Mayday débarque sur Apple TV+ avec la promesse d’un buddy movie de guerre froide à l’ancienne, quelque part entre la cavale nerveuse et la nostalgie VHS. Sauf qu’à force de vouloir convoquer Midnight Run et Planes, Trains & Automobiles, le film de John Francis Daley et Jonathan Goldstein finit surtout par ressembler à un jouet très bien fabriqué, mais pas toujours très vivant.

Pour situer les deux bonshommes, Daley et Goldstein ne sont pas des touristes. Le duo a signé le scénario de Horrible Bosses en 2011, a remis le couvert avec Horrible Bosses 2, a participé à Cloudy with a Chance of Meatballs 2, a ressuscité la franchise Vacation, puis a pris un virage plus ambitieux en coécrivant Spider-Man: Homecoming pour le MCU. En 2018, ils passent derrière la caméra avec Game Night, comédie de mécanique très propre, puis reviennent avec Dungeons & Dragons: Honor Among Thieves, qui prouve qu’ils savent tenir un grand spectacle sans oublier les blagues. Ici, ils poussent le curseur vers le film d’aventure rétro, avec sortie en streaming le 4 septembre 2026 sur Apple TV+ et un Ryan Reynolds en pilote de l’US Navy projeté en 1987, en pleine tension Est-Ouest. Le genre de projet qui sent la machine à fantasmes, le VHS et le budget qui aime se faire remarquer.

La source de Slashfilm, signée Ethan Anderton, insiste sur un point : le film veut jouer la carte du buddy movie de fuite et de chaos, avec Reynolds coincé derrière les lignes soviétiques et Kenneth Branagh en ancien agent du KGB qui rêve d’Amérique comme d’un buffet à volonté. Le décor est assez savoureux sur le papier pour qu’on tende l’oreille : un SR-71 Blackbird, une parade du 1er mai, des trains, des missiles mobiles, des poursuites en pagaille. Bref, la panoplie complète du film qui veut faire croire qu’il a grandi dans les années 80, alors qu’il a surtout été conçu dans une époque qui adore recycler les mythologies d’hier. On est dans le rétro calibré, pas dans la madeleine de Proust artisanale.

Le Cold War, ce vieux costume qu’Hollywood adore ressortir

En apparence, Mayday coche toutes les cases du divertissement malin : un duo improbable, un ennemi d’État, des véhicules qui explosent et cette idée très américaine qu’une fuite en territoire hostile peut se transformer en comédie de caractère. Mais l’intérêt du film, au fond, tient surtout à sa manière de rejouer un vieux pacte hollywoodien. Dans les années 80, le buddy movie d’action servait à tout : vendre des stars, faire circuler de la testostérone, et transformer la géopolitique en terrain de jeu. Mayday reprend ce modèle au moment où le streaming cherche lui aussi sa poule aux œufs d’or, avec des films capables de faire cliquer sans demander au public de sortir de chez lui. Apple n’achète pas seulement un long métrage, elle achète un parfum de cinéma de salle, avec ses poursuites et ses répliques qui claquent. Le problème, c’est que le parfum ne suffit pas toujours à faire oublier la formule.

La critique d’Anderton pointe d’ailleurs un déséquilibre assez net : les séquences d’action l’emportent sur les gags. Et ce n’est pas un détail. Daley et Goldstein savent filmer le mouvement, faire glisser la caméra dans l’espace, donner du nerf à une porte qui s’ouvre ou à un couloir qui se referme. Mais quand la mécanique comique patine, le film se retrouve à faire le malin sans toujours faire rire. Le cinéma d’action peut masquer bien des faiblesses, pas toutes.

