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    Nrmagazine » Enola Holmes 3 : Millie Bobby Brown grandit enfin
    Blog Entertainment 1 juillet 20265 Minutes de Lecture

    Enola Holmes 3 : Millie Bobby Brown grandit enfin

    Philip Barantini secoue la franchise Netflix et donne à Enola un vrai relief de jeune femme, pas juste de détective en bottes
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    Netflix remet Enola Holmes sur le tapis rouge du mystère, et cette fois la petite sœur de Sherlock n’a plus tout à fait l’âge des pirouettes de cour de récré. Sous la direction de Philip Barantini, Enola Holmes 3 promet de troquer le charme juvénile contre quelque chose de plus nerveux, plus frontal, plus adulte. Bref, on n’est plus dans la promenade en lande anglaise avec thé fumant et clin d’œil complice.

    À l’échelle du streaming, la franchise a fait son petit bonhomme de chemin sans faire de bruit de bottes. Le premier Enola Holmes, sorti en 2020 sur Netflix, avait profité du confinement et d’un casting qui coche toutes les cases du produit calibré mais pas totalement sans âme : Millie Bobby Brown en tête d’affiche, Henry Cavill en Sherlock, Helena Bonham Carter en mère insaisissable, et une promesse de saga familiale à la fois accessible et vaguement rebelle. Le deuxième opus, en 2022, a confirmé que la plateforme tenait là une poule aux œufs d’or modeste mais fiable, capable de nourrir l’algorithme avec du costume, de l’aventure et un soupçon de féminisme de vitrine. Rien de honteux, mais rien de révolutionnaire non plus. La vraie question, c’est toujours la même : comment faire grandir un personnage né pour séduire les ados sans lui faire perdre sa petite étincelle ?

    Le choix de Philip Barantini n’a rien d’anodin. Le réalisateur de Adolescence a montré qu’il savait capter les tensions à hauteur de peau, les visages qui se fissurent, les corps qui encaissent. On est loin du simple artisan chargé d’aligner des séquences d’enquête comme des perles sur un collier. Dans sa manière de filmer la pression sociale et les rapports de force, Barantini apporte à la franchise un peu de gravité, voire une forme de rugosité bienvenue. Et ça, franchement, on ne va pas faire semblant de bouder notre plaisir.

    La petite sœur sort du grenier

    Enola a toujours été un personnage de passage entre deux mondes : trop jeune pour les codes rigides de l’Angleterre victorienne, trop débrouillarde pour rester dans le rôle qu’on lui assigne. Dans les deux premiers films, cette position d’écart faisait le sel du projet. Mais à force de jouer la malice et l’esquive, le personnage risquait de tourner en rond. Enola Holmes 3 semble donc prendre le problème à bras-le-corps : l’héroïne n’est plus seulement une gamine qui défie les convenances, elle devient une jeune femme qui doit composer avec ce que grandir veut dire. Pas très glamour, certes. Mais beaucoup plus intéressant.

    Ce déplacement est capital, parce qu’il touche au péché originel de toutes les franchises centrées sur des personnages adolescents : soit elles refusent obstinément le temps qui passe, soit elles se ridiculisent à vouloir faire semblant de ne pas le voir. Netflix, pour une fois, semble avoir compris qu’il fallait passer le flambeau à l’âge adulte sans casser le jouet. Le film gagne donc à se salir un peu les mains.

    Affiche de Enola Holmes 3
    Affiche de Enola Holmes 3

    Philip Barantini, le coup de balai dans la vitrine

    Barantini n’est pas là pour repeindre la franchise en rose bonbon. Son cinéma, même quand il travaille pour une machine industrielle, garde une obsession pour l’immersion et la tension continue. Dans Enola Holmes 3, cela peut vouloir dire des scènes moins décoratives, des dialogues moins sucrés, une mise en scène qui accepte de laisser respirer le doute. On imagine sans mal que le film cherche à faire exister l’enquête comme un vrai terrain de friction, pas comme un prétexte à enchaîner des déguisements et des répliques malicieuses.

    Et puis il y a Millie Bobby Brown. L’actrice n’est plus la gamine sidérante de Stranger Things ; elle est devenue, à force de franchises et de têtes d’affiche, une figure industrielle à part entière. Elle connaît la mécanique des grands produits Netflix, les attentes du public, la pression du “toujours plus”. Dans Enola Holmes 3, son enjeu n’est donc pas seulement de jouer une détective, mais de négocier sa propre image. C’est là que le film peut devenir méta sans forcer : une actrice qui a grandi sous les projecteurs incarne une héroïne qui refuse d’être figée dans l’enfance. Le miroir est un peu trop bien poli pour être innocent.

    Sherlock en coulisses, Enola au premier plan

    La saga a toujours joué avec l’ombre portée de Sherlock Holmes, ce monstre sacré de la culture populaire. Mais la vraie astuce d’Enola Holmes, depuis le départ, consiste à ne pas se contenter d’un spin off parasite. Enola n’est pas là pour faire de la figuration autour du grand frère. Elle existe parce qu’elle déplace le centre de gravité du mythe, en injectant une énergie plus souple, plus contemporaine, plus mobile. Si le troisième film pousse cette logique jusqu’au bout, il peut enfin cesser d’être “le dérivé sympathique” pour devenir une franchise avec sa propre colonne vertébrale.

    Reste la grande affaire des suites Netflix : comment éviter l’effet machine à fantasmes qui tourne à vide ? Le streaming adore les sagas parce qu’elles fidélisent, rassurent, prolongent. Mais il a aussi cette manie de lisser tout ce qu’il touche, comme si la plateforme craignait qu’un peu de rugosité fasse fuir l’abonné. D’où l’intérêt d’un cinéaste comme Barantini, capable de remettre un peu de nerf là où le système voudrait parfois du velours. Si Enola Holmes 3 tient ses promesses, ce ne sera pas parce qu’il aligne les indices, mais parce qu’il accepte enfin que son héroïne cesse d’être une promesse et devienne un personnage.

    On verra bien si Netflix a eu le courage de laisser sa petite détective devenir autre chose qu’un argument de catalogue. Après tout, grandir, c’est aussi ça : perdre un peu de confort pour gagner en tension. Et dans une franchise, c’est presque un acte de sabotage. Pas mal, pour une fille qu’on croyait encore coincée dans une chambre d’ado.

    Bande-annonce VF de Enola Holmes 3

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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