Ryan Gosling en Ghost Rider, c’est le genre d’annonce qui fait lever un sourcil, puis l’autre. Sur le papier, Marvel tient peut-être enfin un casting capable de rendre au personnage son côté cauchemar motorisé au lieu d’en faire un énième distributeur de punchlines.
À San Diego Comic-Con 2026, le studio a confirmé que Ryan Gosling porterait le crâne en flammes dans un long métrage réalisé par Shawn Levy, avec une sortie annoncée pour 2028. Le projet arrive au moment où Marvel cherche à rebattre ses cartes après une période où l’empilement de séries, de suites et de variantes multiverselles a parfois donné l’impression d’un univers étendu qui tournait à vide. Ghost Rider, lui, n’est pas un héros de lumière ni un bon camarade de blagues au coin du feu : c’est un personnage né dans les comics Marvel de 1972, créé par Gary Friedrich, Roy Thomas et Mike Ploog, au cœur de la vague horrifique du début des années 1970, quand l’éditeur s’autorisait enfin à flirter avec le macabre. D’ailleurs, le personnage a déjà eu droit à deux films avec Nicolas Cage, Ghost Rider et Ghost Rider: Spirit of Vengeance, tandis que Gabriel Luna incarnait Robbie Reyes dans Agents of S.H.I.E.L.D.. Bref, on n’est pas face à un inconnu, mais à une figure qui a trop souvent été tirée vers le grand guignol. Et c’est précisément là que Marvel peut se tirer une balle dans le pied.
Le vrai enjeu n’est pas de savoir si Gosling peut porter un blouson de cuir. Le vrai sujet, c’est de savoir si le film osera regarder Ghost Rider comme un personnage d’horreur, pas comme un super-héros qui a oublié d’éteindre la machine à vannes.
Le feu sacré, pas le feu d’artifice
En apparence, Ghost Rider pourrait ressembler à un simple véhicule de star, un de ces projets où le casting fait le boulot avant même que le scénario ait commencé à respirer. Sauf que le personnage a une matière bien plus sale, bien plus intéressante. Johnny Blaze, dans sa version la plus connue, vend son âme pour sauver son père adoptif d’un cancer, se retrouve lié au démon Zarathos et devient un justicier nocturne qui punit les coupables avec son fameux regard de pénitence. On est dans une logique de damnation, de châtiment, de culpabilité qui ronge tout. Pas dans une mécanique de répliques qui claquent pour faire oublier le vide. Si Marvel comprend ça, le film peut avoir du nerf. Sinon, on repart pour un tour de manège en plastique.
Le problème, c’est que le Marvel Cinematic Universe a pris l’habitude de faire de l’ironie son réflexe de survie. Une blague, un haussement d’épaules, et hop, la gravité émotionnelle est censée passer à la trappe. Or Ghost Rider a besoin de l’inverse : d’un personnage qui encaisse, qui serre les dents, qui laisse la violence intérieure contaminer le cadre. À ce titre, le film a tout intérêt à regarder du côté de Drive plutôt que du côté de Barbie. Oui, on sait, l’image est un peu cruelle pour les petits malins du studio, mais elle dit quelque chose de juste : Gosling est à son meilleur quand il joue des hommes fermés, presque glacés, dont la surface calme cache une mécanique de survie. Dans Drive, The Place Beyond the Pines ou Blade Runner 2049, il ne surjoue jamais l’émotion ; il la retient jusqu’à ce qu’elle devienne inquiétante. C’est cette tension-là qu’il faut injecter dans Ghost Rider.

Gosling, la tronche de bois et la braise
Autre valeur du casting : Ryan Gosling n’est pas seulement un acteur capable de faire rire. Il peut être hilarant, bien sûr, comme dans The Nice Guys ou Barbie, où il joue à fond la carte du type à côté de ses pompes. Mais cette plasticité-là n’est utile à Ghost Rider que si elle reste en sourdine. Le personnage n’a pas besoin d’un clown tragique ; il a besoin d’un homme qui porte sa malédiction comme une cicatrice ouverte. On imagine déjà la tentation du studio : glisser une ou deux saillies pour “alléger” le tout, histoire de ne pas faire peur au grand public. Mauvais calcul. Le public a déjà vu des dizaines de héros Marvel qui parlent trop. Un Ghost Rider qui bavarde, c’est un peu comme un film noir qui s’excuse d’être sombre. Ça casse tout.
Le choix de Shawn Levy ajoute une couche de curiosité. Le cinéaste a souvent travaillé sur des objets plus ludiques, plus grand public, plus volontiers taillés pour la connivence. Du coup, le projet peut soit devenir une belle collision de tons, soit un compromis un peu tiède. Et dans ce genre de cas, on sait très bien ce qui arrive quand le studio veut ménager la chèvre, le démon et la poule aux œufs d’or : on se retrouve avec un film qui veut être à la fois effrayant, drôle et rassurant, et qui finit par n’être rien de tout ça. Le péché originel de Marvel, ici, serait de croire qu’un crâne en feu suffit à faire frissonner.
Quand l’enfer demande du silence
Pour rappel, Ghost Rider n’est pas né dans la même famille que les héros les plus lisses de la maison Marvel. Le personnage appartient à une tradition plus sale, plus gothique, plus proche du comic d’horreur que du blockbuster de parc d’attractions. C’est ce qui le rapproche de Blade ou de Werewolf by Night, ces figures qui fonctionnent quand on accepte leur part de monstruosité. Le cinéma de super-héros a souvent tendance à lisser ses bords pour rester exportable, rentable, calibré. Mais si tout est lisse, plus rien ne mord. Et Ghost Rider doit mordre. Il doit sentir le soufre, la nuit, la route déserte, la faute impossible à effacer.
On peut même lire ce casting comme une petite blague métaphysique : Gosling, star souvent associée à une forme de mélancolie élégante, se retrouve propulsé dans un rôle où la douleur doit devenir spectacle. Sauf que le spectacle, ici, ne devrait pas être celui des effets numériques qui crament le cadre à chaque plan. Il devrait venir de la retenue, du vide dans le regard, de la sensation qu’un homme a déjà perdu la bataille avant même d’avoir démarré sa moto. C’est là que le film peut devenir intéressant, voire franchement beau dans son genre. Pas en empilant les clins d’œil, pas en faisant le malin, mais en assumant une tonalité de western infernal. En clair : moins de sourire, plus de braises.
Reste la question qui chatouille un peu : Marvel acceptera-t-il de laisser son nouveau Ghost Rider être une vraie créature de la nuit, ou le transformera-t-il en mascotte un peu trop polie pour faire peur ? On parie qu’à Hollywood, quelqu’un est déjà en train de demander si le crâne peut “faire plus fun”. Et là, honnêtement, on commence à transpirer.
Bande-annonce VF de Ghost Rider
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




