Hollywood adore les héritiers, mais il aime encore plus les inconnus qui ont déjà l’air de tenir la route. Avec David Jonsson, Ryan Coogler ne choisit pas juste un visage neuf pour Black Panther 3 : il mise sur un acteur qui a déjà prouvé qu’il savait encaisser la pression, tenir une scène et faire exister un personnage sans le surligner au stabilo.

Le contexte, lui, est assez savoureux. Lors du San Diego Comic-Con 2026, Ryan Coogler a annoncé que David Jonsson rejoignait Black Panther 3, attendu pour décembre 2028, dans le rôle du fils secret de T’Challa, lui aussi nommé T’Challa. Le détail n’est pas anodin : après la disparition de Chadwick Boseman en 2020, la franchise marche sur une ligne de crête, entre transmission, mémoire et risque de faux pas. Coogler, qui a décroché son premier Oscar en 2026 pour Sinners, ne joue pas la carte du clinquant facile. Il choisit un acteur encore jeune, britannique, pas encore écrasé par la célébrité, mais déjà repéré dans des rôles où il fallait autre chose qu’un joli sourire et une armure bien repassée. Bref, le MCU ne recrute pas un figurant de luxe, il passe le flambeau à un vrai tempérament.

Et c’est là que The Long Walk entre dans la danse, avec ses airs de marche funèbre déguisée en dystopie. Sorti en 2025, le film adapte l’un des textes les plus féroces de Stephen King : une compétition mortelle où des adolescents doivent avancer sans s’arrêter, sous peine d’être abattus. David Jonsson y incarne Pete McVries, face à Cooper Hoffman, et le film tient moins du simple survival que du drame d’amitié sous haute tension. Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la dureté du dispositif, c’est la façon dont Jonsson fait respirer le personnage au milieu du cauchemar. Il ne force jamais l’effet. Il laisse venir l’émotion. Et dans un film pareil, c’est presque un acte de résistance. Quand tout le monde court vers la sortie, lui trouve encore le moyen d’habiter le cadre.

Un visage qui ne demande pas la permission

À ce stade, on comprend pourquoi Coogler a pu voir en Jonsson autre chose qu’un simple rookie prometteur. L’acteur a cette qualité rare, presque anti-hollywoodienne : il ne cherche pas à écraser l’image, il la travaille de l’intérieur. Dans Industry, la série HBO créée par Mickey Down et Konrad Kay, il joue Augustus “Gus” Sackey, jeune prodige d’une banque londonienne, brillant, queer, socialement dissonant dans un milieu qui adore les codes virils et les dents serrées. Là encore, Jonsson ne surjoue pas la différence ; il la rend palpable, ce qui est bien plus élégant que de venir faire le paon sur le parquet de Pierpoint & Co. C’est le genre d’acteur qui gagne en profondeur à mesure que les autres se contentent de faire du bruit.

Affiche de Marche ou crève
Affiche de Marche ou crève

Le plus intéressant, c’est peut-être la manière dont ses rôles dessinent déjà une trajectoire méta. Dans Industry, il incarne un jeune homme surdoué qui tente de survivre à une machine financière déshumanisante. Dans The Long Walk, il joue un adolescent confronté à une mécanique de mort absurde. Et dans Black Panther 3, il héritera d’un personnage chargé d’un poids symbolique énorme, à la fois familial, politique et mythologique. On passe d’un système à l’autre, mais la question reste la même : comment un individu tient-il debout dans un monde qui veut le réduire à une fonction ? Voilà le vrai moteur de son casting. Pas la simple diversité de façade, le vieux cache-misère des studios, mais une cohérence d’interprétation. Jonsson n’est pas là pour remplir une case, il est là pour compliquer la machine.

Le King, le royaume et la suite des opérations

Il faut aussi dire un mot de The Long Walk lui-même, parce que le film sert de carte de visite idéale. Les adaptations de Stephen King ont toujours eu cette drôle de double vie : certaines deviennent des classiques immédiats, d’autres des objets de culte, d’autres encore des machines à déception. Ici, on est plutôt du côté des belles surprises. Le film repose sur une tension simple mais cruelle, et Jonsson y trouve un espace pour jouer l’amitié, la fatigue, la peur et cette forme de tendresse qui surgit au bord du gouffre. Ce n’est pas spectaculaire au sens pyrotechnique du terme. C’est mieux que ça. C’est du jeu qui laisse des traces.

Et puis il y a Rye Lane et Alien: Romulus, autres jalons d’une filmographie déjà plus solide qu’on ne le dit parfois. On n’est pas face à une star fabriquée à la chaîne, mais à un acteur qui avance par paliers, en choisissant des projets où il peut vraiment faire quelque chose. Dans une industrie qui adore les têtes d’affiche mais se méfie des personnalités trop marquées, Jonsson a l’air d’avoir trouvé la bonne fréquence : assez singulier pour marquer, assez souple pour passer d’un drame social à un blockbuster de super-héros sans se faire avaler. Pas mal, non ?

Reste la vraie question, celle qui chatouille toujours un peu quand Marvel sort le grand jeu : est-ce qu’un acteur peut encore surprendre dans une franchise devenue une usine à mythologie ? Avec David Jonsson, on a envie de répondre oui, justement parce qu’il ne joue pas la surprise. Il joue la tenue, la nuance, la présence. Et dans ce cirque-là, c’est presque une révolution. Le royaume de Wakanda n’a peut-être pas trouvé son sauveur, mais il a clairement trouvé un acteur qui sait déjà marcher droit.

Bande-annonce VF de Marche ou crève

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