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    Nrmagazine » Toy Story 5 prend la Chine d’assaut, Dear You grimpe à 272 millions
    Blog Entertainment 22 juin 20266 Minutes de Lecture

    Toy Story 5 prend la Chine d’assaut, Dear You grimpe à 272 millions

    Disney rafle la mise, mais le drame familial chinois continue de faire sa petite loi en salles
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    Disney a remis Toy Story 5 en tête du box-office chinois avec 17,8 millions de dollars sur le week-end du 19 au 21 juin. Pendant ce temps, Dear You continue de jouer les rouleaux compresseurs locaux et grimpe à 272 millions de dollars : la salle, en Chine, reste un terrain de duel très sérieux (et très rentable).

    Selon Variety, via les données d’Artisan Gateway, le cinquième opus de la saga Pixar a encaissé 121,2 millions de RMB, soit 17,8 millions de dollars, pour ses trois premiers jours d’exploitation. Un démarrage solide, sans être le grand raz-de-marée qu’un studio américain espère toujours quand il aligne une franchise aussi identifiée. En face, Dear You – drame familial produit par Jinant Film & TV – n’a pas besoin de lasers ni de jouets parlants pour continuer à remplir les caisses : huitième semaine, 11,3 millions de dollars supplémentaires, et un total local qui grimpe à 272 millions. La Chine adore les mastodontes, mais elle sait aussi faire durer ses propres machines à émotions.

    Le vrai sujet, ici, ce n’est pas seulement qui gagne le week-end : c’est la façon dont Hollywood et le cinéma chinois se disputent la même caisse, avec des armes très différentes.

    Jouets en tête, jouets aux dents

    En apparence, Toy Story 5 coche toutes les cases du retour triomphal : une marque ultra-identifiée, un capital nostalgie qui traverse les générations, et cette capacité presque insolente de Pixar à vendre de l’émotion sous cellophane. Sauf que la Chine n’est plus le tapis rouge automatique qu’elle a pu être pour les grands studios américains. Le marché local a mûri, s’est durci, et le box-office y obéit désormais à des logiques plus fines que le simple réflexe « gros logo = gros score ».

    Le lancement de Toy Story 5 à 17,8 millions de dollars reste donc un signal positif, mais pas un coup de tonnerre. Disney peut se féliciter d’avoir pris la pole, bien sûr. Mais on est loin du genre de démarrage qui fait trembler les tableurs de Burbank. Le film, réalisé par Andrew Stanton et coécrit avec une équipe Pixar fidèle à la maison, s’inscrit dans une stratégie de franchise très classique : capitaliser sur une IP qui a déjà fait ses preuves, plutôt que tenter une prise de risque artistique. Rien de neuf sous le soleil. Juste une très belle machine à fantasme.

    Et puis il y a la durée de vie en salles, ce vieux nerf de la guerre. Le box-office chinois n’aime pas seulement les entrées du premier week-end ; il adore aussi les films qui tiennent la distance. C’est là que Dear You met tout le monde d’accord. Huit semaines d’exploitation, 272 millions de dollars cumulés, et une résistance qui dit beaucoup de la puissance du bouche-à-oreille local. La poule aux œufs d’or n’a pas besoin de parler anglais pour pondre.

    Dear You fait sa loi, sans capes ni sabres laser

    Autre valeur : Dear You prouve qu’un drame familial bien calibré peut encore damer le pion à des machines hollywoodiennes bardées de budget marketing. Le film de Jinant Film & TV, porté par un casting local et une écriture pensée pour l’adhésion émotionnelle large, s’est installé dans le paysage comme un titre de confiance. Pas de grand effet de manche, pas de promesse de fin du monde. Juste un récit qui tient, semaine après semaine, et qui transforme la salle en rendez-vous régulier plutôt qu’en événement jetable.

    Ce succès n’a rien d’anecdotique. Il rappelle une évidence que les studios américains ont parfois tendance à oublier entre deux réunions sur le “global appeal” : le public chinois ne se contente pas d’importer des franchises, il consomme aussi ses propres récits avec une fidélité redoutable. Et quand un film local trouve le bon ton, la bonne émotion, le bon rythme d’exploitation, il peut s’installer durablement. Le box-office chinois ne récompense pas seulement la puissance d’une marque ; il récompense la durée, la précision et le flair.

    On notera au passage que cette hiérarchie du week-end dit quelque chose de l’état du marché mondial : les franchises américaines restent des fer de lance, mais elles ne dominent plus par réflexe. Elles doivent négocier sévère, même dans les territoires où leur hégémonie semblait acquise. C’est moins glorieux qu’avant, plus disputé, et franchement plus intéressant à regarder.

    Pixar, Disney et la vieille affaire du passage de relais

    Dans la plus pure tradition hollywoodienne, Toy Story 5 arrive avec son lot de questions implicites : comment prolonger une saga qui a déjà tout dit, ou presque ? Comment faire revenir des personnages devenus des demi-dieux du cinéma d’animation sans donner l’impression de les faire tourner en rond pour rentabiliser la marque ? Le film porte en lui ce péché originel des suites tardives : il doit à la fois rassurer et surprendre. Deux injonctions qui s’entendent mal, un peu comme deux producteurs dans la même pièce.

    Disney, de son côté, continue de miser sur la logique du passage de relais – ou plutôt de la transmission sous contrôle. On garde les jouets, on garde l’émotion, on garde la signature Pixar, mais on évite soigneusement la table rase. Ce n’est pas un reboot, pas un remake, pas même un vrai spin-off : c’est la continuation industrielle d’un mythe domestiqué. Et ça fonctionne encore, au moins assez pour prendre la tête d’un marché aussi stratégique que la Chine. Pas mal pour une bande de jouets qui refusent de mourir.

    Reste la question que tout le monde se pose en coulisses, celle qui fâche les comptables et excite les analystes : le public mondial a-t-il encore faim de ces suites-là, ou commence-t-il à sentir l’odeur du recyclage ? La réponse n’est pas tranchée, mais elle se lit déjà dans les écarts de performance entre territoires. Là où certains marchés avalent la franchise sans broncher, d’autres demandent un peu plus qu’un logo et trois clins d’œil. Et ça, pour les studios, c’est le début des ennuis.

    Toy Story 5 gagne le week-end, Dear You gagne le temps : dans cette bataille-là, le plus rentable n’est pas forcément le plus bruyant.

    Les jouets ont repris la main. La Chine, elle, garde le ticket de caisse.

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    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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