Lanterns n’a rien du space opera qui fait péter des planètes à la chaîne : la série DC préfère la poussière, les cadavres et les regards qui se ferment. Et au milieu de ce polar cosmique, elle glisse un lien avec No Country for Old Men qui vaut mieux qu’un simple clin d’œil de casting.
La série lancée sur HBO Max s’inscrit dans la nouvelle architecture du DC Universe, avec une promesse assez claire : moins de pyrotechnie, plus de malaise. On y suit John Stewart, incarné par Aaron Pierre, et Hal Jordan, joué par Kyle Chandler, deux Green Lantern embarqués dans une enquête criminelle sur fond d’Amérique profonde. Kelly Macdonald campe la shérif Kerry Kane, tandis que Garret Dillahunt prête ses traits à Will Macon. Et si l’on regarde de près, ce petit monde raconte déjà quelque chose de la stratégie DC : prendre un mythe de super-héros et le tordre vers le néo-western, comme si True Detective avait avalé un anneau de pouvoir. Pas très propre, mais plutôt malin.
Le détail qui amuse l’équipe de la rédaction, c’est que Macdonald et Dillahunt se retrouvent ici après avoir partagé l’écran dans No Country for Old Men des frères Coen, sorti en 2007. À l’époque, le film adapté de Cormac McCarthy raflait l’Oscar du meilleur film et s’imposait comme un monstre sacré du western moderne, avec ses 2h02 de tension sèche et son box-office mondial d’environ 171 millions de dollars pour un budget de production estimé à 25 millions. Autant dire qu’on n’était pas dans le petit film d’auteur qui tousse dans un coin. Le vrai gag, c’est que Lanterns recycle cette mémoire-là sans la crier sur les toits : le casting fait le pont entre deux récits de loi, de frontière et de violence contenue.
En apparence, le lien pourrait sembler anecdotique. En réalité, il dit beaucoup de la série. Kelly Macdonald a changé de camp : dans No Country for Old Men, elle incarnait Carla Jean Moss, épouse prise dans la spirale du chaos ; dans Lanterns, elle devient une shérif, donc une figure d’autorité, de contrôle, de regard sur le territoire. Garret Dillahunt, lui, passait chez les Coen par un rôle de deputy, silhouette de l’ordre local, et se retrouve ici à la tête d’une milice qui prépare une invasion extraterrestre. On ne fait pas plus américain dans le fantasme du désastre : le western, la paranoïa, la communauté armée jusqu’aux dents. DC n’invente pas le feu, il le fait passer par un décor de poussière et de fusils.
Des anneaux, des bottes et un peu de cambouis
Ce qui rend Lanterns intéressant, ce n’est pas seulement sa parenté avec le polar rural. C’est sa manière de refuser le grand bain cosmique pour s’enfoncer dans une zone beaucoup plus sale, presque triviale. Le pitch officiel de super-héros, on le connaît : des pouvoirs, des enjeux galactiques, des entités qui veulent dévorer l’univers. Sauf que la série choisit la terre, les routes secondaires, les communautés fermées, les cadavres qu’on planque mal. On est plus près d’un thriller de province que d’une démonstration d’effets spéciaux. Et franchement, ça fait du bien. Le genre super-héroïque a passé l’âge de se prendre pour une cathédrale ; il lui faut parfois un bon vieux motel crasseux.

Dans cette logique, le rapprochement avec No Country for Old Men n’est pas un simple easter egg pour cinéphiles en mal de reconnaissance. Il sert de boussole esthétique. Les Coen filmaient déjà un monde où la loi vacille, où les hommes croient encore pouvoir maîtriser le territoire avant de se faire rattraper par quelque chose de plus vaste qu’eux. Lanterns reprend ce vieux péché originel américain et le branche sur une mythologie de science-fiction. On obtient un objet hybride, un peu bancal peut-être, mais assez cohérent pour intriguer. Et puis il y a cette petite ironie délicieuse : chez DC, on parle d’anneaux intergalactiques, mais on continue à raconter des histoires de shérifs, de milices et de frontières. Comme si le cosmos n’était jamais qu’un désert avec un meilleur budget VFX.
Le western, ce vieux flingue jamais rangé
Il faut dire que le western n’a jamais vraiment quitté Hollywood ; il change juste de costume. Dans les années 2000, No Country for Old Men a montré qu’on pouvait encore faire d’un western un objet de terreur sèche, sans chevaux au galop ni grands paysages héroïques. En 2026, Lanterns reprend ce flambeau à sa manière, en l’adossant à un univers partagé qui a besoin de clarté, de hiérarchie et de figures immédiatement lisibles. C’est là que le pari devient intéressant : faire d’un récit de super-héros un polar de territoire, avec une grammaire de western crépusculaire. Pas de cape qui flotte au vent pour faire joli : ici, on sent surtout la poussière dans les dents.
Et puis il y a la question du casting, ce grand jeu de dominos que les studios adorent quand il leur permet de faire croire à une continuité secrète. Kelly Macdonald et Garret Dillahunt ne sont pas là pour faire joli sur la photo de famille ; leur présence convoque une mémoire précise du cinéma américain. Elle renvoie à un film oscarisé, à une époque où les frères Coen pouvaient encore transformer un thriller de poursuite en monument de fatalité. Lui rappelle ces seconds rôles qui donnent de l’épaisseur à un monde. Dans Lanterns, cette mémoire travaille en sous-main, et c’est sans doute ce qui donne à la série un peu plus de chair que le simple logo DC ne le laisserait penser.
Reste la grande question, celle qui fait toujours sourire quand on parle de séries de franchise : est-ce que cette tonalité tiendra sur la durée, ou est-ce que l’univers étendu va finir par reprendre le dessus et lisser tout ça comme un mauvais costume de studio ? Chris Mundy, le showrunner, a déjà laissé entendre qu’une saison 2 dépendrait de plusieurs conditions, ce qui dans le langage de l’industrie veut souvent dire : on verra si le public suit. En attendant, Lanterns a au moins le mérite de ne pas se contenter d’aligner des noms et des effets. Elle joue avec une mémoire de cinéma très précise, et ça, pour une machine à fantasmes comme DC, c’est déjà pas mal. Quand un super-héros croise un western oscarisé, on n’obtient pas un gadget : on obtient une piste.
Alors oui, le clin d’œil peut passer à la trappe si on regarde la série d’un œil distrait. Mais c’est justement là que le plaisir se niche : dans ces petits raccords de casting qui racontent plus qu’un communiqué de presse, dans cette manière de faire résonner un classique de 2007 avec un nouvel opus de l’ère DC. Et si Lanterns devait devenir autre chose qu’un simple chapitre de transition, ce serait peut-être grâce à ça : une idée simple, presque vieille école, selon laquelle les meilleurs super-héros sont souvent ceux qui acceptent de marcher dans la poussière des autres. Pas très glamour, mais sacrément plus vivant.
Bande-annonce VF de Lanterns
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




