Warner Bros ressort le grimoire de Practical Magic et espère, presque trente ans plus tard, transformer un petit naufrage commercial en joli sortilège de box-office. Sur le papier, l’idée sent le pari de casino ; en pratique, les voyants sont plutôt au vert.
Sorti en 1998, Practical Magic avait rapporté 68,3 millions de dollars dans le monde pour un budget annoncé à 75 millions. Autant dire que la rentabilité n’avait rien d’une promenade de santé, surtout à une époque où le studio misait encore sur des sorties salles capables de faire durer le bouche-à-oreille. Le film de Griffin Dunne a pourtant fini par s’installer dans une zone très particulière du cinéma américain : celle des œuvres qui n’ont pas gagné leur bataille initiale mais ont gagné la guerre du temps, du câble, de la vidéo et de la redécouverte. Le genre de cas qui fait grincer les tableurs et sourire les cinéphiles, vous voyez le tableau.
En 2026, Warner Bros tente donc le grand écart : relancer une marque qui n’a jamais été un mastodonte, mais qui a gardé un capital affectif assez solide pour justifier une suite. Le studio ne part pas de zéro, il part d’un souvenir. Et dans l’industrie actuelle, c’est déjà une petite mine d’or. Le vrai sujet, ce n’est pas seulement de faire revenir des sorcières à l’écran ; c’est de savoir si la nostalgie peut encore servir de moteur commercial sans se prendre les pieds dans son propre balai.
Le chaudron du passé, version 2026
À l’heure où Practical Magic 2 est annoncé avec une sortie en salles le 11 septembre 2026, les estimations de démarrage évoquées par Box Office Theory placent le film entre 40 et 54 millions de dollars sur son week-end d’ouverture aux États-Unis. Pour un opus né d’un long métrage qui n’avait pas fait sauter la banque, c’est une projection franchement costaud. Et ce n’est pas un hasard si Warner Bros insiste sur le retour de Nicole Kidman et Sandra Bullock : les deux actrices restent des têtes d’affiche capables d’aimanter plusieurs générations de spectateurs, sans parler du plaisir très concret de les revoir dans cet imaginaire-là.
Le film original avait beau être un semi-échec au box-office, il avait déjà un atout que beaucoup de franchises envient : une identité. Adapté du roman d’Alice Hoffman, ce mélange de drame familial, de romance et de surnaturel avait trouvé sa petite place à part dans le cinéma de studio de la fin des années 90. Pas assez spectaculaire pour devenir une machine à fantasmes planétaire, trop singulier pour disparaître complètement. Bref, un objet bancal mais tenace. Et c’est précisément ce genre de bancalité qui nourrit aujourd’hui les suites tardives. Hollywood adore les marques qui ont raté leur sortie mais pas leur rendez-vous avec la mémoire collective.

Les sœurs Owens passent à l’attaque
Dans Practical Magic 2, les sœurs Owens doivent affronter la malédiction obscure qui menace de défaire leur famille une bonne fois pour toutes. Rien de révolutionnaire, mais ce n’est pas ce qu’on demande à ce type de projet. On vient chercher un retour de ton, une chimie, une continuité affective. Susanne Bier, à la réalisation, hérite d’un matériau qui doit conjuguer héritage et relance, avec Joey King, Lee Pace, Maisie Williams, Xolo Maridueña et Solly McLeod au casting, sans oublier Dianne Wiest et Stockard Channing, de retour elles aussi. Evan Rachel Wood, elle, a laissé sa place à Joey King. Passer le flambeau, ou plutôt la baguette, voilà le vrai mouvement du film.
Ce qui intrigue, c’est la manière dont Warner Bros semble avoir compris qu’un préquel en série, un temps envisagé pour HBO Max, n’avait pas la même puissance de feu qu’un long métrage en salles. Le choix est logique : la sortie cinéma donne au projet une dimension d’événement, là où une série aurait dilué la nostalgie sur plusieurs épisodes. On n’est pas dans la même mécanique d’adhésion. Le grand écran reste, pour ce genre de retour, la meilleure façon de faire croire au miracle.
Une suite qui joue la carte du sort bien dosé
Le plus amusant, c’est que Practical Magic 2 arrive dans une période où le marché adore les retours de flamme générationnels. Le studio semble viser le bon mélange : un public qui a découvert le premier film à la fin des années 90, et un autre qui n’a pas connu l’original mais peut entrer par la porte du fantastique, du casting et de la saison d’Halloween qui approche. Dans cette équation, la comparaison la plus utile n’est peut-être pas celle d’un flop ressuscité, mais celle d’un film qui a su convertir une base sentimentale en phénomène plus large. On pense à It Ends With Us, cité par les observateurs du box-office comme point de comparaison possible, ou à A Star Is Born dans l’hypothèse d’une belle tenue sur la durée.
Évidemment, rien n’est gagné. Les suites tardives ont souvent le défaut de croire qu’un souvenir suffit à faire un film. Spoiler : non. Mais ici, l’opération a au moins une logique industrielle nette, presque rassurante dans sa brutalité. Warner Bros ne tente pas de fabriquer une franchise à partir de rien ; le studio capitalise sur un bien dormant, sur une affection diffuse, sur une icône pop qui n’a jamais cessé de circuler. Et dans un marché où chaque sortie doit choisir entre l’oubli et la surchauffe, ce n’est pas si idiot. Si le sort fonctionne, Practical Magic 2 pourrait bien faire plus en un week-end que son aîné en toute sa carrière. Pas banal. Pas très hollywoodien non plus. Justement, c’est pour ça qu’on regarde.
Rendez-vous en salles le 11 septembre 2026, date à laquelle on saura si les Owens ont encore un peu de poudre dans les poches ou si Warner Bros a simplement remué un vieux chaudron pour le plaisir du fumet. À ce stade, on parie surtout sur une chose : quand Nicole Kidman et Sandra Bullock reviennent ensemble, le box-office a intérêt à suivre le rythme.
Bande-annonce VF de Les Ensorceleuses 2
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




