semble taillé pour ce type de machine à fantasmes un peu sale, un peu physique, où l’on sue plus qu’on ne déclame. Laia Costa, elle, apporte une densité qui peut faire basculer un film d’horreur du simple divertissement vers quelque chose de plus nerveux, de plus tendu. Quant à May Calamawy et Verónica Falcón, leur présence dit aussi l’appétit des productions actuelles pour des distributions moins monolithiques, plus ouvertes, plus mondialisées. Rien de révolutionnaire, bien sûr. Mais dans un remake de mythe, chaque choix de casting raconte déjà une politique du genre.
Le vieux monstre, la nouvelle chaîne alimentaire
La momie, au cinéma, a toujours été un objet de recyclage. Des classiques Universal aux variations plus récentes, elle traverse les décennies comme un corps qu’on n’arrive jamais tout à fait à enterrer. Ce qui change avec Lee Cronin’s The Mummy, c’est moins la créature que son environnement industriel. On ne parle plus d’un monstre qui surgit d’un tombeau, mais d’un titre pensé pour circuler entre salle et plateforme, entre événement ponctuel et disponibilité immédiate. Le cinéma d’horreur a toujours aimé les retours de flamme ; l’économie actuelle, elle, adore les retours rapides.
Et c’est sans doute là que le film trouve sa vraie modernité. Pas dans la promesse d’un frisson inédit, ni dans l’illusion d’un grand retour des monstres antiques, mais dans sa capacité à incarner le cinéma de genre tel qu’il se fabrique aujourd’hui : vite, proprement, avec un œil sur la salle et l’autre sur l’abonnement mensuel. Le mythe, lui, continue de dormir debout. On le déterre, on le relance, on le stream. La momie, au fond, n’a jamais été aussi contemporaine.
Bande-annonce VF de La Momie
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




