Jensen Ackles en Batman ? Sur le papier, l’idée a l’air d’un caprice de fandom. En réalité, l’acteur a déjà mis les pieds à Gotham deux fois, et pas dans des rôles de figurant.

Depuis que les discussions repartent autour du futur Batman du DC Universe, le nom d’Ackles revient avec une insistance presque suspecte. Il faut dire que l’homme coche des cases très utiles : visage familier grâce à Supernatural, présence musclée dans The Boys avec Soldier Boy, voix grave qui sent la pluie sur les gargouilles et, surtout, une vraie histoire avec DC Animation. Ce n’est pas juste un « bon choix » balancé au hasard dans le grand marché aux fantasmes de casting. C’est un acteur qui a déjà incarné deux morceaux centraux du mythe de Gotham : Jason Todd, puis Bruce Wayne. Pas mal pour quelqu’un qu’on réduit trop souvent à un simple chouchou de convention. À ce stade, on n’est plus dans le fantasme de fan, on est dans le petit dossier qui tient debout.

Pour rappel, Batman: Under the Red Hood sort en 2010, chez Warner Bros. Animation, et reste l’un des sommets du direct-to-video DC de l’époque. Ackles y prête sa voix à Jason Todd, l’ex-Robin revenu d’entre les morts sous l’identité de Red Hood. Plus tard, il devient Batman dans le diptyque Batman: The Long Halloween en 2021, puis réapparaît dans plusieurs films du Tomorrowverse, dont Legion of Super-Heroes, Justice League: Warworld et Justice League: Crisis on Infinite Earths. On a vu des acteurs faire carrière dans les super-héros, oui. Mais passer du fils maudit au père symbolique, ça a quand même une autre gueule. Le doublé est rare, et surtout il dit quelque chose de la place d’Ackles dans la mythologie DC.

Gotham, mode héritage : le fils, le père et la voix qui tremble

Le plus intéressant, dans cette histoire, ce n’est même pas le petit frisson de la fiche Wikipédia. C’est la logique méta qui se dessine. Dans Under the Red Hood, Jason Todd n’est pas seulement un ancien sidekick revenu pour régler ses comptes : il incarne l’échec intime de Batman, sa faillite de père, sa mauvaise manière d’aimer. Le film, adapté d’une partie de la saga A Death in the Family, transforme le justicier en figure paternelle défaillante, ce que le cinéma live-action a longtemps effleuré sans vraiment l’assumer. Là, on touche au nerf du mythe. Et Ackles, avec sa voix cassée et son aplomb de dur à cuire, fait passer tout ça sans avoir besoin d’en faire des caisses. Il joue la rage, mais on entend surtout la blessure.

Affiche de The Boys
Affiche de The Boys

Dans Batman: The Long Halloween, le même acteur change de camp et devient Bruce Wayne. Le glissement est savoureux : Jason Todd, l’enfant perdu, laisse place à l’homme qui a fabriqué ses propres fantômes. C’est presque trop bien trouvé pour être innocent. On est dans une forme de continuité symbolique qui colle parfaitement à Gotham, cette machine à broyer les héritiers et à recycler les traumatismes. Et puis, soyons francs, la voix d’Ackles a ce grain un peu râpeux qui sied autant au justicier qu’au survivant. Pas besoin de l’imaginer en costume pour comprendre pourquoi les fans s’emballent. Il a déjà la moitié du rôle dans le coffre.

Le retour du justicier en costume vocal

Ce qui rend le cas Ackles plus solide que la moyenne des suggestions de casting, c’est qu’il n’arrive pas en terrain vierge. Il a déjà prouvé qu’il pouvait porter une figure héroïque sur la durée, avec Supernatural et ses quinze saisons, puis qu’il savait tordre cette image dans The Boys en version super-soldat toxique et vaguement pathétique. D’un côté, Dean Winchester, le grand frère protecteur qui joue au chevalier fatigué ; de l’autre, Soldier Boy, le demi-dieu rance qui pue le patriarcat en décomposition. Entre les deux, Batman n’a pas grand-chose à inventer. Il suffit de pousser le curseur vers le noir, le silence, la discipline. Le casting idéal, parfois, c’est juste un acteur qui a déjà fait le boulot sous un autre angle.

Et puis il y a le détail qui amuse l’équipe de la rédaction : Ackles fait partie de ces rares comédiens capables d’avoir incarné à la fois Batman et un Robin, comme Troy Baker avant lui. Ce genre de doublé n’est pas seulement une curiosité de générique. C’est une manière de traverser le mythe de l’intérieur, de passer du sidekick au monstre sacré, du gamin sacrifié au symbole de l’ordre. Gotham adore ce genre de trajectoires circulaires, parce qu’elle ne sait faire que ça : transformer les blessures en légende. Chez DC, le costume change, la cicatrice reste.

Alors oui, James Gunn peut très bien aller chercher ailleurs pour son Batman de chair et d’os. Mais si le studio veut un visage déjà branché sur la fréquence de Gotham, Ackles a un avantage que les autres n’ont pas : il ne débarque pas en touriste. Il a déjà vécu dans les ruelles, déjà porté la cape en voix off, déjà encaissé la tragédie. Et dans un genre qui adore recycler ses icônes jusqu’à la corde, ce n’est pas rien. La vraie question, au fond, n’est pas de savoir s’il peut être Batman. C’est plutôt : après avoir été le fils abîmé, a-t-on encore envie de le voir devenir le père de tous les autres ?

Bande-annonce VF de The Boys

Part.
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