À la télévision américaine, certains visages finissent par devenir des meubles. Pas des stars de tapis rouge, non : des présences si bien installées qu’on jurerait les avoir vues dans trois vies différentes. Josh Segarra est de ceux-là, et Best Medicine remet son nom au centre du jeu.

Depuis son lancement sur Fox en janvier 2026, Best Medicine a confirmé que la télévision linéaire n’avait pas encore rendu les armes, malgré le grand cirque du streaming qui voulait la reléguer au rang de relique de salon. La série, adaptation du britannique Doc Martin diffusé sur dix saisons et 79 épisodes, s’inscrit dans cette tradition très américaine du médecin débarqué dans une petite communauté où tout le monde a un secret, un problème ou une dent contre le voisin. Josh Charles y incarne Dr. Martin Best, chirurgien citadin contraint de se reconvertir en généraliste dans le Maine après une phobie du sang. Et autour de lui gravite Mark Mylow, shérif local au look de permanent en vacances, joué par Josh Segarra. Le genre de rôle secondaire qui, dans une bonne série, finit par prendre de l’air et du relief. Et c’est là que le visage de Segarra déclenche ce petit déclic familier, celui du “mais oui, bien sûr, lui !”.

Le phénomène n’a rien d’un hasard. Josh Segarra traîne derrière lui une filmographie télévisuelle qui l’a installé dans plusieurs coins du petit écran, du polar de chaîne aux super-héros en spandex, en passant par la comédie et le soap judiciaire. Sa première apparition remonte à Vampire Bats en 2005, téléfilm d’aventure horrifique avec Lucy Lawless, puis il se fait vraiment remarquer avec Sirens en 2014, où son rôle gagne suffisamment d’épaisseur pour le faire passer du récurrent au régulier. À partir de là, l’acteur devient ce qu’Hollywood adore et sous-estime à la fois : un second couteau de luxe, capable de tenir une scène sans voler la lumière au point de casser l’équilibre. Le mec a ce don rare d’être immédiatement reconnaissable sans jamais donner l’impression de faire le mariole.

Le super-héros du mardi soir

Pour comprendre pourquoi Mark Mylow semble familier, il faut surtout passer par Arrow. En 2016, Segarra rejoint la saison 5 de la série du CW dans le rôle d’Adrian Chase, nouveau procureur de Star City qui se révèle être Prometheus, l’antagoniste masqué de la saison. Pas juste un méchant de service : un vrai moteur dramatique, avec cette élégance sadique propre aux bons adversaires de séries super-héroïques. Il reviendra ensuite brièvement en saison 6, puis dans la saison 8 via une version d’univers alternatif. Bref, un personnage qui a laissé une trace, et pas seulement parce que la série faisait partie de l’ossature télévisuelle des années 2010. Arrow a servi de pépinière à toute une génération d’acteurs devenus familiers du public sans passer par la case “monstre sacré”. Segarra y a gagné ce capital de reconnaissance qui colle à la peau. Quand on l’aperçoit dans Best Medicine, on ne découvre pas un inconnu : on retrouve un visage déjà passé par le masque.

Le costume, le badge et le petit supplément d’âme

Autre valeur sûre de son parcours : sa capacité à naviguer entre les registres. Après Orange Is the New Black, The Other Two et FBI, il rejoint She-Hulk: Attorney at Law chez Disney+, où il joue Augustus “Pug” Pugliese, membre du cabinet juridique de Jennifer Walters. Là encore, Segarra n’est pas là pour faire de la figuration décorative. Il apporte une énergie de soutien, un sens du timing, une manière de rendre crédible un personnage qui pourrait, sur le papier, n’être qu’un rouage de plus dans la machine Marvel. C’est précisément ce genre d’acteur que les séries aiment recycler : quelqu’un qui sait tenir le cadre, faire respirer une scène, et ne pas transformer chaque réplique en concours d’ego. Dans une industrie obsédée par les têtes d’affiche, Segarra rappelle qu’un bon visage de série vaut parfois mieux qu’un gros nom mal employé.

Au cinéma aussi, il a croisé des projets qui ont alimenté cette impression de déjà-vu, avec Trainwreck de Judd Apatow, Scream IV et plus récemment Friendship d’Andrew DeYoung. Ce n’est pas une carrière construite sur le grand geste spectaculaire, mais sur une circulation constante entre genres, formats et époques de la télévision américaine. Et c’est peut-être ça, la vraie clé de Best Medicine : Mark Mylow fonctionne parce qu’il s’appuie sur un acteur déjà identifié par le public comme un type capable d’être à la fois sympa, ambigu, drôle et un peu plus profond qu’il n’en a l’air. Le shérif khaki de Port Wenn n’a pas besoin d’en faire des caisses. Segarra, lui, fait le reste. Le résultat, c’est un personnage qui semble avoir toujours existé dans la série, alors qu’il arrive avec toute une mémoire télé dans les poches.

Et c’est sans doute pour ça qu’on le reconnaît si vite : pas parce qu’il ressemble à un autre, mais parce qu’il a déjà traversé assez de mondes pour qu’on ait l’impression de l’avoir croisé partout. La télé adore ce genre de fantôme bien vivant. Et franchement, on aurait tort de s’en plaindre.

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