Reynolds, l’anti-Deadpool sous surveillance

Ryan Reynolds, lui, fait du Ryan Reynolds, mais en mode retenue relative. D’après la critique source, il balance juste ce qu’il faut de sarcasme et de commentaire en coin, sans se noyer dans le personnage de Deadpool qui a fini par coloniser une partie de sa persona publique. C’est plutôt intelligent, d’ailleurs : le film aurait eu tout à perdre à transformer Troy Kelly en clone bavard de Wade Wilson. Reynolds sait très bien vendre une vanne en gardant l’air de ne pas y toucher, et c’est précisément ce que demande ce type de production. Le souci, c’est que le scénario ne lui offre pas toujours la matière pour décoller. On a donc un acteur en contrôle, mais pas en feu. Ce qui, pour un film qui veut carburer à la tension et à la complicité, reste un peu dommage.

Affiche de Mayday
Affiche de Mayday

Face à lui, Kenneth Branagh surprend moins par sa présence que par son décalage. La source le juge mal ajusté à ce rôle de transfuge soviétique fasciné par l’Amérique, et on comprend pourquoi : l’acteur, monstre sacré du théâtre et du cinéma britannique, semble plus à l’aise dans l’efficacité physique que dans la comédie de contraste. Cela dit, le film lui donne aussi des scènes d’action où il devient crédible en ex-KGB méthodique, presque sec, presque brutal. Là, Branagh retrouve quelque chose de plus concret, de plus charnel. Comme quoi, même un casting bancal peut sauver quelques meubles quand les poings parlent mieux que les répliques.

Apple, la nostalgie en kit et le petit goût de déjà-vu

Le vrai sujet, peut-être, c’est moins Mayday que ce qu’il raconte de la stratégie des plateformes. Depuis quelques années, le streaming s’est mis à fabriquer des films qui ont l’air de vouloir ressusciter le grand spectacle de studio, mais avec une logique de consommation immédiate. On empile les références, on polit les effets visuels, on ajoute une star bankable, et on espère que la mayonnaise prenne. Ici, la source note que le film rappelle un mélange de Deadpool & Wolverine, The Adam Project et Red Notice, avec un vernis 80s en prime. Le diagnostic est sévère mais pas absurde : à force de viser la familiarité, le film risque de devenir une compilation de gestes déjà vus.

Et puis il y a cette question, toujours un peu gênante, de l’image numérique. Les scènes d’avion, les grands ensembles, la parade, tout cela semble visuellement plus lisse que réellement rugueux, alors que le film prétend aimer le cinéma d’action d’avant le tout-numérique. Après Top Gun: Maverick, difficile de faire passer des jets trop propres sans qu’on sente la couture. Le problème n’est pas l’ambition, c’est le manque de grain.

Le charme des survivants, ou l’art de tenir sans brûler

Ce qui sauve Mayday de la simple pièce montée, c’est sa capacité à rester divertissant par fragments. Une scène de dîner familial qui tourne au malaise, un placard où plusieurs personnages tentent de garder contenance dans un silence absurde, et voilà le film qui trouve enfin son tempo. Pas assez souvent, certes, mais assez pour qu’on ne le range pas dans la catégorie des ratés complets. La note de Slashfilm, 6 sur 10, dit bien ce statut intermédiaire : ni fiasco, ni révélation, juste un objet qui passe sans laisser une empreinte énorme sur le canapé. Et dans le catalogue d’Apple TV+, ce n’est déjà pas rien.

On peut aussi y voir une forme de méta-film involontaire : un récit de guerre froide qui parle, en creux, de la difficulté à faire revivre une époque sans la momifier. Daley et Goldstein connaissent les codes, les rythmes, les attentes. Ils savent construire une scène. Ils savent faire circuler l’énergie. Mais ici, la nostalgie ne mord pas assez. Elle glisse. Mayday veut rallumer la flamme des années 80 ; il se contente souvent d’en imiter la lumière.

Alors oui, on le regardera probablement comme on ouvre une vieille boîte à outils : avec curiosité, avec un peu de plaisir, et ce léger soupir qu’on réserve aux objets bien conçus mais pas franchement inoubliables. Après tout, tout le monde ne peut pas être Midnight Run. Et heureusement, sinon on serait condamnés à comparer chaque cavale au chef-d’œuvre du voisin. Ce serait d’un triste, non ?

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